Alors que son film 'Banlieusards' est disponible sur Netflix et que son dernier album est réédité sous le titre 'Tu vois j'rap encore', Kery James choisit de revenir sur un jour d'avril 2012, au cours duquel le jeune Amine Bentounsi est tué d'une balle dans le dos par un policier à Noisy-le-Sec. Entretien.

 L'album 'J'rap encore' de Kery James est réédité, avec des titres inédits, sous le titre 'Tu vois j'rap encore' ; son film 'Banlieusards, réalisé avec Leïla Sy, est disponible sur Netflix
L'album 'J'rap encore' de Kery James est réédité, avec des titres inédits, sous le titre 'Tu vois j'rap encore' ; son film 'Banlieusards, réalisé avec Leïla Sy, est disponible sur Netflix © Koria

Kery James est rappeur, auteur, scénariste, acteur, à l'occasion et, depuis peu, réalisateur : son film Banlieusards, co-réalisé avec Leïla Sy, est en effet disponible sur Netflix depuis le 12 octobre 2019.

Kery James est un artiste engagé, un homme à fleur de peau qui mène des combats politiques, à résonance sociale, depuis plus de 20 ans. Au cœur de ses préoccupations et de son militantisme, une question majeure : l'État est-il seul responsable de la situation actuelle des banlieues en France ? C'est d'ailleurs le sujet du concours d'éloquence auquel participent les deux protagonistes de Banlieusards, c'est la thématique de À vif, la pièce de théâtre qu'a écrite Kery James et dans laquelle il a joué aux côtés de Yannik Landrein ; c'est l'interrogation qu'il partage avec OrelSan dans leur chanson "À qui la faute ?".

Au micro de Zoé Varier, Kery James a choisi comme « journée particulière » celle du 21 avril 2012. Ce jour-là, veille du premier tour des élections présidentielles en France, le jeune Amine Bentounsi, 28 ans, était abattu d'une balle dans le dos par un policier, lors d’une course-poursuite, à Noisy-le-Sec. Si Kery James ne se souvient pas particulièrement de ce qu'il faisait ce 21 avril, il garde en mémoire le traitement médiatique de l'affaire, au lendemain de la mort du jeune homme. Les journaux mettaient en avant qu'il s'agissait d'un délinquant en cavale et ne relayaient que la version policière des faits : celle de la légitime défense.

Je suis toujours étonné de la façon dont le corps policier fait corps lorsque l'un d'entre eux commet un acte répréhensible. On soutient l'autre alors que l'on sait qu'il a été injuste, qu'il a pris une vie injustement ?

Le combat d'une sœur et la force des femmes

Quelques années plus tard, pour commémorer, dix ans après, la mort de Bouna Traoré et Zyed Benna à Clichy-sous-Bois, Kery James participe à une marche contre les violences policières, organisée par Amal Bentounsi, sœur d'Amine, qui se bat corps et âme pour que la vérité soit faite sur la mort de son frère et contre l'impunité de la police. Grâce à son combat et aux témoignages qu'elle parviendra à récolter, le policier auteur des faits, après avoir acquitté une première fois par la justice, sera reconnu coupable d'homicide volontaire et condamné à une peine de prison (avec sursis). Admiratif du courage et de la force de cette femme, Kery James écrit en son honneur la chanson "Amal" sur son album J'rap encore (réédité en septembre 2019 sous le titre Tu vois j'rap encore avec des morceaux et des featurings inédits).

Je l'aime. [Amal] est une sœur, la sœur qu'on voudrait tous avoir et c'est la femme qu'on aimerait à ses côtés puisque c'est quelqu'un qui va jusqu'au bout et qui ne vous laissera pas tomber.

Kery James rend hommage aux femmes qui vivent dans les banlieues, les épouses, les mères, les sœurs. Ce sont elles qui tiennent le tissu associatif de ces quartiers laissés de côté et marginalisés. Elles qui luttent contre l'aggravation de cette précarité.

Non au misérabilisme et à l'auto-apitoiement

Pour Kery James, toutefois, il ne s'agit pas de déplorer sans rien faire la situation actuelle des banlieues françaises. Pour lui, il faut garder à l'esprit que la vie est, avant tout, une question de choix.  Comme il le dit, « il faut de l’endurance et de la puissance. La colère et la rage ne suffisent pas. » La mentalité de l’échec qui pèse sur les quartiers est un problème contre lequel il se bat en prônant la responsabilisation des jeunes de banlieue et en dénonçant la victimisation. Et la difficulté de la tâche ne doit pas être un prétexte pour ne pas mener le combat, de même que le racisme, s'il est très présent en France, ne doit pas pour autant être un prétexte pour ne rien entreprendre.

Dans ma musique, depuis vingt ans déjà, j'ai une position difficile à tenir : celle du juste milieu. Les gens voudraient que l'on soit, au choix, un accusateur borné du « Système », ou alors de ceux qui accusent les habitants des quartiers d'être dans la victimisation. Je crois que, quelque part entre les deux, il y a une position juste. C'est la mienne et celle de mon film, [Banlieusards].  

Pour lui, il faut donc dénoncer les injustices, mais aussi aider les jeunes des quartiers populaires à accéder aux études supérieures, pour leur donner une vraie chance de changer de classe sociale. C'est pour cette raison qu'il a créé l'association A.C.E.S. (Apprendre, comprendre, entreprendre & servir) qui distribue notamment des bourses aux jeunes issus des réseaux d’éducation prioritaire pour les soutenir dans leurs études secondaires. Il reverse une partie des bénéfices de certains de ces concerts à cette association.

Pour aller plus loin

  • Une semain à peine après sa mise en ligne sur Netflix, le film Banlieusards de Kery James et Leïla Sy avait été vu dans plus de 2,6 millions de foyers dans le monde. 

Agenda

Kery James commence une tournée intitulée Banlieusards Tour par un passage à Bruxelles le 23 novembre. Il sera notamment à l'AccorHotels Arena, à Paris, le 2 décembre.

La programmation musicale du jour

  • Kery James, "Banlieusards", extrait de l'album 92.2012 (2012)
  • Kery James (feat. OrelSan), "À qui la faute", extrait de l'album Tu vois j'rap encore (2019)
  • Brittany Howard, "Stay High", extrait de l'album Jaime (2019)

Et des extraits de :

  • Kery James, "Amal", extrait de l'album J'rap encore (2018)
  • Idéal Junior, "La vie est brutale", extrait de l'EP La vie est brutale (1992)

Le générique de l'émission

Isabelle Pierre, "Le temps est bon" (1971), remixé par Degiheugi, 2012

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