Very Good Trip rend visite aux pères fondateurs du blues électrique. À commencer par celui, dont la guitare était la première voix. Mais quand il chantait, c’était pas mal non plus.

Le guitariste, compositeur et chanteur B.B. King en concert au Marin Center le 26 février 2014 à San Rafael, Californie.
Le guitariste, compositeur et chanteur B.B. King en concert au Marin Center le 26 février 2014 à San Rafael, Californie. © Getty / Steve Jennings / WireImage

Cette émission est une rediffusion du 18 août 2015.

« Three O’Clock Blues », c’était la voix et surtout la guitare de B.B. King, un monument du blues électrique. Ce titre, qui remonte à 1951, est un de ses premiers enregistrements. 

Hier, vous avez pu entendre des chanteuses soul, comme Aretha Franklin, passées presque toutes par la chorale d’une église, souvent dans un temple baptiste. Eh bien B. B.  King, c’était pareil. Lui aussi avait fréquenté la chorale gospel dès son plus jeune âge. Seulement sa mère l’avait très tôt mis en garde contre l’influence néfaste du blues, qu’elle considérait comme une musique de mécréants et de va-nu-pieds. 

On retrouve souvent, dans l’histoire de la musique noire américaine, ce déchirement entre le gospel, ce chant dont le but est d’apporter la parole du Christ, l’Évangile, puisque gospel, en anglais, signifie évangile ou bonne parole, tout simplement , et la musique séculière, impure et scandaleuse aux yeux et oreilles de certaines communautés croyantes. 

Pourtant, B.B. King n’a pas tardé à comprendre que le blues serait son salut à lui. Pour complaire à son père, il chante le gospel dans une chorale. Mais en cachette, il chante le blues. Pour échapper à un sort misérable –dès la petite enfance, il devait ramasser du coton– le jeune Riley King, son prénom de baptême, s’est échappé de chez lui en auto-stop pour rejoindre la terre promise, en l’occurrence la ville de Memphis. C’est là qu’il fait son éducation musicale. Il découvre le jazz swing, dans des formations où brillent des solistes à la guitare électrique, comme Lonnie Johnson, qu’on peut considérer comme l’inventeur du solo de guitare. 

Au début des années 1940, c’est une totale nouveauté, puisque la première guitare électrique de l’histoire, la Rickenbacker, a été inventée en 1931. À Memphis, B.B. King -les initiales BB correspondent au surnom de « Blues Boy » qu’un animateur de radio lui a donné-, découvre aussi T-Bone Walker, un guitariste originaire du Texas mais lancé à Los Angeles, qui est le premier à utiliser la guitare électrique solo dans un style blues. 

Les bases sont réunies et B.B. King invente à son tour une façon unique de faire dialoguer sa voix et ses notes de guitare choisies avec parcimonie, qu’il joue avec un vibrato intense et parfaitement maîtrisé. Il va vite s’imposer comme un maître à la tête de son big band. Mais c’est surtout à partir de la seconde moitié des années 60 que B.B. King devient une sorte de dieu auprès d’un vaste public blanc. 

Tous les guitaristes de blues blanc, américains ou britanniques, Eric Clapton, Peter Green, Johnny Winter, Mike Bloomfield, reprennent ses chansons et le prennent pour modèle. 

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Il devient l’invité des festivals de rock psychédélique, les Rolling Stones le font jouer en première partie de leur tournée américaine en 1969. Dans les années 70, le prestige de B.B. King reste immense auprès des amateurs de rock, même si les modes changent et que le blues semble un peu refluer. Pourtant un nouveau public le découvre quand, en 1989, le groupe U2 l’associera à sa tournée mondiale et que Bono chantera avec lui sur scène « When Love Comes to Town ».  

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Alors il y a mille et une façons d’aborder le blues en une heure. J’ai choisi, comme toujours, de vous faire entendre des voix rares. Il y en a, vous l’entendrez, de très variées, parfois étonnantes. 

  • B. B. King : « Three O’Clock Blues » extrait de la compilation « Three O’Clock Blues » (remasterisé en 2008) 
  • Skip James : « I’m So Glad » album « Skip James Today ! » 
  • Lightnin’ Hopkins : « Mojo Hand » extrait de la compilation « Mojo Hand » 
  • Buddy Guy : « I Got My Eyes on You » extrait de la compilation « First Time I Met the Blues – 1958-1963 Recordings » (remasterisé en 2015) 
  • Howlin’ Wolf : « Back Door Man » extrait de la compilation « His Best » (remasterisé en 1999) 
  • John Lee Hooker : « Bottle Up and Go » extrait de la compilation « The Best of John  Lee Hooker » 
  • Bo Diddley : « Who Do You Love » extrait de la compilation « The Story of Bo Diddley – The Very Best of Bo Diddley » 
  • Chuck Berry : « Havana Moon » extrait de la compilation « The Anthology » (remasterisé en 2006) 
  • Little Willie John : « Fever » extrait de la compilation « Complete Hit Singles A’s & B’s » 
  • The Clovers : « Love Potion  n° 9 » Leiber & Stoller, extrait de la compilation « The Absolutely Essential 3 CD Collection » 
  • The Coasters : « Young Blood » extrait de la compilation « Yakety Yak – The Coasters Collection » 
  • Muddy Waters : « Mannish Boy » extrait de l’album « Hard Again » 
  • Mose Allison : « Young Man’s Blues » extrait de la compilation « The Collection » 
  • Otis Rush : « Double Trouble » extrait de la compilation « Double Trouble » 
  • Freddie King : « Going Down » extrait de la compilation « The Best of Freddie King -  The Shelter Records Years » 
  • Ray Charles : « I Believe to My Soul » extrait de la compilation « The Definitive Ray Charles » (remasterisé en 2004) 
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