Michka Assayas vous propose de passer une soirée enveloppés par une voix qu’on croit très bien connaître parce qu’elle nous a toujours accompagnés. Mais en fait est-ce qu’on la connaît si bien que ça ?

"Joan Baez, maturité d'une musicienne éclectique"
"Joan Baez, maturité d'une musicienne éclectique" © Getty / David Redfern/Redferns

« Diamonds and Rust », diamants et rouille, une chanson très particulière dans la carrière de Joan Baez. Elle remonte à l’année 1974 et a donné son titre à un des albums de la chanteuse qui, de l’avis général, est un de ses meilleurs. 

La chanson, d’abord, a un destinataire que tout le monde, alors, devinait très bien entre les lignes : Bob Dylan. Ce petit gars mal peigné et pas très propre, qui squattait où il pouvait à New York, n’aurait rien été sans Joan Baez. Joan Baez fut, bien avant lui, une grande figure de la jeunesse contestataire. Le magazine Time l’avait mise en couverture dès l’année 1959, elle n’avait que dix-huit ans, titrant « la Madone aux pieds nus ». 

Pourquoi ? Parce que c’est comme ça qu’elle était apparue, seule avec sa guitare sèche, créant l’événement au grand festival folk et blues de Newport, dans le petit État de Rhode Island. Elle avait recueilli Dylan comme un chat de gouttière errant dans la ville. Elle l’a ainsi lancé sur scène avec elle, interprétant en duo les premières chansons qu’il avait écrites, comme « Blowin’ in the Wind ». Ça a été une sorte d’intronisation auprès d’un public qui au début avait du mal à comprendre pourquoi une chanteuse aussi belle, au soprano aussi pur, était allée s’acoquiner avec ce pouilleux sorti de nulle part à la voix de canard. 

Dans « Diamonds and Rust », c’est Joan Baez elle-même qui a écrit la chanson, ce n’est pas si fréquent, elle évoque cette irruption de Dylan dans sa vie : « Tu as jailli sur la scène, déjà une légende, le phénomène incorruptible, l’authentique vagabond, et tu t’es perdu dans mes bras ». Oui, Dylan s’est perdu dans les bras de Joan Baez mais il s’est vite retrouvé. En 1965, Dylan est au faîte de sa gloire. En couple avec Joan Baez, il l’emmène en tournée avec lui en Grande-Bretagne. Et elle attend un geste : que Dylan, en retour, l’intronise auprès de son public à lui. Or il ne le fait pas.

Cette émission est une rediffusion du 5 mars 2018, pour écouter, réécouter Very Good Trip, cliquez ici.

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.