Ce jour-là, la journaliste et future activiste navigue en famille dans le sud du pays. Suite à une avarie, le voilier mouille dans une crique protégée de l’île de Koh Phi Phi. De l'autre côté, s’étend la longue plage de sable blanc très prisée des touristes. Soudain, la mer se retire comme aspirée par un siphon...

Un sauveteur au milieu des débris de stations balnéaires et bungalows sur la plage de Khao Lak en Thaïlande, le 30 décembre 2004, après qu'un tsunami ai frappé les côtes du pays le 26 décembre.
Un sauveteur au milieu des débris de stations balnéaires et bungalows sur la plage de Khao Lak en Thaïlande, le 30 décembre 2004, après qu'un tsunami ai frappé les côtes du pays le 26 décembre. © AFP / Saeed Khan

Agir à tout prix malgré le désespoir

Après la vague destructrice, le bateau parti au large pour éviter le naufrage, revient vers la côte. L'île a disparu sous les eaux, coupée du monde extérieur. A perte de vue un paysage apocalyptique. Un magma de débris, de cadavres et de gens blessés appelant à l'aide. « Je voulais me rendre utile, j’étais dans l’action », se souvient Claire Nouvian. Mais sans information fiable, la rumeur enfle qu'une seconde vague va survenir et ordre est donné par le skipper de remonter à bord, au grand désespoir de la jeune femme qui n’a pas réussi à convaincre l’équipage de rester sur place.  

Les leçons de la catastrophe chez Günther Anders

Claire Nouvian s’est trouvée une « béquille philosophique » pour mettre des mots sur le traumatisme vécu : Gunther Anders, juif allemand, élève de Martin Heidegger, comme Hannah Arendt dont il fut le premier mari. Il abandonna l’enseignement de la philosophie pour lutter contre le nazisme, puis milita contre la bombe nucléaire juste après Hiroshima et Nagasaki. Günther Anders est le théoricien du catastrophisme éclairé : si on ne nomme pas la catastrophe, on y va tout droit. Or l’Homme, doté d’un esprit en escalier, être de croyance plutôt que de connaissance, n’est pas capable d’appréhender le pire. La preuve avec les décisions iniques des pouvoirs publics face au changement climatique. 

« La communication et l’action sont le nerf de la guerre »

Une évidence pour Claire Nouvian face à la catastrophe. Un an plus tard, en 2005 elle décide d’appliquer ce précepte en fondant l’association Bloom pour la défense des océans et des fonds marins, auxquels elle a d'ailleurs consacré un film. Depuis, quelques victoires ont été remportées en bataillant à Bruxelles contre les lobbies tout puissants : en 2016, le parlement européen interdisait le chalutage en eaux profondes, et début 2018, la pêche électrique.

Le 23 avril 2018, Claire Nouvian recevait le Prix Goldman pour l'environnement, considéré comme le « Prix Nobel de l’écologie ».

Pour aller + loin : 

L'association Bloom, présidée par Claire Nouvian, c'est ici

A lire : 

Abysses, Claire Nouvian (Fayard, 2006)

De Günther Anders : 

Et aussi : 

Vous avez entendu des extraits de : 

Les chansons entendues dans l'émission dans l'ordre diffusion : 

  • You are my sister, Antony&the Johnsons/Boy George (2004)
  • Deathless, Ibeyi/ Kamasi Washington (2018) 
  • Song to the siren, This Mortal Coil (1984)

Dans l'émission on a parlé : 

Le courage ? Je ne sais rien du courage. Il est à peine nécessaire à mon action.  La consolation? Je n'en ai pas encore eu besoin. L'espoir ? Je ne peux vous répondre qu'une chose : par principe, connais pas. Mon principe est : s'il existe la moindre chance, aussi infime soit-elle, de pouvoir contribuer à quelque chose en intervenant dans cette situation épouvantable, dans laquelle nous nous sommes mis, alors il faut le faire. 

Extrait de : Et si je suis désespéré que voulez-vous que j'y fasse ? Günther Anders

Les invités
L'équipe
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.