Elle avait le parcours de ceux qui ont tout pour bien gagner leur vie : école de commerce, puis consultante au sein du cabinet de conseil Accenture... Elle a tout arrêté en 2010 pour rejoindre Emmaüs. Antoine Giniaux a rencontré Maud Sarda, celle qui a fait entrer l'association de l'Abbé Pierre dans le 2.0.

 Maud Sarda, cofondatrice de Label Emmaüs, la plateforme de vente en ligne d'Emmaüs
Maud Sarda, cofondatrice de Label Emmaüs, la plateforme de vente en ligne d'Emmaüs © Label Emmaüs

Maud Sarda, est la directrice et co-fondatrice de Label Emmaüs, une plate forme de vente en ligne d’objets d’occasion. Elle a aussi fondé une école du numérique et créé un département de location de matériel d’occasion. Maud Sarda, une idée à la minute, active et activiste, ne s’arrête jamais. Elle a fait basculer les compagnons Emmaüs dans la révolution numérique.

Après une école de commerce, puis une première carrière de consultante chez Accenture, elle a tout arrêté en 2010 pour rejoindre le mouvement lancé par l’Abbé Pierre. Le site Internet de vente en ligne d’objets d’occasion qu’elle a lancé il y a trois ans concurrence les géants du web, Le Bon Coin, et Amazon..

Les locaux d'Emmaüs Label sont à Noisy le Sec, en banlieue parisienne, au beau milieu d'un quartier en réhabilitation, dans un ancien entrepôt de fabrication de lampes pour les trains. En attendant que le bâtiment soit détruit, c’est là que s’est installée, temporairement, Maud Sarda, avec son équipe d’une trentaine de personnes..

Devant l'entrée, un gigantesque tag représentant l'Abbé Pierre. A l'intérieur, des dizaines de rayonnages occupés par des romans, des livres d’histoire des BD... 

Il y en a 130.000, et à la fin de l'année, si tout va bien, Maud Sarda table sur plus de 150.000. Ces livres ce sont tout ce que les Emmaüs et les ressourceries n’arrivent pas a écouler dans leurs espaces de vente. Emmaüs Label les rachète en vrac pour les mettre en ligne.

Maud Sarda l'affirme : on peut faire de l’humanitaire et être rentable. La preuve, le volume d’activité d'Emmaüs Label double d’année en année. Le site devrait atteindre l’équilibre dans les mois qui viennent, un an plus tôt que prévu.

Emmaüs, c'était un acteur incroyable dans le monde physique : 450 boutiques, c'est gigantesque ! Mais on était complètement absents du web. Et c’est le cas de beaucoup d’acteurs du monde associatif. Il faut absolument qu’on s’empare de cet outil. On ne doit pas laisser les GAFA détruire davantage la valeur physique des biens.

Il a fallu une année à Maud Sarda pour monter le site. Avec la volonté absolue de tout faire en interne, sans partenaires privés

Le travail en équipe, c’est l’une des raisons pour lesquelles Maud Sarda est venue chez Emmaüs. Pour le côté collectif de l’aventure. 

Label Emmaüs est installé dans un ancien entrepôt familial. La cuisine a été conservé, la chambre transformée en salle de réunion et le salon en open space. Tout cela ressemble a une petite startup, avec des ordinateurs portables un peu partout.

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Sur le site Label Emmaüs, on trouve de tout, de la déco à la mode en passant par la librairie, l’high tech et l‘électro ménager, mais aussi des créations faites à partir de produits recyclés. Exemple avec un porte revue en rotin, vendu vingt trois euros vingt. Le label touche 10% sur le prix de vente : deux euros trente, le reste va à la communauté Emmaüs ou à l'association qui a mis l’objet en ligne, parce que le site est ouvert à d’autres associations, c’est ce qui fait toute la force du site internet. En lançant Label Emmaüs Maud Sarda a réussi a attirer La Croix Rouge, Bibliothèque sans Frontières... Tous vendent en ligne, sous l'étiquette Label Emmaüs. N'importe qui peut vendre sur la plateforme, après avoir pris des parts de capital et s’être engagé au delà d’une simple relation de prestataire. Tous ensemble les adhérents décident de ce qu'il adviendra des bénéfices des ventes, avec l’obligation de tout réinvestir dans l’outil de travail, sans dividende et sans possibilité d’enrichissement personnel. L’exact opposé de ce que Maud Sarda a connu dans une vie précédente.

Quand elle arrive en 2010 chez Emmaüs, elle est diplômée de l’EDHEC, et elle sort d’Accenture, l’un des plus grands cabinets de conseil au monde.

