Il y a de la vie dans le vintage tel est le message de Very Good Trip ce soir.

Le groupe de rock Kings of Leon le 25 février 2019 à Nashville, Tennessee.
Le groupe de rock Kings of Leon le 25 février 2019 à Nashville, Tennessee. © AFP / Jason Kempin / Getty Images

Au début des années 2000, un groupe new-yorkais, les Strokes, et un autre anglais, lui, londonien, les Libertines, ont enflammé un très jeune public. Oui, un très jeune public qui, jusque-là, écoutait, en gros, du rap, de la techno et parfois du metal. 

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Les médias grand public se sont mis à parler d’un, entre guillemets, "retour du rock". Une expression qui m’a toujours laissé songeur parce que, personnellement, je ne l’avais jamais vu partir. Mais enfin, soudain, beaucoup, au début des années 2000, ont voulu être "rock", ou laisser entendre qu’ils l’étaient : des enseignes de prêt-à-porter, des femmes politiques, des banquiers, que sais-je encore… 

En tout cas, ce qu’il y a eu d’intéressant, dans ces année-là, c’est un regain d’énergie. À la fin des années quatre-vingt-dix, Thomas Bangalter, aux débuts de Daft Punk, avait expliqué à un quotidien britannique pourquoi il avait abandonné le rock. Il disait, et c’était vrai, qu’il n’y avait plus de vie dans tout ça : il flottait par-dessus ces groupes de rock, dans le sillage de Nirvana et du mouvement grunge, un climat de morosité et d’abattement. 

Vous alliez voir un concert de rock dit indépendant dans ces années-là, les gens ne dansaient pas, ne bougeaient pas, ils étaient comme figés. Alors, au fond, ces jeunes groupes de rock des années 2000 n’avaient pas vécu dans un monde vintage, préservé des sons modernes. Au contraire. À Detroit, le duo des White Stripes, Jack White avec sa femme Meg, prônait un retour au blues des origines et clamaient leur détestation des machines. Seulement ils avaient beau s’en défendre : ils étaient aussi des enfants du rap et du hip-hop. Et c’est cette énergie-là qu’ils sont arrivés à introduire dans une musique qui était, de fait, ancienne. 

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C’est à peu près ce qu’ont fait les Kings of Leon qui sortaient, pour ainsi dire, de nulle part. Je m’explique. En 2003, ont débarqué de Nashville trois frères et leur cousin, portant, donc, tous le même nom, Followill. Les Kings of Leon c’était un peu comme les Dalton sans la disparité dans les tailles. Le plus âgé, Nathan le batteur, avait vingt-trois ans et le plus jeune, Jared, le bassiste, seulement seize. 

Leur enfance avait été très particulière : ils avaient grandi, pour ainsi dans une secte familiale,  j’exagère à peine. Le père était un prédicateur itinérant, d’obédience Pentecôtiste, les Pentecôtistes sont des évangélistes, chrétiens, évidemment Ils pensent notamment que le message divin se manifeste à vous en vous faisant cracher des mots que vous ne comprenez pas, ça s’appelle la glossolalie, un phénomène qui m’a toujours fasciné. Et auquel a d’ailleurs été exposé Frank Black, des Pixies, il en a parlé. 

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Enfin, bref, les trois frères Followill et leur cousin ont eu une enfance nomade dans le Tennessee et les États avoisinants, au gré des affectations du père. Une enfance marquée par des principes puritains. Pour eux, la musique, c’était les chants religieux et l’écoute, quand on le leur permettait, de la radio, qui diffusait des chansons country, et Bob Dylan aussi. Et puis tout a explosé au divorce de leurs parents. Ils ont continué à vivre sous le même toit que leur mère, y compris, d’ailleurs, après leur succès. Une forte femme qui leur a bien serré la vis, comme on dit. Elle n’hésite pas encore à séparer les frères, des tempéraments explosifs, quand ils en viennent aux mains au barbecue du dimanche. 

Alors beaucoup de choses ont changé pour les frères Followill quand ils ont découvert Led Zeppelin et qu’un ami musicien plus âgé leur a fait une histoire du rock en accéléré, des Stones à The Clash en passant par le Velvet Underground. Une sorte de mentor qui les a emmenés à New York. Tout est allé très vite. Comme l’a déclaré récemment Caleb, le chanteur - et guitariste aussi - du groupe, au quotidien britannique The Guardian, à Nashville, on nous considérait comme des tarés et quand on a débarqué à Londres tous les mecs avaient ma moustache, mes jeans slim et mon Tee-shirt trop court au-dessus du nombril. 

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Je les ai vus à leur débuts à Londres, ça devait être en 2004, c’est un de mes meilleurs souvenirs de concerts aux vingt et unième siècle, il y avait une pêche, une fougue, une joie incroyables, une sorte de folie aussi dans le public. Le monde d’avant… On se demande parfois, et c’est une question qui n’est pas bête, si l’impossibilité de donner des concerts et à plus forte raison de partir en tournée peut avoir, pour des musiciens, des conséquences autres que négatives. 

Eh bien les Kings of Leon y ont répondu en partie pour ce qui les concerne. C’est simple : plus de temps pour enregistrer et perfectionner leur son en studio. Donc il y a au moins un bénéfice. Matthew, le guitariste, a fait l’acquisition de claviers et de synthétiseurs vintage des années soixante-dix. Ça s’entend dans leur nouvel album, très réussi, « When You See Yourself », le précédent remontait à il y a cinq ans déjà. 

On pense parfois au son et à l’élan propres au groupe canadien Arcade Fire, ce qui n’a rien de surprenant puisque les Followill travaillent avec un collaborateur historique de ce groupe, Markus Dravs, proche aussi des Anglais de Coldplay. Les Kings of Leon ne sont peut-être plus à la mode. Ils ont traversé pas mal de vicissitudes, le grave alcoolisme de Caleb, notamment, mais leur succès est, depuis dix ans, immense aussi aux États-Unis, leur propre pays qui a mis du temps à les accepter, mais, depuis qu’ils ont remporté un Grammy en 2010. Et aujourd’hui, on compare plus les Kings of Leon à Coldplay qu’à, mettons, Creedence Clearwater Revival. Pour vous donner une idée.

  • Kings of Leon : « The Bandit » extrait de l’album « When You See Yourself » 
  • Maximo Park : « Partly of My Making » extrait de l’album « Nature Always Wins » 
  • Mogwai : « Ritchie Sacramento » extrait de l’album « As the Love Continues » 
  • Future Islands : « For Sure - Dan Deacon Remix - Edit » single 
  • BirdPen : « Invisible » extrait de l’album « All Function One » 
  • Arab Strap : « The Turning of Our Bones » extrait de l’album « As Days Get Dark » 
  • The Hold Steady : « Spices » extrait de l’album « Open Door Policy » 
  • Iceage : « Lockdown Blues » single 
  • Nick Cave, Warren Ellis : « Lavender Fields » extrait de l’album « Carnage » 
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