Cet été-là, la future avocate et écrivaine, âgée de 13 ans, ne part pas en vacances, et traîne son ennui devant la télé du pavillon familial en banlieue parisienne. Le sport d’habitude c’est pas son truc, mais ce 18 juillet, elle assiste stupéfaite aux envolées féeriques sur la poutre de la petite gymnaste roumaine.

Nadia Comaneci aux JO de 1976 à Montréal. Elle a gagné une médaille d'or pour cette performance à la poutre
Nadia Comaneci aux JO de 1976 à Montréal. Elle a gagné une médaille d'or pour cette performance à la poutre © Getty / Bettmann

Cette petite sylphide si à l’aise dans son corps, et moi, empêtrée dans le mien, grandi trop vite 

La frêle athlète de 14 ans, avec sa queue de cheval attachée par un ruban torsadé rouge, rentre dans la légende des J.O en décrochant sept fois la note parfaite, 10, aux barres asymétriques, à la poutre et aux épreuves du concours général. Elle crève l’écran et fait chavirer les 16000 spectateurs et les millions de téléspectateurs… dont Hannelore Cayre à peine plus jeune qu’elle. « Son visage était fermé et impassible, elle était si sûre d’elle et n’en avait rien à faire des notes ! Elles ne les attendaient pas, elle savait. Cette fille avait la grâce tout simplement »

Nadia a touché du doigt une nouvelle branche de la féminité.

Pour la jeune ado devant son écran de télé, c’est le choc. La performance de Nadia Comaneci exprimait une volonté à toute épreuve, une force phénoménale de travail et d’entraînement, Une nouvelle façon d’être femme, dénuée de tous les artifices habituels de la beauté. «Elle nous a jeté son travail à la figure et sans aucune volonté de séduire contrairement à ce que ces messieurs avaient envie de voir »

Lors des JO de Montréal en 1976, Nadia Comaneci devient la première gymnaste à obtenir la plus haute note, "10". Le tableau n'étant pas paramétré pour afficher une telle note (ça ne s'était encore jamais vu), il n'y a que le "1" qui est apparu…
Lors des JO de Montréal en 1976, Nadia Comaneci devient la première gymnaste à obtenir la plus haute note, "10". Le tableau n'étant pas paramétré pour afficher une telle note (ça ne s'était encore jamais vu), il n'y a que le "1" qui est apparu… © Getty / Bettmann

Ma mère voulait que je sois une femme gracieuse et séduisante. Grâce à Nadia, je suis devenue une grosse bosseuse austère 

A la maison, au bord d’une route nationale, c’était pas la fête – ni radio, ni musique, ni paroles -  avec des parents âgés très « IVème République » : une mère, juive autrichienne, rescapée du camp des Milles durant la Seconde guerre mondiale, habituée au malheur, et un paternel, homme d’affaires magouilleur et peu présent. La jeune fille se sent décalée, isolée, sans parvenir à mettre les mots sur ce mal être. Après un accident de voiture, elle doit réapprendre à vivre et à marcher dans un centre de rééducation : « J’ai appris le self-control, l’effort et j’ai repensé à Nadia Comaneci ». 

La nouvelle Hannelore Cayre décide de devenir avocate. Dans le pénal. Une source d’inspiration inépuisable pour ses polars savoureux qui plongent le lecteur dans une société déglinguée avec des héros qui transgressent et veulent profiter de la vie. Comme cet avocat parisien, dans Commis d'office, un raté du barreau, qui accepte contre une coquette somme d’argent d’être incarcéré à la place d’un truand.  Ou à l’image de La Daronne, femme interprète judiciaire français-arabe qui traduit les conversations de dealers sur écoute jusqu’au jour où elle passe de l’autre côté… Pour ce dernier roman, Hannelore Cayre a remporté  le prix "Le Point" du Polar Européen 2017, ainsi que celui des Lecteurs 2017 de la 13ème édition du Festival du Polar. 

Pour aller + loin : 

A lire les deux excellents polars de Hannelore Cayre

Commis d'office  et La Daronne (Première édition chez Métailié, en poche chez Points Seuil)

et aussi : 

A voir : 

La playlist diffusée ce dimanche

  • Pastime paradise, Stevie Wonder Année (1976)
  • La recette de l'amour fou, Serge Gainsbourg (1958)
  • The ways, Khalid/Swae Lee (2018)

Les références du générique de l'émission :  « Le Temps est bon » d’Isabelle Pierre remixé par Degiheugi

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