Ce soir, c’est simple, on arrête de dire que tout est impossible et on prend le pouvoir.

Damon Albarn, chanteur sur scène, avec son groupe "Gorillaz" en 2010 au Zénith, Paris.
Damon Albarn, chanteur sur scène, avec son groupe "Gorillaz" en 2010 au Zénith, Paris. © AFP / Thomas Samson

_"« We Got the Power », « quoi qu’il arrive, on a le pouvoir de s’aimer » , c’était même proclamé en français par la Française Camille Berthomier, alias Jenny Beth, la chanteuse de Savages, un groupe qu’elle a formé à Londres il y a quelques années. Le titre est tiré du tout nouvel album du groupe Gorillaz, sorti il y a quelques jours, et qui s’appelle "Humanz", avec un z à la fin. Alors, Gorillaz, c’est une des créatures les plus étranges de la musique populaire mondiale, pourtant riche en bizarreries. Il s’agit d’un groupe composé de personnages fictifs qui n’apparaissent sous la forme de dessins animés. Autrement dit, des créatures du monde virtuel, imaginées au début du nouveau siècle par deux jeunes trentenaires londoniens : le musicien Damon Albarn, alors bien connu comme chanteur et parolier du groupe Blur, et son colacataire d’alors, le graphiste Jamie Hewlett. La musique, au début, était entre dub jamaïcian et hip-hop américain et c’est d’ailleurs aux États-Unis, où Blur n’a jamais dépassé le niveau du succès d’estime, que Gorillaz a séduit toute une génération d’enfants. Il faut dire que l’idée de créer un groupe sous forme de mangas animés avait germé dans l’esprit de ses créateurs alors qu’ils regardaient des vidéos de boy bands manufacturés pour être consommés par un public pré-adolescent. Ils se sont dit : quitte à fabriquer un groupe artificiel, autant aller au bout et faire quelque chose de purement virtuel mais qui soit vraiment brillant. Eh bien ça a marché au-delà de leurs espérances et Gorillaz a obtenu un des records les plus insolites répertoriés par le livre Guinness : celui du groupe virtuel le plus populaire de l’histoire. Cela dit, il a beau être virtuel, il fait des tournées. Il y a des animations en 3D, des hologrammes, tout ça, et l’avantage de Gorillaz, comme l’a confié Damon Albarn au magazine britannique Q, il peut avoir avalé des sushis avariés, le concert a quand même lieu, et il peut faire la fête tous le soirs, aucun problème, les hologrammes des personnages restent en pleine forme. Musicalement, Gorillaz fonctionne comme un atelier où séjournent, le temps de réaliser une ou plusieurs chansons, des chanteurs et musiciens invités, de toutes les générations et d’à peu près tous les styles musicaux populaires dans le monde, de la variété au hip-hop. Prenez la chanson qu’on a entendue, « We Got the Power ». C’est un cri d’espoir dans un monde qui, pourtant, désespère Damon Albarn. Cet opposant au Brexit tombe, le soir du résultat, dans un pub sur un politicien nationaliste qui a dit des gens comme lui qu’il appartenait à l’élite des bobos libertaires et mondialistes. Albarn lui est rentré dans le lard et lui a dit à peu près, j’interprète à ma façon : « C’est quoi, cette histoire d’élite. C’est vous qui appartenez à l’élite et vous qui avez le pouvoir, alors arrêtez de m’emmerder. Moi, je suis un musicien et j’ai aucun pouvoir ». Bien envoyé. Dans ce titre où il clame que le seul pouvoir qu’il a, c’est celui d’aimer, et il est grand, Albarn a convié son vieux copain de Blur Graham Coxon mais aussi son vieil ennemi Noel Gallagher, fondateur, comme vous le savez sans doute, du groupe Oasis. Il y a aussi deux Français, la chanteuse Jenny Beth, je vous l’ai dit, et également Jean Michel Jarre. Alors, dans ce nouveau disque de Gorillaz, Humanz, enregistré en partie à Chicago avec un collaborateur de Kanye West, la sonorité dominante est celle du hip-hop, la musique la plus populaire au monde actuellement, avec le R & B. Cela dit, les artistes invités viennent de tous les styles et de toutes les générations : il y a une des plus belles voix de la soul américaine, Mavis Staples, les pionniers du hip-hop De La Soul et aussi le jeune chanteur londonien Benjamin Clementine. Alors, avec Gorillaz, on peut aller, musicalement parlant, un peu où on veut. Et atterrir, par exemple, chez ce rappeur porto-ricain qui se fait appeler Residente. Un personnage intéressant, qui cumulerait à la fois les talents de Damon Albarn et Jamie Hewlett. Puisque ce Residente est à la fois musicien, graphiste et réalisateur de ses propres vidéos. Il est aussi très engagé dans un combat pour la justice sociale. Sur son site Internet, où il écrit en gros caractères qu’on a étudié les paroles de ses raps dans les universités du monde entier, Residente revendique aussi, non sans fierté, que ses raps ont été censurés pendant trois ans après qu’il a traité le gouverneur de Porto Rico, qui venait de licencier 30 000 fonctionnaires, de fils de pute. Residente, « Somos Anormales »."_

Programmation musicale :

  • Gorillaz, « We Got the Power » extrait de l'album « Humanz »
  • Residente, « Somos Anormales » extrait de l'album « Residente »
  • Deadmau5, « Digitol » extrait de l'album « stuff i used to do »
  • Nomadic Massive, « Pan Am » extrait de l'album « The Big Band Theory »
  • Jessie Reyez, « Shutter Island » extrait de l'album « Kiddo »
  • Chicano Batman, « Friendship (Is a Small Boat in a Storm) » extrait de l'album « Freedom Is Free »
  • Aurelio, « Sañanaru » extrait de l'album « Darandi »
  • Coely, « My Tomorrow » extrait de l'album « Coely »
  • Gabriel Garzón-Montano, « Crawl » extrait de l'album « Jardin »
  • Kasabian, « Are You Looking for Action? » single
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