Cet outil de programmation génétique a été révélé au monde en 2012. Mais déjà on le décrit comme LA révolution génétique de ces prochaines années.

Jennifer Doudna, co-inventeur de la technologie CRISPR-CAS9, la présente à New York chez Spring Studios le 7 juin 2017
Jennifer Doudna, co-inventeur de la technologie CRISPR-CAS9, la présente à New York chez Spring Studios le 7 juin 2017 © Getty / Brian Ach

On doit CRISPR à deux scientifiques, deux femmes, et l’une d’elles est française. Elle s’appelle Emmanuelle Charpentier, travaille dans un labo allemand, et elle est déjà pressentie pour le prix Nobel. Son mérite, c’est d’avoir associé une hélice d’ADN et une protéine pour former une sorte de paire de miniature qui est capable 1) de cibler une cellule 2) de s’y introduire 3) de modifier un micro fragment de l’ADN de cette cellule, autrement dit, de modifier les gènes d’un être vivant.

Et justement, l’un de nos journalistes à We Demain, Sylvain Lapoix, a lui-même testé la chose.

On a d’abord pensé tester ça sur une plante verte, mais c’était un poil trop compliqué. Alors on a décidé de le faire sur des bactéries. Le défi, c’était de leur inoculer un gène qui leur offrirait un nouveau pouvoir. Le pouvoir de résister à un antibiotique qui en principe les tue. Donc on a lancé la manip, en suivant des tutoriels téléchargés sur le net. Et trois jours plus tard, après avoir exposé nos bactéries trafiquées à l’antibio censé les éliminer… victoire, elles avaient survécu. Le plus fou dans cette histoire, c’est que ça nous a coûté moins de 150 dollars, de quoi commander sur un site américain les bactéries et le fameux kit d’édition génétique. Le tout s’est passé dans un espace collaboratif, qui s’appelle la Paillasse, à Paris, avec du matériel vraiment basique : un micro-onde, un congélo, un bain marie et quelques éprouvettes.

CRISPR, c’est la manipulation génétique version low-cost ?

Oui et c’est même devenu la lubie de toute une tribu de biologistes amateurs, de profs, d’étudiants, qui se fournissent sur le net, où ils échangent aussi un tas de conseils. Un biohacker américain, par exemple, nous a raconté comment il avait rendu des bactéries luminescentes en leur introduisant… un gène de méduse. Bref avec CRISPR on peut bidouiller des insectes, des poissons, mais aussi des plantes, ce qui explique pourquoi Monsanto, le géant américain des semences agricoles, a récemment acheté une licence d’exploitation de cet outil.

Et sur l’homme, quelles sont les possibilités ?

On n’a pas attendu CRISPR pour modifier génétiquement des cellules humaines. Ça se fait de façon très encadrée – du moins en France – mais la limite de ces thérapies géniques, c’est qu’elles demandent énormément de moyens scientifiques et financiers. Ce qui pourrait changer, avec CRISPR, c’est que, potentiellement, il faudrait beaucoup moins de temps et d’argent pour combattre les maladies liées à des désordres génétiques, voire, pour éviter qu’elles apparaissent, en désactivant les gènes concernés. Tout ça bien sûr reste au conditionnel : à ce stade, on ignore encore l’efficacité réelle de CRISPR sur l’homme et surtout ses possibles effets secondaires. Connaître et savoir modifier l’ADN, ça ne signifie pas percer les mystères du vivant, loin de là. Il n’empêche, les tests ont débuté. Le premier cobaye humain de CRISPR est chinois et on tente actuellement de le guérir d’un cancer du poumon. Plus proche de nous, le Royaume-Uni vient d’autoriser l’usage expérimental de CRISPR sur des embryons humains, mais seulement pendant les sept premiers jours de leur développement, et avant destruction impérative des embryons.

On imagine déjà les dérives possibles, les risques d’eugénisme. C’est une pente glissante…

Vertigineuse même. Dans ce numéro de We Demain, on a profité d’un entretien avec Martin Hirsch, le directeur des hôpitaux de Paris, pour l’interpeller là-dessus. Pour lui, ces avancées génétiques sont une chance, une chance de mieux soigner l’homme, mais elles ne devront jamais être utilisées pour choisir les caractéristiques d’un être humain – la couleur des yeux, ou des cheveux, par exemple. Ni pour réaliser des modifications héréditaires, sans quoi on créerait une nouvelle espèce d’humain OGM. Bref, le débat est grand ouvert. Et vu son importance pour notre avenir, il n’est peut-être pas inutile de s'entraîner à prononcer le mot… CRISPR-Cas9.

Les pouvoirs révolutionnaires de CRISPR-Cas9, à lire dans le nouveau numéro de We Demain

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