Ce soir, Very Good Trip commence en sourdine. Ce qui ne veut pas dire sans intensité, au contraire, vous direz ce que vous en aurez pensé d’ici une heure.

Julia Stone, auteure-compositrice-interprète et multi-instrumentiste en concert pendant le festival de musique norvégien Bergenfest 2018 à Bergen.
Julia Stone, auteure-compositrice-interprète et multi-instrumentiste en concert pendant le festival de musique norvégien Bergenfest 2018 à Bergen. © Getty / Avalon/PYMCA/Gonzales Photo/Jarle H. Moe/Universal Images Group

Qui chante comme elle aujourd’hui ? Existe-t-il une chanteuse, un chanteur apparus au cours de ces dix dernières années, dont on reconnaisse aussitôt, sans l’ombre d’une hésitation, le style, la couleur et la vibration, qui ne soit pas interchangeable avec une dizaine, que dis-je, une centaine d’autres aujourd’hui ?

Je parle de Lana De Rey, bien sûr. On vient d’entendre une chanson d’elle, « Let Me Love You Like a Woman », extraite de son tout nouvel album, Chemtrails Over the Country Club. Lana Del Rey, dont le cinéaste David Lynch a dit qu’elle est, je cite, un personnage sorti d’un autre temps. Et qui semble, de fait, un personnage de fiction, sorti d’un de ses films, un de ses personnages égarés, que ses rêves d’innocence entraînent, immanquablement, dans un monde de visions fantasmagoriques qui tournent vite au cauchemar. 

Je vais être franc avec vous, je suis extrêmement partial vis-à-vis de Lana Del Rey. À mes yeux, et mes oreilles, elle est une des très rares auteurs et interprètes de chansons, aujourd’hui, qui ait, comme quelqu’un qui écrit, peint ou met en scène, que ce soit au théâtre ou au cinéma, cette capacité de de nous entraîner dans un un autre monde. Et qui semble vivre sa propre existence comme un rêve ou un cauchemar et dont les chansons sont une sorte de compte-rendu de ce qui la traverse authentiquement. 

Pour moi, et je le dis sans exagération, elle est de la trempe d’un Bob Dylan ou d’un Lou Reed. Lou Reed, dont l’ultime souhait, juste avant sa disparition, fut de rencontrer Lana Del Rey et de collaborer avec elle. Comment n’aurait-il pas reconnu une âme sœur chez cette jeune femme débarquée à New York au milieu des années 2000, n’ayant rien à perdre, ouvertes à toutes les aventures, toutes les rencontres, y compris les plus risquées, pour se perdre plutôt que se trouver ? Et qui rêvait de se fondre dans une bohème artistique qu’elle n’a pas trouvée ailleurs que dans sa tête. 

Celle qui s’appelait encore Lizzy Grant raconte que, au temps où elle bossait comme serveuse, il lui arrivait de suivre des inconnus, chanteurs, motards, peintres, pas forcément pour des aventures sexuelles, qui la faisaient entrer dans une autre dimension de l’existence, où la réalité et la fiction se mêlaient, où peut-être même le mythe naissait de la réalité et ne s’en distinguait plus. Ses expériences, tantôt minables tantôt glorieuses, souvent les deux à la fois, ont alimenté ses chansons futures. 

Alors, voilà, cette semaine, dans Very Good Trip, sur France Inter, vous allez beaucoup entendre Lana Del Rey, à laquelle je consacrerai pas moins de deux émissions spéciales. Mercredi, ce sera un premier parcours, avec ces chansons les plus spectaculaires et cinématographiques, deux adjectifs auxquels il est difficile de ne pas recourir quand on parle d’elle. 

Et jeudi soir, bouquet final, on écoutera de larges extraits de son tout nouvel, album, « Chemtrails Over the Country Club » où, comme je vous le disais, elle a choisi de se mettre plus à nu, chantant d’une voix plus intime. En attendant, je me suis dit que ce serait une bonne idée d’entendre d’autres voix féminines, qui méritent toute votre attention.

  • Lana Del Rey : « Let Me Love You Like a Woman » extrait de l’album « Chemtrails Over the Country Club » 
  • Julien Baker : « Hardline » extrait de l’album  « Little Oblivions » 
  • Julia Stone : « Fire in Me » single 
  • Jane Weaver : « Heartlow - Edit » single 
  • The Anchoress : « The Art of Losing » extrait de l’album  « The Art of Losing » 
  • DEWEY : « Letting Go » EP « Sóller, Pt. One » 
  • Flock of Dimes : « Two » single 
  • Natalie Bergman : « Talk to the Lord » single 
  • Hey, King! : « Sorry » single 
  • June Cocó : « Paradise » extrait de l’album  « Fantasies & Fine Lines » 
  • Maple Glider : « Good Thing » single 
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