Je travaillais dans les bureaux de la Défense. J’ai eu beaucoup de responsabilités tout de suite mais je ne pouvais pas faire beaucoup plus que 4 ou 5 ans. Je suis partie en mécénat de compétences à l'Agence Nouvelle des solidarités actives. Ils ont notamment testé le RSA. Grâce à cette expérience, j'ai rencontré beaucoup de gens du milieu associatif. 

Au delà de la vitrine numérique d’Emmaüs, le projet de Maud Sarda, c’est avant tout de créer des emplois : 30 personnes embauchées depuis 2017

Elle revendique son statut d'entreprise d’insertion et son envie de former à des métiers de demain, des métiers porteurs pour des gens motivés qui ont une appétence pour le numérique mais pas forcément de bagage académique.

Même si Emmaüs Label est une entreprise, elle cherche à recrute des profils éloignés de l’emploi. Dans la limite du possible, en assurant une cadence et la maîtrise des outils informatiques.

A l'envoi des colis, il y a Laura, un Bac + 2 en poche, une expérience de vendeuse, de secrétaire et un passage à la SNCF, et après un séjour à l'étranger, des difficultés à retrouver un emploi.

Dans les parcours de vie, il, y a de tout, du moins diplômé, à ceux qui sortent d’écoles supérieures, comme Emma, stagiaire, en année de césure a Sciences Po.

Maud Sarda, elle, dit avoir toujours eu la fibre de l'engagement. A l'EDHEC, elle présidait déjà l’association humanitaire. Elle voulait un job qui ne soit ni trop politique, ni trop coupé du terrain. Emmaüs cochait toutes les cases.

Des projets pour faire avancer l’association, Maud Sarda n’en manque pas, il suffit de descendre au sous sol de l’entrepôt de Label Emmaüs pour s’en apercevoir. 700m2 d’étagères avec des cartons, des tapis... Il y a du mobilier de bureau, et puis des meubles chinés puis proposés au secteur de l’événementiel, pour des séminaires d’entreprise. Car personne ne propose ça dans le monde de l'événementiel explique Maud Sarda : "on pose du neuf, et on jette".

Maud Sarda est arrivé en 2010 comme responsable des structures d’insertion :

Parfois je me demande bien pourquoi moi... J’ai parfois même un peu le syndrome de l’imposteur... De temps en temps, je me conforte, je me renforce en me disant que ça marche. Mais je n'ai pas rêvé d’être entrepreneuse, ce n'est pas quelque chose que j’avais en moi, je n'ai pas grandi dans un milieu familial où les gens ont fait des grandes études...

La réalité du terrain, la diversité et les accidents de parcours, Maud Sarda les a côtoyés lorsqu'elle était enfant 

J'ai beaucoup vécu en Guadeloupe, je sais ce que c'est que d'être la minorité. J’ai vécu aux cotés de personnes qui ont eu des parcours de vie compliqués. Tout le monde peut avoir ces difficultés : la perte d'un proche, la perte d'un travail, être fragilisé par une dépendance a l’alcool, à la drogue... 

Sortir de la précarité, pour Maud Sarda, ça passe par la formation. Label Emmaüs a créé il y a deux ans une école - Label Ecole - qui s’appuie sur l’expérience de la plate forme Internet pour délivrer des diplômes, former des demandeurs d’emplois aux métiers du numérique.

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Au total, l’objectif, c’est de former cette année une centaine de personnes. Le responsable, de l’école s’appelle Grégoire Lievin.

Actuellement on a deux formations aux métiers du digital. On a une promo qui est en atelier de création de CV, et une autre sur un atelier développement personnel : comment gérer son stress, travailler en équipe...

Mehdi est compagnon, il arrive de la communauté de Toulouse pour se former au e commerce. Arrivé en France en 2016 depuis la Tunisie, il pense s'orienter vers le développement, après la formation proposée par l'école Emmaüs.

Son expérience de compagnon, il la résume ainsi :

Quand on est compagnon, on le reste toujours. C’est pour la vie...

Maud Sarda, quant à elle, est un peu a la croisée des chemins, entre deux mondes : celui des chefs d’entreprises, des représentants de collectivités, de ses anciens camarades d’école de commerce, et puis celui des compagnons, celui de l’entrepôt, qu’elle rejoint a vélo, depuis le nord de Paris où elle habite. Elle dit croiser de nombreuses personnes qui ont fait une école de commerce ou d’ingénieur qui songent à se réorienter :

Ils sont nombreux à se poser des questions, à vouloir mettre encore plus de sens dans leur vie. Ils me demandent comment ça s’est passé pour moi, et si je peux les conseiller. On sent que c’est une aspiration très forte chez beaucoup de personnes.

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