Michka Assayas vous propose de passer une soirée en compagnie de machines. On va même entendre leur premier cri. Parce que, oui, elles ont une âme. Pas toujours sereine.

Le duo "Suicide" composé de Martin Rev et Alan Vega à Londres en 1968.
Le duo "Suicide" composé de Martin Rev et Alan Vega à Londres en 1968. © Getty / George Wilkes / Hulton Archive

Sans Alan Vega et son collaborateur le joueur de synthétiseurs Martin Rev, le rock n’aurait  jamais pris, dès la fin des années 70, ce tournant vers l’électronique qui a fait émerger un nouveau continent musical : ce qu’on a appelé l’électro-rock, synth pop en Angleterre, pop synthétique, laquelle incluait sa variante dite industrielle, souvent très sombre. 

Alors pourquoi vous faire écouter Suicide en cette paisible soirée de juin? Eh bien parce que la vision d’un film qui va sortir au cinéma après-demain, m’a rappelé la façon dont cette musique, née dans un milieu très marginal, a bousculé les habitudes. Elle a suscité tantôt fascination, tantôt incompréhension, tantôt, même, rejet. 

Le musicien français Marc Collin, on le connaît surtout pour sa série dite « Nouvelle Vague », réalisée au milieu des années 2000, où il a demandé à diverses chanteuses de reprendre, façon bossa nova vaporeuse, des mélodies de cette période, électro-pop froide ou bien rock postpunk tendu et menaçant. Il a fait, par exemple, quelque chose de doux et langoureux avec « Love Will Tear Us Apart » de Joy Division, ce qui peut laisser songeur. Mais enfin c’est une entreprise adroitement menée, réalisée avec soin par un bon musicien, et ça a beaucoup séduit, tout autour du monde. 

Bref, dans ce film qui s’appelle le Choc du Futur, Marc Collin a imaginé un personnage de jeune musicienne parisienne de la fin des années soixante-dix, incarnée par Alma Jodorowsky, à qui une sorte de Jean-Michel Jarre, absent, aurait laissé les clés d’un studio futuriste, envahi de machines, ressemblant à un laboratoire de la NASA. Et qui invente, entre autres grâce à une boîte à rythmes, nouveauté alors avant-gardiste, une électro-pop nouvelle. Alors, ça fait un drôle d’effet de voir évoqué dans un film une période qu’on a connue, un milieu qu’on a pu frôler, des personnages ressemblant à des musiciens croisés jadis.

La programmation musicale : 

  • Suicide : « Ghost Rider » extrait de l’album « Suicide » (1998 Remastered Version) »   
  • Devo : « Mongoloid » extrait de l’album « Q : Are We Not Men? A : We Are Devo »     
  • The Normal : « T.V.O.D. » single    
  • Throbbing Gristle : « Hot on the Heels of Love » extrait de l’album « 20 Jazz Funk Greats »   
  • Kos Product : « Crash » extrait de l’album « Black & Noir »   
  • Fad Gadget : « Ricky’s Hand » extrait de la compilation « Fad Gadget Singles » Deutsch Amerikanische Freundschaft : « Der Mussolini » extrait de l’album « Alles Ist Gut »   
  • Liaisons dangereuses : « Los Niños del Parque » extrait de l’album « Liaisons dangereuses »   
  • The Human League : « Nightclubbing » extrait de la compilation « Anthology - a Very British Synthesizer Group »   
  • Robert Görl : « Mit Dir (Extended) » extrait de l’album « Night Full of Tension »
L'équipe
Thèmes associés
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.