Agent de l'ONF, Alexis Hachette veille sur les arbres et traque les pollueurs. Il est surtout un bon observateur des bouleversements causés par le changement climatique. Les nouveaux plants de séquoias résisteront ils mieux que nos vieux chênes ? Réponse dans quelques décennies.

Alexis Hachette, garde forestier, responsable de l'unité territoriale de Vierzon
Alexis Hachette, garde forestier, responsable de l'unité territoriale de Vierzon © Radio France / Béatrice Dugué

Travailler en forêt, c’est avoir un autre rapport au temps : Alexis Hachette n’oublie jamais que "les arbres autour de nous ont plus de 150 ans, ils ont vu des générations de forestiers, d’êtres humains". Lui s’est reconverti comme agent de l’Office national des forêts après une première vie professionnelle moins épanouissante à son goût, dans le bureau d’une grande banque à La Défense. Alexis Hachette a changé pour devenir d’abord grimpeur-élagueur. Aujourd’hui il est au plus près des arbres, responsable de l’unité territoriale de Vierzon. 

Son territoire s’étend sur 25 km de long, dans la forêt domaniale de Vierzon-Vouzeron, peuplée en majorité de chênes et de hêtres, mais aussi de boulots et d'épineux variés. Une forêt depuis longtemps exploitée par l’homme : ses voies et ses carrefours en étoile ont été tracés sous le Second Empire pour la chasse à courre. C’est aussi sous Napoléon III qu’on plante les premiers pins maritimes, qui poussent plus vite que les chênes autochtones pour produire du bois. 

Un coup d’œil dans le coffre de sa voiture permet de comprendre la variété du métier d’agent ONF : des vêtements pour tous les temps, une veste à galons pour faire la police du braconnage et des décharges sauvages, un grand compas forestier pour mesurer les troncs, des bombes de couleur pour marquer les arbres à couper, et un tas d'autres petits outils.

La forêt, "un bonheur à la portée de tout le monde"

Pour Alexis Hachette, la forêt reste surtout un lieu "de ressourcement", "un bonheur à la portée de tout le monde". Un endroit "où l’on prend de temps de dire bonjour" aux promeneurs et aux forestiers que l’on croise. Et quand il se fait surprendre par la tombée de la nuit, il tente de ne pas effaroucher biches, renards, sangliers ou martres qui reprennent possession des lieux. 

A cinq kilomètres au nord de Vierzon, quand on va vers Orléans en suivant l’ancienne route royale et l’ancienne Nationale 20 des vacances, la vue est tout de suite moins poétique. Des déchets en tous genre jonchent les bas-côtés, y compris des bidons d’huiles usagées et des plaques amiantées. La dernière procédure dressée par les agents de l’ONF dans le secteur visait un individu qui avait déversé là l’équivalent de sept camions-bennes.

Sur les chemins de la forêt domaniale de Vierzon
Sur les chemins de la forêt domaniale de Vierzon © Radio France / Béatrice Dugué

La forêt est aussi menacée par les effets indirects de l’activité humaine. L’ONF a conservé ici une parcelle-témoin, intouchée depuis quinze ans, mais observée de près pour mesurer les effets des canicules et sécheresses à répétition. Le constat est frappant, sur cette parcelle 26, la végétation est moins dense, les chênes pédonculés ont disparus, ceux d’une autre variété –les chênes Cécile- ont la cime toute sèche. L’endroit fait penser à « un cimetière d’arbres ». Les petits chênes, grignotés par les chevreuils, n’arrivent pas à s’élever, au milieu de la végétation de lande qui les prive d’eau. Et "une fois qu’on a de la fougère et de la molinie (NDLR une plante graminée très courante), il ne se passe plus grand-chose, sauf si on plante" explique Alexis Hachette.

Des séquoias réintroduits pour résister aux sécheresses

Alors, que planter ? "On n’a pas de solutions, on tâtonne" reconnait l’agent forestier, qui se méfie des "espèces miracles" et des effets de mode. La forêt de Vierzon avait conservé quelques séquoias issus d’une pépinière du 19e siècle, qui eux "se comportent très bien actuellement". L’ONF a décidé de faire un essai, et de réintroduire sur cinq hectares de plantation cette variété de séquoias "toujours-verts", depuis évincés d’Europe et exportés en Amérique, car "dans leur aire naturelle en Californie ils ont un climat qui se rapproche de celui que nous avons ici". Le séquoia a une sorte de super-pouvoir à l’ère du changement climatique : il puise son eau dans l’air qui l’entoure. Les premiers résultats sont encourageants, les jeunes arbres poussent vite, jusqu’à 2 mètres 75, en un an et demi, "c’est assez fabuleux".

Les séquoias toujours-verts, ou la sélection génétique d’espèces plus traditionnelles, seront-ils la clé de la survie de la forêt de Vierzon ? La réponse ne sera pas connue avant quelques décennies. Pour Alexis Hachette, "le temps des humains est un temps très court par rapport à celui de la nature, on est peut-être un peu pressés".

Ce dont il est sûr, c’est que "la société a intérêt à investir dans ses forêts, ça lui coûtera moins cher que de régler les conséquences des catastrophes naturelles". Même si la vente du bois ne couvre pas aujourd’hui les frais d'entretien et de gestion de l’ONF, pour Alexis Hachette, "la forêt est une forme d’assurance".

  • Pour aller plus loin :

La forêt de Vierzon souffre de la chaleur et du manque d'eau : un article en ligne du Berry Républicain

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