Antoine Pélissolo, psychiatre, chef de service au CHU Henri-Mondor de Créteil, professeur de médecine à l'université Paris-Est-Créteil, vient de publier « Les émotions du dérèglement : l’impact des catastrophes écologiques sur notre bien-être et comment y faire face ».

Portrait d'Antoine Pélissolo, psychiatre, chef de service au CHU Henri-Mondor de Créteil, professeur de médecine à l'université Paris-Est-Créteil.
Portrait d'Antoine Pélissolo, psychiatre, chef de service au CHU Henri-Mondor de Créteil, professeur de médecine à l'université Paris-Est-Créteil. © Astrid di Crollalanza/Flammarion

Antoine Pélissolo publie avec Célie Massini aux éditions Flammarion "Les émotions du dérèglement : l’impact des catastrophes écologiques sur notre bien-être et comment y faire face".

Avec son livre, il nous alerte sur les conséquences psychologiques et psychiatriques du dérèglement climatique. Le manque de nature, d’une part, est néfaste. Les conséquences d’une vie en ville, loin de la nature, mais également le manque de lumière, les effets de la pollution sonore, tout ceci a un impact sur notre santé mentale. Les conséquences ? Un risque plus élevé de développer une maladie mentale, et l' augmentation des troubles anxieux et dépressifs, consommation accrue d’antidépresseurs…D’autre part, les effets du dérèglement climatique, tels que les fortes chaleurs, la pollution, les catastrophes naturelles qui engendrent des traumatismes, impactent la santé mentale. 

Un ouvrage qui vient nous rappeler à quel point notre état psychique dépend de notre environnement, à quel point nous y sommes sensibles, même sans en être conscients. Antoine Pélissolo aborde ainsi le dérèglement climatique comme un nouveau défi lancé à notre psychisme. 

Par ailleurs, les conséquences de la crise sanitaire sur notre santé mentale commencent à être prises en considération avec les Assises de la santé mentale et de la psychiatrie qui se sont tenues cette semaine.

Et Olivier Véran a annoncé qu’un numéro vert était mis en place pour prévenir les suicides.

Il est en service depuis ce matin : le 31 14, disponible 7 jours sur 7, 24 heures sur 24.

Que pense Antoine Pélissolo de l’état de la psychiatrie en France ? Il a signé le mois dernier dans le Monde une tribune avec le député socialiste Boris Vallaud : « Il est urgent de faire de la santé mentale et de la psychiatrie une grande cause du prochain quinquennat».

Il a aussi publié : "Vous êtes votre meilleur Psy !" (Flammarion)

Extraits de l'entretien

Antoine Pélissolo : "Le clivage entre le physique et le psychique est toujours à prendre avec prudence, parce que c'est quand même un tout. Mais c'est vrai qu'on se représente plus facilement des conséquences corporelles, en effet, par exemple de la canicule, alors que les composantes psychiques sont en général banalisées. C'est d'ailleurs le problème de beaucoup de choses en psychologie , on dit "Oui, il fait chaud, on ne se sent pas bien, mais voilà, c'est banal", alors qu'en fin de compte, il y a une littérature épidémiologique assez fournie sur le nombre de passages aux urgences et de tentatives de suicide qui augmente pendant les fortes chaleurs. Il y a des dérèglements, qui sont sûrement complexes et il y a des effets plus ou moins directs et indirects, mais le fait est qu'il y a un impact mesurable et qui, malheureusement, risque de s'accentuer évidemment avec avec l'augmentation des températures."

Le fait de naître, grandir et vivre en ville augmente le risque de développer une maladie mentale. 

"C'est une découverte qui devient maintenant indiscutable. Et ce n'est pas des détails : le taux d'incidence de la schizophrénie est à peu près double en milieu urbain par rapport au milieu rural. Alors là aussi, il y a beaucoup de facteurs différents, il faut éviter le simplisme. Ce n'est pas forcément que la ville en elle-même, il y a aussi tout ce qui amène les gens à être en ville, etc. […] Et pour nous, et en tant que chercheur et responsable de ce que serait l'organisation des soins, ça veut dire qu'il faut faire encore plus attention évidemment dans les populations exposées et essayer de mieux comprendre pour mieux prévenir ces troubles"

Au sujet des catastrophes naturelles, comme la tempête Alex qui a touché le sud de la France il y a un an : le psychiatre évoque "la solastalgie : le fait de souffrir comme d'un deuil après avoir vu son univers, son terroir se transformer."

Alors, il y a des tempêtes, des tremblements de terre, des glissements de terrain… devant lesquels on peut ressentir, chez les habitants, une espèce de blessure vraiment très physique et qui va ensuite laisser des traces toute la vie. 

"Heureusement, on peut s'en remettre et avec beaucoup de facteurs de résilience et d'accompagnement social"

Le reste de l'entretien à écouter…

Reportages 

  • Un après la tempête Alex, à Saint-Martin Vésubie par Farida Nouar.
  • Dans un centre pédopsychiatrique de la région parisienne par Véronique Julia.

Programmation Musicale

LAURA CAHEN : Désarmée

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