À l’échelle de la planète, le combat pour la contraception est loin d’être gagné....

La pilule
La pilule © Maxppp / Fred Haslin

Prenez l'ensemble des couples en âge d’avoir des enfants sur Terre : quatre sur dix n’utilisent encore aucune contraception. C’est mieux qu’en 1990 : à l’époque, il étaient un plus de cinq sur dix. Mais ça reste un frein énorme à la liberté, en particulier celle des femmes, et donc, forcément, au développement.

Avec de grandes disparités selon les régions du monde.

Imaginez qu’en Suède, 88 % des couples ont accès à la contraception quand au Sud Soudan, par exemple, ils sont seulement 4 %. Tout ça révèle la marge de progression immense de l’Afrique, où seule une femme sur trois maîtrise sa fertilité. L’autre disparité, ce sont les modes de contraception. Dans les pays développés, la pilule et le préservatif masculin sont les plus répandus, alors que les pays en développement, c’est le stérilet et surtout la stérilisation, qui est LA méthode la plus utilisée au monde.

Pour rééquilibrer les choses, une Américaine veut faire accéder 120 millions de femmes à la contraception, c’est Melinda Gates, la femme de l’homme le plus riche du monde.

Bill et Melinda Gates, c'est un peu les mères Theresa du 21ème siècle. Bon, quand on est assis sur 75 milliards de dollars, c’est sûr, c’est plus facile. Mais on doit leur reconnaître tout un tas d'actions pour la santé et le développement en Afrique et en Asie. L’une des priorités de leur fondation, c’est d'améliorer la condition des femmes, notamment par l’accès à la contraception. Alors oui, il y a cinq ans, le couple s’est fixé l’objectif de permettre à 120 millions de femmes d’ici 2020 de prendre le contrôle de leur fertilité. Comment ? En investissant dans les centres de planning familial de 70 pays.

Depuis, 30 millions de femmes ont pu accéder à la contraception. Mais les choses se compliquent aujourd’hui… Avec Trump.

Dès son premier jour à la Maison blanche, le président a décidé de sabrer les aides de l’État à toute ONG favorisant l’avortement. Et ça n’a pas plu, du tout, au couple Gates. Pour eux, la santé reproductive est mise en danger dans les pays en développement, qui dépendent très largement des États-Unis pour l’aide à la santé. De quoi créer, selon Bill Gates, « un vide que même une Fondation comme la nôtre serait incapable de combler ».

Mais voilà l’Europe qui arrive à la rescousse.

Jeudi, à Bruxelles, Les Pays-Bas, la Belgique, le Danemark et la Suède ont organisé un sommet intitulé « She decides » (littéralement « C’est elle qui décide »). Une réponse directe à Trump et un moyen de lever des fonds pour ces ONG menacées.

Face au retour des conservatismes, la lutte pour un accès mondial à la contraception passe aussi par Internet.

Oui, exemple avec Gynopedia.org, une plateforme collaborative lancée l’été dernier. En pratique c’est une sorte de Wikipedia de la santé féminine. On peut y trouver un gynécologue n’importe où dans le monde, se renseigner sur ses droits, et bien sûr tout savoir sur la contraception. La créatrice de ce site, c’est une prof américaine de 32 ans basé au Viet Nam. Et elle a détaillé ses objectifs dans Libération cette semaine : réunir le plus grand nombre de contributrices pour construire une connaissance mondiale sur ces sujets. À noter qu'une ONG américaine, la Coalition internationale pour la santé des femmes a jugé ce site « très utile » pour les celles qui voyagent, mais aussi... pour celles qui vivent dans les Etats-Unis de Trump.

Décidément, les combats qu’on pensait d’hier redeviennent d’avenir...

Paradoxe de notre époque : 2016 aura été l’année où le pape aura lâché un (tout petit) peu de lest sur la condamnation du préservatif, c'était pour contrer le virus Zika, et où la plus grande démocratie du monde aura élu un président qui balaye le droit des femmes à disposer de leur corps. À propos de la politique de Trump, la directrice de l'ONG que je citais a déclaré ceci : « Nous assistons à un contrôle sur le corps des femmes qui nous ramène aux années 50. »

Et pourquoi pas aux années 1900, tant qu’on y est, quand les femmes n’avaient pas le droit de vote ? C’est un peu la question qu'ont posé, mercredi dernier, une quarantaine d'élues démocrates américaines, en s’habillant tout de blanc face à Trump, qui prononçait un discours devant le Congrès. Pourquoi en blanc ? En souvenir des suffragettes, ce mouvement créé en 1903 au Royaume Uni pour obtenir le droit de vote des femmes. Façon de rappeler au président, au cas où il l’aurait oublié, qu'il dirige bien l’Amérique du 21e siècle.

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