Que serait devenu Bob Marley sans les Wailers ? Et réciproquement bien sûr. Réponse dans Very Good Trip avec aussi quelques mots essentiels sur la foi des Rastas.

Bob Marley and The Wailers en 1972.
Bob Marley and The Wailers en 1972. © Getty / Charlie Gillett / Redferns

Imaginez que nous partons quarante-sept ans en arrière. Nous voilà un soir du printemps 1973, à minuit passé, dans une boîte située au cœur de Londres, le Speakeasy, pas loin de Piccadilly, où les professionnels de la musique aiment venir prendre un verre et danser. Les Beatles et Jimi Hendrix, naguère, avaient l’habitude d’y débarquer. 

Sur une petite scène étroite, à peine surélevée, vous voyez s’installer une étrange bande de Jamaïcains portant des vêtements aux couleurs de leur pays, rouge, jaune et vert. Au milieu, un type armé d’une guitare, tout maigre, pas très grand, aux traits fins, émacié comme un Christ peint par Le Greco. Il porte une chemise en jeans, il a la peau plus claire que les autres, il est coiffé d’un casque de cheveux frisés, pas encore des dreadlocks, et chante les yeux fermés, sautillant sur place de temps à autre, comme secoué par un esprit surnaturel. Impossible de détacher votre regard de lui.

One bright morning when my work is over, man will fly away home , un beau matin quand j’aurai accompli ma tâche, je m’envolerai jusqu’à chez moi.

C’est par ces mots que se clôt ce Rastaman Chant, interprété par Bob Marley avec les Wailers en 1973. 

Un chant dérivé d’un cantique intitulé Babylon You Throne Gone Down, entonné dans cette langue proche de l’anglais, quoique différente, que les linguistes appellent le créole jamaïcain. Et que ses pratiquants désignent tout simplement comme patwa. 

J’entends le rastaman dire : Babylone, ton trône va s’effondrer. 

C’est le chant par lequel les Wailers avaient alors l’habitude d’entamer leurs concerts. Un chant dont les paroles dérivent de ces cantiques chrétiens jadis diffusés par les missionnaires baptistes et autres, aux thèmes parfois tirés de l’Apocalypse selon Saint-Jean, à l’exemple, justement, de ce Rastaman Chant qui fait allusion à l’ange avec les sept sceaux, lors des cérémonies rasta qui avaient lieu en Jamaïque, dites Nyabinghi, ces hymnes, soutenus par des tambours, se faisaient incantations qui se greffaient à d’anciens cultes africains interdits par les esclavagistes. On en appelait à la manifestation d’autres esprits, d’autres divinités. 

À l’origine Nyabinghi était une antique reine d’Afrique ayant régné dans la région du grand lac Victoria. Cette femme puissante avait eu, dit-on, la bravoure de défier les colons venus d’Europe. 

Son esprit visitait celles et ceux qui l’invoquaient par la transe. Au point que ce nom, Nyabinghi, a fini par tout désigner : un appel à la résistance contre les colons blancs, un genre de commémoration propre aux Rastas et un style même de chant collectif accompagné par des percussions, à trois tambours, faisant naître la transe, devenu une des composantes du reggae.

The Wailers : 

  • « Rastaman Chant » extrait de l’album « Burnin’ (Deluxe Edition) » 
  • « Get Up, Stand Up (Unreleased Single Version) » extrait de l’album « Burnin’ (Deluxe Edition) » 
  • « Put It On » extrait de l’album « Burnin’ (Deluxe Edition) » 
  • « I Shot the Sheriff » extrait de l’album « Burnin’ (Deluxe Edition) » 
  • « Burnin’ and Lootin’ » (live at the Record Plant, Sausalito, CA, 1973) 
  • « Kinky Reggae - Live at Leeds Polytechnic, 1973 » extrait de l’album « Burnin’ (Deluxe Edition) » 
  • « Bend Down Low » (live at the Record Plant, Sausalito, CA, 1973)   
  • « Lively Up Yourself - Live at Leeds Polytechnic, 1973 » extrait de l’album « Burnin’ (Deluxe Edition) » 
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