Michka Assayas continue à nous emmener très loin, faire le tour du monde.

Le musicien, chanteur Zach Condon de Beirut.
Le musicien, chanteur Zach Condon de Beirut. © Getty / Rick Kern / WireImage

Beirut, je vous en ai longuement parlé dans le Very Good Trip d’avant-hier, vient de publier un nouvel album, intitulé Gallipoli, comme la ville portuaire des Pouilles, dans le sud-est de l’Italie. C’est là que ce musicien itinérant a achevé l’enregistrement de cet album très attendu par ses admirateurs, puisqu’il n’avait rien publié depuis 2013. 

Bon, je vous résume très rapidement l’affaire, pour ceux qui n’étaient pas là lundi, Beirut, c’est la vision d’un musicien qui a aujourd’hui trente-deux ans, Zach Condon, qui, ce n’est pas courant, a connu un succès instantané à l’âge de dix-neuf ans, en 2006, grâce à un premier album bizarre qui s’appelait Gulag Orkestar. Bizarre en tout point. 

On ne connaît pas beaucoup d’apprentis-musiciens, dans la musique populaire mondiale, qui s’obstinent à apprendre la trompette plutôt que la guitare. Et qui, au cœur du Nouveau-Mexique, c’est là qu’a grandi Zach Condon, rêvent de fanfares des Balkans parce qu’ils se sont entichés de films bizarres du Yougoslave Kusturica dont personne n’a, on l’imagine, entendu parler à Santa Fe. 

Zach Condon, c’est l’Américain bohème par excellence. Il a passé son adolescence à rêver à une Europe qu’il ne connaissait pas, une Europe chargée d’histoire et de mystère, et dont la vision films anciens lui a transmis une image romantique. Mais il ne s’est pas contenté de rêver. Il a voulu voir, il a voulu y aller. Il a fait son baluchon et, en compagnie de son frère aîné qui lui a ouvert la voie et auquel il doit beaucoup, il est parti vivre la vie de bohème, à Paris. Il y a intégré un temps une fanfare de rue. Il a aussi habité Londres, ou encore à Berlin, où il avait l’impression de se balader dans un film en noir et blanc, imaginant qu’entrant dans un café désuet, il allait voir assis au fond de la salle un espion de la guerre froide, en imperméable et chapeau mou, faisant semblant de lire un journal. 

Zach Condon a eu le temps de se marier, de divorcer, de retomber amoureux à Istanbul, d’apprendre le turc, bref, de multiplier les expériences, des expériences qui ont nourri sa musique et ses chansons. Alors, il y a un aspect qu’on souligne souvent, à juste titre, quand on parle de Beirut et de la vision musicale de Zach Condon. C’est sa passion pour les instruments patinés, voire cabossés, je vous ai parlé lundi de l’orgue Farfisa détraqué, qui appartenait à un musicien ambulant accompagnant un cirque, et sur lequel il a écrit ses premières chansons à dix-sept ans. Et qu’il a d’ailleurs fait expédier par ses parents de Santa Fe à Berlin l’année dernière. Il recourt au ukulélé, à la mandoline, à l’accordéon, j’en passe, et plus ça sonne vieux et un peu vermoulu, il aime. 

Bon, il y a beaucoup de travail et d’artifice derrière tout ça, Zach Condon utilise l’électronique et les machines, comme tout le monde, mais, chez lui, il l’a avoué, c’est pour faire mieux résonner les petits défauts des instruments vintage qu’il utilise. Mais il y a avant tout chez lui une voix particulière. Zach Condon chante fort, à à tue-tête, un peu comme un enfant, d’une voix haute et veloutée qui le rapproche de tout un courant romantique et lyrique, où la joie et la tristesse s’entremêlent et même, on pourrait dire, se confondent. C’est ce qui m’a inspiré le programme de ce soir, très lyrique, où l’on entendra des voix folk du monde entier.

  • Beirut : « I Giardini » extrait de l’album « Gallipoli » 
  • Morrissey : « It’s Over » single 
  • John  Grant : « Is He Strange » extrait de l’album « Love Is Magic » 
  • Rosie Carney : « What You’ve Been Looking For » extrait de l’album « Bare » 
  • Lala Lala & WHY ? : « Siren 042 » single 
  • Catrin Finch : « Listen to the Grass Grow - Vocal Version » (featuring Seckou Keita) extrait de l’album « SOAR » 
  • SANS : « Pursi -The Rowing Song » extrait de l’album « Kulku » 
  • Gurrumul : « Gopuru (Tuna Swimming) in B-Flat Major » extrait de l’album « Djarimmiri (Child of the Rainbow) » 
  • Yann Tiersen : « Koad » (featuring Anna von Hausswolff) extrait de l’album « ALL » 
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