Elle est la doyenne de la photographie humaniste française. Sabine Weiss, mise à l'honneur à Arles cette année, a immortalisé aussi bien les puissants que les pauvres, les célébrités que les anonymes, témoignant du quotidien d'une époque disparue.

Sabine Weiss
Sabine Weiss © Radio France / Vincent Josse

Devenue l'amie de grands artistes, Sabine Weiss a capturé dans son objectif les noms les plus illustres de la peinture, de la chanson ou du cinéma. Discrète, respectueuse de l'intimité de chacun, elle a su disparaître derrière ses photographies et créer des atmosphères naturelles. 

Elle ne réalisait pas toujours à quel point elle était fascinée par ceux qu'elle photographiait, comme ce fut le cas du sculpteur Alberto Giacometti, qu'elle rencontra à Genève puis à Paris. Il lui ouvrit les portes de son atelier, lieu fantastique bien que délabré, où les branches d'un arbre avaient même fini par traverser la toiture. Avec Giacometti, tout était, selon elle, très spontané : "On pouvait continuer à discuter. On photographiait, on parlait. Ça ne le gênait pas." 

Alberto Giacometti dans son atelier, photographié par Sabine Weiss, 1955
Alberto Giacometti dans son atelier, photographié par Sabine Weiss, 1955 / Sabine Weiss

Mais pour photographier les artistes, il fallait parfois aussi savoir patienter,  respecter leurs disponibilités et leurs ressentis. C'est ainsi que Sabine Weiss se retrouve, pour un reportage de Vogue, à deux heures du matin, à la sortie d'un club de Montparnasse, où Françoise Sagan lui a donné rendez-vous. Mais arrivée là-bas, celle qui vient juste de publier Bonjour Tristesse lui répond "Non, pas ce soir. […] Demain, si vous voulez! " Et elle revint ainsi à 3 heures, le lendemain. De même d'Ella Fitzgerald, elle se souvient qu'elle ne devait pas la photographiait de trop près, car son obésité lui pesait. 

Ella Fitzgerald photographiée par Sabine Weiss
Ella Fitzgerald photographiée par Sabine Weiss / Sabine Weiss

Sabine Weiss n'a cependant pas laissé passer tous les "caprices de stars". Elle a par exemple détesté photographier Catherine Deneuve, qui, après l'avoir fait attendre pendant des heures, lui a dit "Dépêchez-vous ! " et a exigé un droit de regard sur la publication des photographies. Elle n'a pas obéi. 

De cette photographie, très différente de celle qu'elle pouvait faire, sur le vif, dans la rue, des enfants qui jouaient, ou des amoureux sur les bancs publics, Sabine Weiss considère qu'elle lui procurait tout de même des émotions, du plaisir: "celui d'avoir fait la photo d'une star et de l'avoir fait comme [elle] voulait la faire". 

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