Dans la nuit du 2 au 3 octobre, la tempête Alex semait la désolation dans les Alpes Maritimes. Certains hameaux du secteur de la Roya restent coupés du monde. Thibault Lefèvre a suivi 6 randonneurs bénévoles qui aident les habitants isolés.

Emmenés par David, pompier professionnel, les trekkeurs solidaires viennent au secours des sinistrés de la Roya
Emmenés par David, pompier professionnel, les trekkeurs solidaires viennent au secours des sinistrés de la Roya © Radio France / Thibault Lefèvre

Plus d’un mois après la tempête Alex, certains villages sont encore privés de route. Thibault Lefèvre nous emmène dans un vallon perdu, le long d’un affluent de la Roya : le Caïros. 80 habitants en temps normal, une petite vingtaine d'irréductibles depuis les intempéries. La départementale 40 est détruite, il n’y plus de pont, plus d’eau potable et le seul moyen de les ravitailler en produits frais, c’est la marche. 

Dans ce podcast nous allons suivre le périple des trekkeurs solidaires dans le Caïros.

Christian, Florian, Serge, les deux Jennys et David: aucun ne se connaissait il y a un mois. Ils se sont rencontrés sur Facebook, et aujourd’hui ils forment un groupe soudé. A l'instar de David, habitant de Nice et pompier de Paris, ils ont l’habitude de randonner dans ces vallées de l’arrière-pays niçois, et ils ont pu aller là où on ne passe désormais qu’à pied, dans les coins les plus isolés de la vallée, à Vievola, Granile, ou Casterino.

Ce 6 novembre, David a donné rendez-vous aux trekkeurs à 7 h du matin, sur le parvis de la gare de Breil-sur-Roya. Le train des Merveilles a repris du service et va acheminer le groupe jusqu'à Saint Dalmas de Tende. 

La petite équipe a déjà plusieurs missions à son actif : approvisionnement, déblaiement, construction de passerelles pour passer les torrents à pied sec. Dès le lendemain des intempéries, David se mobilisait pour les sinistrés :

J'ai loué un camion, je l'ai chargé en denrées, j'ai acheté de l'alimentation et des outils, et je suis descendu dans la Roya.

David est un habitué des situations de crises, en 30 ans de métier, il a vu des attentats, des tremblements de terre, il est même intervenu sur le crash du Concorde.

Un mois après le passage de la tempête, David constate que la vallée risque d'avoir du mal à s'en remettre :

C'est une douzaine de ponts qui ont sautés, les relations entre la rive gauche et la rive droite n'existent plus, les artisans sont bloqués, les habitants sont choqués.

Tous les membres de la mission sont motivés par le sens de l'entraide et certains ont des atouts bien utiles pour ce genre d'expédition. C'est le cas de Didier: cordiste, il réalise des travaux sur grande hauteur et peut donc intervenir en cas d'accès difficile.

Si le bas de la vallée a été plutôt épargné, à partir du lieu dit du Maurion, c’est un désastre. La route s’arrête net, on croise des voitures retournées par les eaux, des tuyaux, des objets variés et des tonnes de graviers et de pierres, comme si la tempête était passée hier. A partir du Maurion, il faut par moment marcher à flanc de colline, sur un terrain boueux, meuble, dangereux par endroit, il faut aussi traverser la rivière à plusieurs reprises, pas un seul pont n’a tenu sur les berges du Caïros. 

Sur le chemin, le groupe croise une habitante de la vallée : c'est la troisième fois qu'elle tente de retourner dans sa maison. Elle signale un couple de voisins qui a besoin d'aide pour construire un pont.

La route départementale 40 reliant la vallée aux villages dans les hauteurs a été emportée par les flots
La route départementale 40 reliant la vallée aux villages dans les hauteurs a été emportée par les flots © Radio France / Thibault Lefèvre

Après une heure et demi de marche, le groupe arrive sur les hauteurs du Caïros, au tcham des Barelli, le plateau des Barelli en patois local, du nom d’une vieille famille qui habitait là il y a très longtemps. Les habitants y sont âgés pour la plupart. Le plus jeune s’appelle Eric, et il fêtait le jour du passage des trekkeurs, ses 54 ans. C'est lui qui assurait la liaison avec le bas de la vallée, grâce à son téléphone satellite. 

Le plus dur est passé pour les sinistrés, mais le traumatisme de la nuit du 3 octobre reste présent. Tous parlent du bruit, du son de la tempête, de la puissance de l’eau qui creusait, un peu plus bas, les berges encaissées du Caïros. Des terrains, des jardins, des potagers ont été engloutis par les eaux. Pour une population qui n’a jamais habité ailleurs, ce sont des décennies de repères qui se sont effacés en une nuit.   

Les habitants regrettent le départ de l'armée, qui avait déployée après la tempête, et qui ne reviendra pas. 

Un mois après le passage de la tempête Alex, les dégâts sont encore visibles : on croise des voitures enlisées sous des tonnes de gravats, des canalisation arrachées.
Un mois après le passage de la tempête Alex, les dégâts sont encore visibles : on croise des voitures enlisées sous des tonnes de gravats, des canalisation arrachées. © Radio France / Thibault Lefèvre

Ces habitants ne meurent pas de faim car la livraison de denrées a été massive dans les jours qui ont suivi le passage de la tempête, il y a par exemple à Tende, le village le plus touché sur les hauteurs de la Roya, environ deux mois de stocks en réserve. En revanche, il y a du travail pour améliorer le quotidien des habitants : installer des passerelles, réparer des fenêtres, baliser des chemins et livrer des denrées périssables comme la viande ou les laitages. 

L’autre mission du jour pour nos trekkeurs solidaires, c’est aller chercher Georgie sur les hauteurs du hameau. Georgie, c'est la brebis de Christian, un habitant de la Roya qui a quitté sa maison en catastrophe, emportant avec lui chiens et chats, mais laissant sa brebis aux soins d'une voisine. Christian a préféré passer l’hiver en bas de la vallée, à Breil-sur-Roya, Georgie était la seule qui manquait encore à l'appel.

Un mois après la tempête, Georgie et son propriétaire Christian sont réunis
Un mois après la tempête, Georgie et son propriétaire Christian sont réunis © Radio France / Thibault Lefèvre

Georgie la brebis, avec sa cloche autour du cou et sa laine qui n’a pas été tondue depuis des mois, est devenue la mascotte des trekkeurs. C’est la première fois depuis des semaines, que le groupe réalise une mission aussi cocasse. 

David constate que les bénévoles ne manquent pas, mais ils peinent à savoir comment et où ils peuvent aider. Avec son expérience de pompier professionnel et grâce aux réseaux sociaux, lui se propose de trouver des "missions" auprès des mairies et des habitants, et de faire l'interface avec les volontaires.

Depuis quelques jours, le groupe a mis en place une application pour mettre en relation bénévoles et sinistrés : Aide 1 Vallée.

Les trekkeurs solidaires sur le chemin du retour, avec la brebis Georgie
Les trekkeurs solidaires sur le chemin du retour, avec la brebis Georgie © Radio France / Thibault Lefèvre
L'équipe
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.