Depuis le mois de février, Yazdan Yazdanpanah combat l’épidémie sur tous les fronts : auprès des malades, à l’hôpital Bichat, dans la recherche et dans la bataille de l’information, au sein du conseil scientifique et dans les médias. Cette bataille est même devenue intime quand il est lui aussi tombé malade.

Le professeur Yazdan Yazdanpanah, chef du service maladies infectieuses à l’hôpital Bichat, directeur de l’institut d’infectiologie à l’Inserm et expert auprès de l’Organisation mondiale de la santé
Le professeur Yazdan Yazdanpanah, chef du service maladies infectieuses à l’hôpital Bichat, directeur de l’institut d’infectiologie à l’Inserm et expert auprès de l’Organisation mondiale de la santé © AFP / Ludovic MARIN

Rien ne prédestinait le jeune Iranien qui aimait la littérature française plus que la biologie à devenir l’un de nos médecins les plus réputés. Mais il y a bien un fil conducteur dans sa vie : la conviction que la médecine ne peut se résumer à l’étude d’un virus, mais qu’elle est une affaire d’hommes et de quotidien.

Danielle Messager a rencontré Yazdan Yazdanpanah dans son service, le service des maladies infectieuses et tropicales de l’hôpital Bichat, à Paris.

C'est un bâtiment en brique du début du siècle dernier, à côté de la tour construite dans les années 70 par laquelle on entre dans ce grand hôpital du Nord de Paris, porte de Saint-Ouen. 

Le pavillon du service des maladies infectieuses et tropicales de l'hôpital Bichat, dirigé par Yazdan Yazdanpanah
Le pavillon du service des maladies infectieuses et tropicales de l'hôpital Bichat, dirigé par Yazdan Yazdanpanah © Radio France / Sara Ghibaudo

Dans son tout petit bureau, il a raconté sa vie, en commençant à son arrivée en France, dans la région de Nice, en 1979. Dans son pays natal, l’Iran, les gardiens de la Révolution islamistes viennent de prendre le pouvoir.

Le père de Yazdan souhaite donner une éducation francophone à son fils : le jeune Yazdan a 13 ans et il étudie seul au pensionnat. Sa sœur et ses parents regagnent rapidement l'Iran.

On peut penser qu’à 13 ans sans ses parents c’est difficile mais comme on était une communauté, c’était pas si difficile que ça, et on rentrait pendant les vacances en Iran.

Malgré tout il ressent le mal du pays : la cuisine et les amis lui manquent "terriblement".

Il est un élève doué, particulièrement pour le français qu'il dit adorer. Il se souvient avoir eu 16 à son bac de français alors qu'il était arrivé sans parler un mot de la langue. 

Après le bac, ironie pour celui qui n'aimait pas la biologie, le jeune Yazdan Yazdanpanah se dirige vers la Fac de médecine, à Montpellier. Mais à ce moment-là, il ne se voit pas du tout combattre les épidémies. Il s’intéresse plutôt à ce qui ce passe dans nos têtes.  Mais la psychiatrie le déçoit, il réalise que l'on ne peut pas "guérir" les maladies mentales.

J’avais un chef à l’époque qui m’a dit "en psychiatrie on ne guérit pas les gens. On fait tout pour que les gens puissent vivre avec leur maladie, mais on ne les guérit pas."  C’est exactement le contraire de la maladie infectieuse.

Yazdan Yazdanpanah va ensuite faire un doctorat aux Etats-Unis, à l’école de santé publique d’Harvard. Puis il revient à Lille, au service des maladies infectieuses de l’hôpital On est au milieu des années 90 et le sida qui fait des ravages.

Yazdan Yazdanpanah devient l’un des spécialistes français les plus réputés. Chef de clinique en 2009 à Lille, puis à Bichat à Paris en 2011.  En 2014, il est chargé ensuite de coordonner la lutte contre les épidémies en France au sein du consortium Reacting de l’INSERM.

Les alertes se succèdent : le SRAS en 2002-2003, la grippe H1N1 en 2009 et la campagne de vaccination massive engagée par la ministre Roselyne Bachelot.  Des alertes, mais aucune épidémie d’ampleur en Europe, jusqu’à cette année et Yazdan Yazdanpanah n’a pas oublié le jour où Bichat a accueilli les premiers patients français atteint de Covid. 

Le service des maladies infectieuses déborde. L’hôpital se réorganise en urgence, il va accueillir au fil des semaines près de 400 malades de la Covid. A Bichat, des soignants tombent malade à leur tour. Le vaguemestre, celui qui distribue le courrier, meurt. Il était à un an de la retraite.

Le 26 mars, Yazdan Yazdanpanah lui-même ressent les premiers symptômes. Aujourd’hui encore, il ne sait pas s’il a été contaminé à l’hôpital, ou à l’extérieur. Son état s’aggrave. Et c’est dans son service, que le chef est hospitalisé.

Dans les couloirs de l’hôpital Bichat, pour garder le moral, les soignants ont affiché les portraits des patients qui sortent du service guéris
Dans les couloirs de l’hôpital Bichat, pour garder le moral, les soignants ont affiché les portraits des patients qui sortent du service guéris © Radio France / Louis Valentin Lopez
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