Ce soir, ultime hommage au plus sous-estimé des géants de l’histoire du rock. On a de la chance, il est encore vivant. C’est parti...

Mick Avory, Ray Davies, Dave Davies et Pete Quaife sur le toit d'un bâtiment londonien.
Mick Avory, Ray Davies, Dave Davies et Pete Quaife sur le toit d'un bâtiment londonien. © Getty / Ray Moreton

"« See My Friends », une des chansons les plus entêtantes, les plus mystérieuses aussi, des Kinks, le groupe qu’a fondé il y a un demi-siècle déjà Ray Davies avec son jeune frère Dave, des enfants de la classe ouvrière, élevés dans un quartier du nord de Londres. Les Kinks autour desquels on a gravité toute cette semaine sur Inter à l’occasion, je le rappelle, de la sortie de l’album solo de Ray Davies, Americana. Un disque très réussi où il évoque ses aventures et mésaventures au pays de ses rêves qui est parfois devenu celui de ses cauchemars. Les Kinks qu’on va retrouver une dernière fois ce soir, ils le méritent, c’est à la fois un des groupes les plus influents de l’histoire du rock, sans qui ni David Bowie ni le groupe Blur n’auraient existé, et en même temps, faites le test autour de vous, le plus méconnu du grand public. Je reviens à cette chanson qu’on vient d’entendre, « See My Friends ». Les Kinks l’ont enregistrée et publiée en 45 tours, en single, à l’été 1965, alors que les Beatles chantaient « Help ! », les Rolling Stones « Satisfaction » et Bob Dylan « Like a Rolling Stone », avec le succès international qu’on connaît. Dans ce paysage, évidemment, les Kinks passaient bien sûr au second plan. Pourtant, quand on écoute « See My Friends » aujourd’hui, on se rend compte que, musicalement, cette chanson était en avance sur son temps. Elle a de fait un parfum de musique indienne, un style psychédélique que les deux groupes anglais de premier plan, que je viens de citer, Beatles et Stones, n’avaient pas encore abordé.

_D’ailleurs, c’est clair, Ray Davies a déclaré qu’il avait eu l’idée de cette mélodie lors d’un voyage en Inde à Bombay, bon, on dit aujourd’hui Mumbai, sur la côte de la mer d’Arabie. Il n’arrivait pas à dormir, il était sur la plage et il a vu et entendu des pêcheurs partir en chantant dans leur barque. Ce qui explique le côté lancinant et répétitif de « See My Friends », une chanson très éloignée des sources rhythm’n’blues où le jeune Ray Davies aimait puiser, comme tous ses jeunes contemporains à Londres. Il faut que je vous précise que la version que vous avez entendue n’est pas l’originale de 1965. Les Kinks, un groupe qui décidément ne faisait rien comme les autres, ont réenregistré en 1994 dans leurs propres studios, Konk, à Londres, les chansons préférées de leur répertoire devant un public choisi, un peu à la façon des séries « Unplugged » de la chaîne MTV. Le résultat s’appelle « To the Bone », à l’os, un CD qui est sorti sous une édition complète, deux disques, en 1996 et qu’on trouve aujourd’hui très difficilement. Il présente des versions excellentes des meilleures chansons des Kinks, parfois même supérieures aux originales, ce qui est rarissime voire n’arrive jamais. C’est le cas de « See My Friends », que vous aves entendu dans cette version enregistrée en public en 1994. D’ailleurs, Ray Davies, qui a toujours eu beaucoup d’humour et de distance par rapport à lui-même, a un jour répondu de façon inattendu à un interviewer qui le questionnait sur l’âge d’or des Kinks et ces chansons merveilleuses qu’il avait écrites, comme « Sunny Afternoon ». Alors Ray Davies a répondu ceci, parlant de lui-même : « Le jeune Ray Davies était très bon. Mais alors qu’est-ce qu’il chantait mal ! » Typique. Voici à présent un autre genre de recréation des Kinks par Ray Davies qui, comme tous les grands artistes, les petits aussi d’ailleurs, est toujours resté un immense insatisfait. Il y a environ sept-huit ans, il a eu l’idée de s’associer à une chorale du quartier de son enfance, le Crouch End Festival Chorus, pour reprendre quelques classiques des Kinks. Certains puristes, c’est leur rôle, ont décrié le résultat. Pourtant c’est très réussi dans l’ensemble, comme en témoigne cette version d’un des hymnes des Kinks, « The Village Green Preservation Society », la chanson titre d’un de leurs meilleurs albums, sorti en 1968. Deux mots sur cette chanson : en pleine période de contestation, d’émeutes et de violence en Occident, Ray Davies s’amusait à se moquer des traditions britanniques vieillottes, genre l’amicale des amateurs de crème anglaise, tout en les célébrant avec un tendre sourire en coin. On y entend un cri du cœur : que Dieu sauve les petites boutiques, les tasses en porcelaine et la virginité !"_

Programmation musicale :

  • The Kinks, « See My Friends » extrait de l’album "To the Bone"
  • Ray Davies - The Crouch End Festival Chorus, « The Village Green Preservation Society » extrait de l’album "The Kinks Choral Collection"
  • The Kinks, « Picture Book » extrait de l’album "To the Bone"
  • The Kinks, « I’m Not Like Everybody Else » extrait de l’album "To the Bone"
  • Ray Davies & Bruce Springsteen, « Better Things » extrait de l’album Ray Davies "See My Friends"
  • Pretenders, « I Go to Sleep » extrait de l’album "Pretenders II (remasterisé en 2006)"
  • Ray Davies, « Message from the Road » extrait de l’album "Americana"
  • Ray Davies, « Wings of Fantasy » extrait de l’album "Americana"
  • The Kinks, « Life on the Road » extrait de l’album "Sleepwalker"
  • The Kinks, « To the Bone - Demo » coffret "Picture Book"
  • Ray Davies- The Crouch End Festival Chorus, « Waterloo Sunset » extrait de l’album "The Kinks Choral Collection"
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