Alors que s'ouvre le procès des attentats de janvier 2015, Sophie Parmentier a recueilli le témoignage de deux rescapés des attaques. Sigolène Vinson était membre de la rédaction de Charlie Hebdo, décimée par les frères Kouachi, Michel Catalano, lui, a été leur otage, dans son imprimerie de Dammartin-en-Goële.

Sigolène Vinson et Michel Catalano : revivre après les attentats de janvier 2015
Sigolène Vinson et Michel Catalano : revivre après les attentats de janvier 2015 © Radio France / Sophie Parmentier

Ils ont raconté à Sophie Parmentier le traumatisme, leur lente reconstruction, douloureuse, comme l’est l’ouverture de ce procès, qui va raviver leurs cicatrices. 

Le 7 janvier 2015, Sigolène Vinson se souvient qu’il ne “faisait pas très beau, il faisait un peu froid”. Elle avait enfourché un vélo pour se rendre à Charlie Hebdo. En chemin, elle achète un gâteau marbré, pour fêter l’anniversaire du dessinateur Luz, et parce qu’elle était souvent celle qui apportait des viennoiseries ou des chouquettes au journal. Tout le monde n’est pas à l’heure à la conférence de rédaction, mais elle débute comme toujours avec des débats, animés. Ce jour-là, on parle du dernier livre de Michel Houellebecq, Soumission, quand Sigolène Vinson entend de premiers tirs…

J’ai compris dès les premiers coups de feu...

Saïd et Chérif Kouachi ont quitté les locaux de Charlie Hebdo au bout d’une minute et quarante-neuf secondes. Ils ont tué onze personnes. Il règne un silence comme Sigolène Vinson n’en avait jamais entendu. Elle est quasiment la seule à se relever indemne physiquement. Elle pense que tout le monde est mort. Puis voit les premiers blessés, Philippe Lançon, Riss, Fabrice Nicolino. Elle appelle les secours. Les frères Kouachi sont déjà en cavale. Près de Charlie Hebdo, ils ont tué le policier Ahmed Merabet. Leur cavale durera deux jours, cachés dans une forêt, jusqu’au 9 janvier 2015. 

Le matin du 9 janvier 2015, peu après 8 heures et demi, ils sonnent à la porte de  l’imprimerie de Michel Catalano, qui prend un café avec son employé Lilian… 

Ils m’ont dit "Où est votre bureau ? Vous allez appeler la gendarmerie"…

Michel Catalano a imprimé des citations symboliques sur les murs de son entreprise, "c'est ma propre reconstruction".
Michel Catalano a imprimé des citations symboliques sur les murs de son entreprise, "c'est ma propre reconstruction". © Radio France / Sophie Parmentier

A Charlie Hebdo, Sigolène Vinson, est l’une des seules survivantes à avoir pu se relever indemne physiquement, après l’attentat. Cinq ans après, elle ressent toujours une culpabilité, d’avoir été épargnée par Chérif Kouachi, qui a directement parlé avec elle, juste avant de quitter le journal où il a semé la terreur et la mort. 

Comme Sigolène Vinson, Michel Catalano a vécu un face à face avec les tueurs. Deux jours plus tard, le 9 janvier 2015, dans son imprimerie de Dammartin-en-Goële, Michel Catalano est l’otage des frères Kouachi. Les terroristes viennent de lui demander de téléphoner aux gendarmes, qu’ils veulent affronter

J’ai fait le pansement et j’ai demandé s’ils pouvaient me libérer

Ils n'ont pas été blessés dans leur chair, mais au plus profond de leur âme

Les premiers jours, c’est simple, tout était une épreuve pour moi. Dans les premières semaines, je me demandais même s’il fallait que je continue à vivre. 

Sigolène Vinson dit qu’elle a l’impression qu’elle n’est “pas tellement abîmée” ou plutôt qu’elle n’arrive pas à déterminer à quel point elle l’est, ou ne l’est pas. Elle n’aime pas de se définir comme une survivante d’attentat. Pour se reconstruire, elle a fui Paris. Dans un souvenir qui reste flou, elle a quitté le petit appartement qu’elle habitait dans l’est parisien pour une ville de province.

J’avais besoin de lumière, donc j’ai cherché l’endroit en France où il y avait une belle lumière, et j’ai trouvé cette ville au bord de l’eau…

Sigolène Vinson, chez elle, dans le sud de la France. C'est à ce bureau qu'elle écrit ses romans ou ses chroniques pour Charlie Hebdo.
Sigolène Vinson, chez elle, dans le sud de la France. C'est à ce bureau qu'elle écrit ses romans ou ses chroniques pour Charlie Hebdo. © Radio France / Sophie Parmentier

Michel Catalano, lui, est resté dans son imprimerie entièrement dévastée par l’assaut du GIGN contre les terroristes. Elle a été reconstruite en 2016.

Au départ, on avait plutôt envie de partir à l’autre bout du monde. Et je me suis rendu compte assez vite que j’avais besoin de redémarrer là où j’étais… 

Michel Catalano, dans son imprimerie de Dammartin-en-Goële, reconstruite après l'assaut du GIGN contre les frères Kouachi, auteurs de l'attentat à Charlie Hebdo.
Michel Catalano, dans son imprimerie de Dammartin-en-Goële, reconstruite après l'assaut du GIGN contre les frères Kouachi, auteurs de l'attentat à Charlie Hebdo. © Radio France / Sophie Parmentier

Cinq ans après les attentats, le procès s’ouvre en ce début septembre 2020

Pour Michel Catalano, ce sera surtout l’occasion de témoigner de sa douleur, face aux complices dans le box des accusés, lui qui témoigne aussi de sa reconstruction, dans les écoles ou les prisons, avec l’association française des victimes du terrorisme.

C’est important qu’il y ait ce procès, c’est important pour les victimes, qu’on puisse nous apporter un certain nombre de réponses même si je sais au fond de moi qu’il n’y en aura pas beaucoup… On passe des étapes et le procès en fait partie. Après, on passera à autre chose, c’est aussi ça le fait d’avancer, parce qu’il faut toujours avancer, c’est ça qui est important, c’est d’avancer…

Sigolène Vinson a une autre perception du procès. Elle qui a porté la robe d’avocate dit se trouver dans une étrange posture à ce procès des attentats de janvier 2015.

Je me vois plus comme témoin, témoigner de ce que j’ai vu, de l’événement, pour faire acte citoyen.

Pour aller loin :

Procès des attentats de janvier 2015 (Charlie Hebdo/Hyper Cacher/Montrouge) : le dossier de la rédaction

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