Suite et fin pour l’instant, dans Very Good Trip, des aventures musicales d’un génie maléfique qui avait le pouvoir de fasciner les plus grands. La preuve.

Le producteur, auteur-compositeur et acteur Phil Spector et le musicien, guitariste, auteur-compositeur-interprète George Harrison en 1970.
Le producteur, auteur-compositeur et acteur Phil Spector et le musicien, guitariste, auteur-compositeur-interprète George Harrison en 1970. © Getty / GAB Archive / Redferns

Sans doute une des chansons qu’on a le plus entendues en 1971, partout dans le monde. My Sweet Lord, de George Harrison. Je me rappelle, j’étais enfant, on entendait ça dans les fêtes foraines, aux auto-tamponneuses. Bien plus que Imagine de Lennon. 

On a tendance à l’oublier mais, des anciens Beatles, George Harrison est celui qui, en solo, a connu, en tout cas au début des années soixante-dix, le succès le plus éclatant. Son triple album, carrément, All Things Must Pass, sur la couverture duquel il apparaissait assis, avec sa longue barbe et son grand chapeau, au milieu d’un grand parc vide, comme un vieux sage, semblait d’une impressionnante ambition. 

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Je me rappelle que j’avais peur que ça m’ennuie, ces six faces, que je n’en vienne pas à bout, et puis, un triple album, c’était cher. En 1970, 1971, il y avait Jethro Tull, King Crimson, Crosby, Stills, Nash and Young, Procol Harum, tout ça, on était obligé de faire des choix. Alors, le destin de My Sweet Lord, cette chanson dont le but était de diffuser un message d’amour universel, au carrefour spirituel de toutes les religions, puisqu’on entend les chœurs entonner à la fois Alléluia et Hare Krishna, est étrange. 

Quand cette chanson lui est venue, sans le savoir, George Harrison a reproduit quelques mesures d’un tube du début des années soixante, He’s So Fine, interprétée par un quatuor vocal féminin new-yorkais, les Chiffons. La compagnie d’édition musicale représentant le compositeur de He’s So Fine a flairé l’aubaine et fait un procès à Harrison. 

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Des années plus tard, le tribunal a établi que le plagiat était, je cite, inconscient, ce qui n’a rien de surprenant puisque c’est toujours l’inconscient qui monte à la surface quand une chanson vous vient. Dans l’affaire, bien sûr, quelques personnes se sont fait de l’argent. Alors il y avait peut-être une logique, inconsciente, dans cette affaire. 

Puisque, nous y voilà, George Harrison a sollicité Phil Spector pour co-réaliser cette chanson et une partie de l’album, avec lui. Un album enregistré dans divers studios londoniens, notamment à Abbey Road, avec le concours d’une pléiade de musiciens, dont Eric Clapton et ses accompagnateurs venus du sud des États-Unis. Et, clairement, on sent la marque de Phil Spector sur cette chanson, son style comme sa réalisation : ce n’est pas un hasard si, de fait, la mélodie rappelle les chansons des girls groups qui, comme les Crystals ou les Ronettes, ont fait la fortune de Spector. Il y a aussi l’écho sur la batterie, l’omniprésence lancinante des chœurs et les violons à l’unisson derrière. Une ampleur typique des productions de Spector. mais comment celui-ci était-il arrivé dans l’affaire, alors que, suite à l’échec humiliant de sa superproduction River Deep, Mountain High, en 1966, pour Ike et Tina Turner, je vous en parlais hier, son étoile avait bien pâli ? 

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Eh bien, le responsable, c’est John Lennon. Enfin, plus exactement, l’homme d’affaires new-yorkais Allen Klein, engagé, sous la pression de Lennon, pour mettre de l’ordre dans les affaires, désastreuses, de la compagnie Apple, formée par les Beatles. Allen Klein a l’idée de sortir son ami Spector, alors un relatif has been, mais à l’aura intacte, de sa retraite forcée, et de l’emmener à Londres. Au début de l’année 1970, Spector est là pour assister Lennon pour la réalisation de sa chanson Instant Karma. Il met a de l’écho partout, sur la voix, le piano, la batterie bien sûr, les chœurs aussi, c’est la marque de Spector, et ça marche. 

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La chanson est un tube mondial, et le 45 tours, rien qu’aux États-Unis, s’écoule à plus de un million d’exemplaires. Allen Klein a quelques mois pour sauver les Beatles, qui, de fait, n’existent déjà plus, de la banqueroute. Et il a une idée : récupérer les bandes d’un projet abandonné en route, un album qui devait s’appeler Get Back, enregistré avant Abbey Road, dont personne ne sait que faire. Klein demande à Spector de se débrouiller pour en tirer quelque chose. Le groupe est mort, peu importe, il faut que l’argent rentre. Spector assemble les chansons dans un certain ordre, récupère des bouts de conversations ici et là, et aussi des bribes de chansons semi-improvisées, pour créer une ambiance, ajoute évidemment son fameux écho partout. 

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Il récupère une chanson de Lennon abandonnée en 1968, Across the Universe, dont il ralentit la vitesse. Et surtout, il décide d’orchestrer à sa façon, très chargée, une ballade au piano de Paul McCartney, The Long and Winding Road, qui se termine par une espèce de chœur wagnérien, des Walkyries. 

Paul McCartney, à qui Lennon a déjà imposé Allen Klein, aurait préféré le père de sa nouvelle fiancée Linda, s’étrangle de rage et écrit une lettre incendiaire qui se conclut par : "plus jamais ça !". Lennon, par fierté, c’était son idée, se déclare enchanté du résultat. Comme la vengeance est un plat qui se mange froid, McCartney obtiendra en 2003 le droit de superviser lui-même et publier sa propre version de l’album, qu’il appelle Let It Be Naked, un jeu de mots intraduisible, on pourrait dire qu’il en soit tout nu. McCartney a naturellement à cœur de supprimer toutes les interventions de Spector, l’écho intempestif et les dégoulinades de chœurs et de violons dans The Long and Winding Road, il restitue la véritable ambiance de ces séances de début 1969, où les Beatles se sont efforcés de retrouver l’énergie et la spontanéité de leurs débuts. 

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Quoi qu’il en soit, l’année suivante, George Harrison est trop heureux de collaborer avec un des héros de sa jeunesse, même si Spector, déjà gravement alcoolique, arrive des heures en retard en studio, disparaît plusieurs jours et, imbibé, se casse le bras pendant une séance.

George Harrison : 

  • « My Sweet Lord » extrait de l’album « All Things Must Pass » (remasterisé en 2014) 
  • « Awaiting on You All » extrait de l’album « All Things Must Pass » (remasterisé en 2014) 

John Lennon : « Stand by Me » extrait de l’album « Rock’n’Roll » 

Dion : « Only You Know » extrait de l’album « Born to Be With You » 

Bruce Springsteen : « Born to Run » extrait de l’album « Born to Run » 

Ramones : « Baby I love you » extrait de l’album « End of the Century » (Expanded 2005 Remaster) 

Leonard Cohen : « Memories » extrait de l’album « Death of a Ladies’ Man »  

Pretenders : « Stop Your Sobbing » extrait de l’album « Pretenders »  

The Raveonettes : « Ode to L.A. » extrait de l’album « Pretty in Black » 

Amy Winehouse : « To Know Him Is to Love Him - Live » extrait de l’album « Back to Black (Deluxe Edition) » 

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