Contre l'inceste, le Loup est le projet artistique complet de Mai Lan Chapiron : un livre, une chanson, et une vidéo pour les enfants de 3 à 9 ans.

La chanteuse Mai Lan, Levallois Perret, novembre 2013
La chanteuse Mai Lan, Levallois Perret, novembre 2013 © Maxppp / Vincent Isore / IP3 press

Pour commencer, nouveau rendez-vous sur l’antenne de France Inter… Suite logique, en réalité, à notre journée spéciale de soutien aux femmes afghanes… Tous les vendredi, grâce à Caroline Pomès, notre reporter, vous suivrez l’une d’entre elles, l’une des femmes incroyables qui ont réussi à fuir les talibans et à venir jusqu’à nous. Parmi elle il y a Palwacha Atchekzaï…

Notre invitée : Mai Lan Chapiron est chanteuse, dessinatrice, et autrice du Loup aux Editions La Martinière Jeunesse.

Conçu comme un outil de prévention comportant un livre pour enfants, une chanson, et une vidéo de prévention animée,  Le Loup est à destination de tous. L'histoire du Loup est inspirée de l'histoire personnelle de Mai Lan Chapiron.

À la fin du livre, un cahier d'accompagnement pour les adultes rédigé par une psychologue afin de faciliter le dialogue avec les enfants.

Coup de projecteur sur une Afghane courageuse : Palwasha Achekzai

Suite logique de notre journée spéciale de soutien aux femmes afghanes tous les vendredis grâce à Caroline Pomès, notre reporter, vous suivrez l'une d'entre elles, l'une de ces femmes incroyables qui ont réussi à fuir les talibans et à venir jusqu'à nous. 

Parmi elles : Palwasha Achekzai

Elle ne sait pas exactement quand elle est née, sans doute il y a une petite trentaine d'années. Le village est petit, à 30 kilomètres de Mazâr-e Sharif, la ville à la mosquée toute bleue du Nord de l'Afghanistan. 

Sa mère, Anissa, élève ses sept enfants toute seule. Le père est mort du diabète il y a longtemps. Palwasha voit sa mère trimer et elle serre fort ses petits points. Dans le quartier, elle se bagarre. A l'école, elle se bagarre. Elle est très bonne élève : elle sait que c'est par là la sortie. Elle la prendra seule la porte : pas d'homme dans les pattes. De sa ceinture noire de taekwondo, elle leur fait vite comprendre que ce n'est même pas la peine d'essayer de l'embêter.

Il y a cinq ans, Palwasha devient Community leader : un poste d'élue régional qui lui permet de construire des logements sociaux, d'assainir les rues, d'ouvrir aux femmes la porte des écoles. Quand les talibans reprennent le pouvoir, elle est sur la liste noire, verte, plus exactement. 

En juin dernier, les militaires l'appellent pour lui dire que son nom est entouré de vert sur les registres. Ce qui l'attend ? Le kidnapping, le viol, le mariage forcé... Alors vite, elle loue une chambre dans Kaboul et s'y enferme, claquemurée. 

Palwasha Achekzai : "Je ne sais pas si je ressens quelque chose à ce moment-là. Je me sens prisonnière dans cette chambre. Je n'ai pas le droit de sortir seulement couverte pour voir quelques proches et des amis. C'était très dur. Je ne me sentais plus humaine. J'étais juste un corps sans vie qui ne faisait que respirer et ne se rendait pas compte de ce qui était en train d'arriver. Mais un soir, j'ai vu à la télé que les talibans s'étaient emparés de la ville, et je me suis mise vraiment à pleurer.

Pour survivre, Palwasha vend tout ce qu'elle a. Ce qu'elle veut : des visas pour partir à l'étranger. Trois fois, elle se fait arnaquer. Un jour, elle reçoit cet appel. C'est Annabelle, une humanitaire qui, dans le temps, a travaillé avec sa mère Anissa. Palwasha et elle sont une liste d'Afghans à rapatrier d'urgence en France. 

Alors, le 21 août, mères et filles prennent la route de l'aéroport, la peur au ventre de celle qui paralyse le cœur de celles qui parasitent la pensée là-bas. Ce qu'elle voit, elles n'en reviennent pas : "J'ai dit à ma mère ou on meurt ou on passe. J'étais assise à côté de corps d'hommes et de femmes tués la veille. J'avais de la peine pour moi. Autour de moi, il y avait tellement de femmes qui pleuraient. J'ai été maltraitée par des hommes.  J'ai commencé à pleurer comme des chiens en famille, puis pleurer pour mon peuple, pour cette situation à l'aéroport, pour ses soldats. J'ai dit à ma mère : "Arrêtons de nous mettre en danger et rentrons."

A bout de trois nuits, au bout de trois jours d'attente, c'est la bonne prise en charge par les Américains. Palwasha décolle et arrive le 25 août. Encore dix jours de quarantaine. Et puis enfin, l'air libre, le vrai sur les quais de Seine. Mère et fille se promènent. 

"Je me souviens vraiment de ces soirées où il y avait beaucoup de monde. Des gens qui jouaient de la guitare, d'autres qui dansaient en couple, qui chantaient... Si tu ne voulais pas danser, ton corps ne pouvait pas s'empêcher ton esprit non plus. Là, j'ai retrouvé mes émotions..."

Palwasha adore  Paris, mais c'est à qu'elle a atterri mi-septembre dans petit village de 3.000 habitants, quelque part entre Nîmes et Montpellier, entre des vignes et des oliviers. Aujourd'hui, elle cherche un appartement à Montpellier. La ville lui manque. En attendant, elle apprend le français et lire, écrire, compter jusqu'à 15 maintenant. 

Les invités
L'équipe