Ce jour-là a lieu la représentation de ce premier texte du jeune écrivain où se mêlent mondes antique et moderne. Dans un long monologue théâtral, Onysos le Furieux, vieux clochard échoué dans le métro de New York, narre sa vie mythique passée et retrouve sa vigueur. Un moment inaugural pour Laurent Gaudé.

Laurent Gaudé
Laurent Gaudé © Actes Sud / Christine Gassin

1996 : la rencontre avec Hubert Gignoux

C’était une grande figure de la décentralisation théâtrale. J’avais 24 ans et lui 80. Acteur et metteur en scène, il dirigeait alors le Théâtre National de Strasbourg (TNS). On s’est parlé comme des amis. Il m’a appris mon métier d’écrivain et m’a proposé un compagnonnage

« C’était un homme dur, un peu bougon, mais rigoureux et exigeant avec un regard pointu sur l’écriture. Il n’avait pas aimé le tout premier texte que je lui avais envoyé, puis il y a eu « Onysos le Furieux » dont il s’est emparé d’abord dans une lecture radiophonique puis au TNS »

Ce 13 juin 2000, Onysos le Furieux est joué pour la première fois au théâtre par le comédien Jean-Yves Dubois de la Comédie-Française dans une mise en scène de Yannis Kokkos, ancien scénographe d’Antoine Vitez. Un metteur en scène qui a défendu l’idée d’un « théâtre élitaire pour tous ». 

C’était la première fois que j’écrivais avec plaisir, j’ai rédigé le texte en dix jours dans un café 

Pour construire son personnage, Laurent Gaudé mêle plusieurs versions du mythe de Dionysos

Un dieu subversif : proche des femmes et des esclaves qui n’ont pas leur place dans la cité ; le dieu des égarés, des sans toit. Plus la parole sort de son corps, plus Onysos rajeunit et reprend des forces 

Un  personnage ambivalent, contradictoire, car en même temps dieu de la violence mais aussi du plaisir et de la compassion. Homme, femme et dieu tout à la fois. Avec ce texte, le jeune homme entre en écriture. On y retrouve ce qui fera sa signature :  l’articulation entre le monde antique et le monde d’aujourd’hui. Sans tenter d’être fidèle à l’Histoire ni d’être exhaustif, il tord le réel, invente et pille. 

Nous l’Europe, banquet des peuples

Dans son dernier ouvrage, un long poème inachevé, Laurent Gaudé, prix Goncourt 2004, rappelle de quel sang et de quelle chair est née cette utopie appelée Europe : ses défaites, ses erreurs, ses errements, ses manquements et ses  guerres.

Après la Seconde guerre mondiale, l’Europe est morte, un trou noir de l’humanité. La construction européenne a alors proposé une formidable utopie : lier nos destins et se parler autour d’une table. On l’a un peu oublié aujourd’hui.

Pour aller + loin :

Le site de Laurent Gaudé, c'est ici 

Parmi les romans et les pièces de théâtre de Laurent Gaudé

Et aussi : 

  • Vous avez pu entendre un extrait de Onysos le Furieux lu par Hubert Gignoux, diffusé en 1997 sur France Culture ; et aussi Maria Casarès parlant de son rôle dans Hécube d'Euripide, au Théâtre de Gennevilliers en 1988 dans une mise en scène de Bernard Sobel
  • Feuilletez "Ecoutez nos défaites" avec les oreilles, une page réalisée en 2016 par la Documentation de Radio France pour France Culture 
  • Laurent Gaudé sera au Festival international du livre et du film Etonnants Voyageurs qui se tiendra à Saint-Malo du 8 au 10 juin 2019. L'un des thèmes abordés : Demain l'Europe ? Il participera à deux débats autour de "La culture, notre langue commune ? " et "Le temps des mythes"  et sera l'un des écrivains conviés pour les "Grands entretiens de Jean-Luc Hees" à la Chambre de Commerce et d'Industrie, le dimanche 9 juin. 
  • Laurent Gaudé sera aussi présent au festival d'Avignon  qui se tient du 4 au 23 juillet 2019.  Nous, l'Europe y sera adapté sur scène  dans une mise en scène de Roland Auzet du 6 au 14 juillet 

La play-list de l'émission : 

  • I'm doing fine, Day One (2000)
  • Chocolate Jesus, Tom Waits (1999)
  • Vote for me, The Specials (2019)

Les références du générique de l'émission : 

"Le Temps est bon" d’Isabelle Pierre, remixé par Degiheugi

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