Ce soir, on va rester dans l’énergie scénique de Foals. En adressant un ultime salut, joyeux, à quelqu’un qui, il y a un peu plus de vingt ans, a entraîné dans la musique une vague de fureur, de folie et d’énergie comme on n’en avait jamais vu ni entendu jusqu’alors. C’est parti !

Keith Flint, du groupe The Prodigy, sur la scène du O2 Academy Brixton (décembre 2017, Londres)
Keith Flint, du groupe The Prodigy, sur la scène du O2 Academy Brixton (décembre 2017, Londres) © Getty / Simone Joyner

Comme un mécanisme fou qui finit par se détraquer… Entre techno dite hardcore, rap, chant punk et transe venue des rave parties, c’était le groupe The Prodigy en 1997, le titre s’appelait « Breathe » et l’album « The Fat of the Land ». Un album, dont la pochette montrait un drôle de crabe aux couleurs bigarrées dressant en l’air ses pinces avant, en signe de joie ou de défi, qui a marqué en profondeur toute une génération. Et qui, d’une certaine façon, a tué la Britpop.

Un an avant, en 1996, Yannis Philippakis, le chanteur de Foals, avait dix ans, directement ou indirectement, ça a dû le marquer. Cet été-là, The Prodigy s’est produit au grand festival de Knebworth, dans la banlieue nord de Londres, devant cent cinquante mille personnes, en première partie du groupe Oasis, alors au sommet de sa popularité. Le public présent était évidemment là pour le groupe des frères Gallagher. Et quand il a vu débarquer cette bande qui ne ressemblait à aucune autre, il a, selon de nombreux témoignages, comme une vague d’ahurissement collectif. Et au bout de quelques minutes, les gens se sont mis à danser comme des dingues. Ça a été dur après pour Oasis. C’était The Prodigy, un groupe comme on n’en avait jamais vu. 

Un guitariste de metal en bermuda. Un gars caché derrière ses machines. Un rappeur antillais torse nu. Et au milieu, parcourant la scène de long en large, secoué par une danse violente et menaçante, un gars effrayant. Vêtu d’un large complet à gros carreaux, torse nu sous son veston, deux touffes vert pomme jaillissant de part et d’autre d’un crâne rasé, un collier de chien clouté autour du cou, il fascinait. On aurait dit une espèce de Ronald McDonald sorti d’un film d’épouvante. Keith Flint, c’était son nom, se décrivait comme un croisement entre le fou du roi et l’échappé d’un asile psychiatrique. J’en parle au passé parce que, vous l’avez sans doute  entendu, on a appris sa mort brutale, il y a une semaine. Il s’est en effet pendu dans sa propriété, située à la campagne dans l’Essex, au nord-est de Londres, pas loin de là où il avait grandi. Il est impossible d’attribuer une cause particulière à un suicide, c’est un acte qui appartient bien sûr au mystère de chaque être humain. Mais il faut savoir que Keith Flint était dans la tourmente. En plein divorce d’avec sa femme japonaise, Mayumi Kai, dite DJ Super Mega Bitch, il se trouvait dans l’obligation de vendre sa maison.

Et puis il y a autre chose. J’ai eu la surprise de tomber, au cours de mes recherches, sur les propos que Keith Flint avait tenus à un journaliste en 2015. Je cite :

Je suis quelqu’un qui ne mets rien de côté. Je dépense tout, tout de suite. J’ai toujours eu ça en moi. Je sais que le jour où je serai fini, je me tuerai. Mais je jure que pour moi ça n’a rien de suicidaire, pour moi, c’est même carrément positif.

Alors, oui, derrière Keith Flintle clown grimaçant, le furieux qui entraînait la foule dans sa propre sarabande, eh bien il y avait un humain à la personnalité et au parcours inattendu. J’y reviendrai tout à l’heure. Mais ce soir, après Foals, je me suis dit qu’on n’avait pas le choix : il fallait poursuivre la fête.

Programmation musicale :

  • The Prodigy – "Breathe"
  • The Prodigy – "Breathe Spitfire"
  • The Prodigy – "Voodoo People"
  • The Prodigy – "Firestarter"
  • The Prodigy – "Hotride"
  • The Prodigy – "Run with the Wolves"
  • The Prodigy – "One Love"
  • The Prodigy – "No Good (Start the Dance)"
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