Ce soir, avec Michka Assayas cap sur la Jamaïque. La source du reggae, bien sûr, loin de se résumer à ce qu’il y a de plus connu.

Portrait de l'auteur-compositeur-interprète, Dennis Brown, en studio, le 1er avril 1980.
Portrait de l'auteur-compositeur-interprète, Dennis Brown, en studio, le 1er avril 1980. © Getty / Fin Costello / Redferns

« The Israelites », le premier tube mondial à venir de Jamaïque, c’était en 1969. Une chanson composée et interprétée par un jeune homme qui travaillait alors comme soudeur, Desmond Dekker. 

Elle a été numéro 1 en Grande-Bretagne, à l’origine d’un véritable phénomène, on y reviendra. Le 45 tours s’est même vendu à deux millions d’exemplaires aux Etats-Unis, où, pourtant, Bob Marley, au faîte de sa gloire, n’a jamais eu un tube. Desmond Dekker avait enregistré cette chanson chez Leslie Kong, le propriétaire, d’origine chinoise, d’un  restaurant et d’un magasin de disques à Kingston, la capitale jamaïcaine. Et qui fut le premier à y établir un studio d’enregistrement où sont passés tous les chanteurs et musiciens de l’île, Marley compris, bien sûr. La chanson évoque un pauvre homme qui, je cite, doit se lever tôt le matin et travailler comme un esclave pour gagner son pain. 

Mais la mention du sort des « Israelites », les Israélites, mérite une explication. Il existait en Jamaïque une secte chrétienne millénariste bien connue, les Rastafariens, dont le message touchait les citoyens pauvres de l’île. Les Rastas jamaïcains étaient convaincus que les Blancs avaient falsifié à leur avantage le message de la Bible pour mieux les asservir. Et qu’en fait, le peuple élu, c’était eux, les véritables Israélites, jadis exilés à cause de leurs péchés, depuis longtemps pardonnés. Mais, heureusement, Haïlé Sélassié Premier, celui qu’on appelait le Roi des rois en Éthiopie, était arrivé, tel que le Livre de l’Apocalypse l’avait annoncé. « Le Lion de la tribu de Juda », c’était lui, allait châtier les Blancs esclavagistes, délivrer son peuple de Babylone et le ramener enfin à la Terre promise de Sion en Éthiopie. Où un monde juste et parfait allait régner. Évidemment, en attendant il fallait, se dresser et combattre, comme le chanterait Bob Marley, « Get up, stand up, don’t give up the fight ». 

De façon intéressante, au début du vingtième siècle, il y avait eu dans les régions de la Côte Est de l’Afrique du Sud, un mouvement comparable, quoique de moindre envergure, formé par les disciples d’un prédicateur méthodiste, Enoch Mgijima. Ses disciples se faisaient déjà appeler les Israélites, entre guillemets. Ils considéraient que le Nouveau Testament était un faux établi par les Blancs et ils prophétisaient Armageddon, soit un total anéantissement des Blancs dans un bain de sang. Avant, bien sûr, l’avènement d’un monde juste et parfait où, toutes les injustices effacées, on pourrait repartir à zéro. Hélas, c’est eux qui se firent massacrer par la police sud-africaine en 1921.

Cette émission est une rediffusion du 18 juin 2018, pour écouter, réécouter Very Good Trip, cliquez ici. 

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