Pour commencer 2021 avec énergie et optimisme, nous vous emmenons sur le terrain avec la capitaine du XV de France. A 24 ans, la troisième ligne de Toulouse prépare la prochaine Coupe du monde, en septembre en Nouvelle-Zélande, et nous parle de son sport, qui attire de plus en plus de femmes.

Gaëlle Hermet, capitaine du XV de France féminin
Gaëlle Hermet, capitaine du XV de France féminin © Isabelle Picarel - FFR

Pour entrer au Centre national du rugby, à Marcoussis, en Essonne, il faut prendre sa température et présenter un test PCR négatif si vous voulez approcher au plus près des champions et des championnes. C'est là, au milieu de la campagne, que s’entraînent toutes les équipes de France de l'ovalie, masculines, féminines, à XV ou à 7. Les filles, privées de compétition à la fin de l'année dernière (leur tournoi des VI Nations a été arrêté à cause de la crise sanitaire), disputent ce jour-là un match d'entraînement, sous les cris de joie et les applaudissements.  Gaëlle Hermet, 24 ans, encourage ses partenaires et dégage une énergie communicative. Le rugby, elle est tombée dedans petite: 

Je n'avais que ça dans ma chambre, des posters, des magazines… Nous, on est une famille très rugby, le week-end c'était les tournois à l'extérieur ou les matchs à la télé. 

Adolescente, ses idoles s'appelaient Thierry Dusautoir ou Aurélien Rougerie, comme elle originaires de Clermont-Ferrand, avant que sa famille ne s'installe dans le Tarn. Gaëlle Hermet commence à pratiquer à 12 ans, avec les garçons. Puis à 15 ans, elle doit intégrer une équipe féminine, c'est la règle, ce qui lui pèse un peu: "j'étais tellement bien avec mes copains du rugby, ça m'a fait très bizarre au début". 

A 15 ans, la jeune fille intègre surtout le pôle espoir Jolimont de Toulouse, et doit quitter sa famille pour l'internat. Cours le matin, entraînement tous les après-midi, le rythme lui donne un avant-goût du haut niveau: 

J'ai compris que quand on travaillait énormément, quand on se donne les moyens, il était possible atteindre le plus haut niveau.

Gaëlle Hermet travaille donc beaucoup, jusqu'à être convoquée par le staff de l'équipe de France: "j'ai failli tomber de ma chaise" se souvient-elle, quand elle fut choisie pour intégrer le XV féminin, qu'on appelle "Les affamées". Une sélection dont elle tire "une grande fierté", et l'envie profonde de ne pas décevoir.

Danse et chorégraphie d’après-match pour le XV de France et sa capitaine
Danse et chorégraphie d’après-match pour le XV de France et sa capitaine © Radio France / Gaëlle Hermet

La force de Gaëlle Hermet lui permet aussi de dépasser des clichés qui ont la vie dure, quand on voit les insultes homophobes qu'ont subi  en octobre dernier encore Caroline Thomas et ses coéquipières de l'ASM Romagnat. "Tu es féminine et tu fais du rugby?" s'est entendue dire plus d'une fois Marjorie Mayans, l'une des co-équipières de Gaëlle dans le XV de France. 

En-dehors des réseaux sociaux, ces réactions se font heureusement plus rares. Les femmes jouent de plus en plus au rugby -elles représentent une licence sur dix et leur nombre augmente de plus de 10% par an- et l'audience des matchs des Bleues progresse. La professionnalisation du rugby féminin, en revanche, reste encore limitée : une trentaine de joueuses sont sous contrat avec la fédération française de rugby, ce qui leur permet de ne pas avoir à concilier les exigences physiques du haut niveau avec une activité professionnelle à plein temps.

Plutôt que de regretter ce statut pas-encore-totalement-pro (elle touche l'équivalent d'un temps partiel à 75%), Gaëlle Hermet préfère saluer la voie ouverte par les pionnières. Annick Hayraud, manager du XV féminin, est de celles-là, elle fut elle-même internationale, à la fin des années 1990 : 

Ce n'était pas du tout le même contexte, mais c'était génial. On n'avait pas de moyens, lors de mon premier voyage en avion on a été obligées de donner un peu de sous… On dormait dans des auberges de jeunesse, c'était une autre époque. 

Une autre visite, au Stade Toulousain cette fois, permet de mesurer l'effort et les sacrifices consentis par les joueuses. Travail ou études la journée, c'est selon, séance de musculation le midi, entraînement sur le terrain à partir de 20h… L'hiver, la fatigue se fait encore plus sentir et il faut être passionnée pour tenir. 

Gaëlle Hermet, numéro 6, travaille la touche
Gaëlle Hermet, numéro 6, travaille la touche © Radio France / Fanny Lechevestrier

En-dehors du club, dont elle est fière de porter les couleurs rouge et noir, Gaëlle Hermet est ergothérapeute, une profession paramédicale qui aide les personnes en situation de handicap à maintenir une certaine autonomie. Pendant le confinement du printemps dernier, alors que le championnat était arrêté, Gaëlle Hermet s'est totalement investie dans l'EHPAD où elle travaille. Cette double-vie, elle y tient, c'est pour elle une source d'équilibre et aussi, une assurance pour l'après-rugby.

Cette année, elle a pourtant choisi de mettre entre parenthèses son travail d'ergothérapeute pour se consacrer pleinement à la préparation de la Coupe du monde, qui se déroulera en septembre en Nouvelle-Zélande. "La Coupe du monde c'est le Graal, je veux vivre pleinement cette aventure" dit-elle, et pas seulement pour participer, mais avec en tête l'envie de gagner. L'événement devrait confirmer le succès grandissant du rugby féminin, et sera diffusé sur France 2:

Les sponsors commencent à venir aussi, sont attirés par les joueuses. Aujourd'hui on a franchi un cap sur cet engouement médiatique, sur l'image que la pratique féminine renvoie, et du coup c'est à nous de continuer à la promouvoir du mieux possible.

Gaëlle Hermet au Stade Toulousain, avant un entraînement en nocturne
Gaëlle Hermet au Stade Toulousain, avant un entraînement en nocturne © Radio France / Fanny Lechevestrier

Gaëlle Hermet commence à être reconnue dans la rue, "ça fait bizarre on n'a pas l'habitude". Sans le revendiquer comme tel, le féminisme colore ses objectifs: "gagner, honorer le maillot de l'équipe de France, et amener [des jeunes filles] vers le rugby". Elle en est convaincue, aujourd'hui " même des jeunes garçons peuvent s'identifier à des joueuses".

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