S’augmenter ou ne pas s’augmenter, certains ne se posent pas la question : ils le font. Ce sont les premiers « cyborgs » !

Neil Harbisson
Neil Harbisson © AFP / Stig B.Hansen / Aftenposten

Ce sont des geeks, des artistes, souvent les deux à la fois, et ils ont décidé de pirater leur corps, de le hacker. Alors ils s’implantent des puces, des capteurs, des caméras… Leur but est de dépasser les limites biologiques de l’homme. On n’est pas loin du transhumanisme – certains d’ailleurs s’en revendiquent – sauf qu’ici la priorité n’est pas de modifier le génome, mais d’ajouter des fonctions au corps grâce à la technologie. Un peu comme on branche une caméra ou un micro sur un smartphone.

À Londres, la journaliste Lucile Morin a rencontré pour We Demain un certain Liviu Babitz qui s’est doté, dit-il, d’un « sixième sens ». En décembre, il a été le premier à tester ce dispositif développé avec sa start-up Cyborg Nest. C’est un minuscule boîtier qu’il s’est fait implanter à la surface du torse grâce à un piercing. Qu’il y a-t-il dans ce boîtier ? Une boussole, mais d’un genre un peu particulier, puisque dès que son utilisateur se retrouve face au nord magnétique… elle vibre. Bon... si l’intérêt de se faire greffer une boussole vibrante vous échappe, voilà ce qu’en dit Liviu Babitz : « Grâce à ce nouveau sens, je me sens plus connecté à la Terre et à l’Univers. Il modifie ma perception de la réalité. Désormais je ressens quelque chose que les autres ignorent. ». Alors si ça vous tente, sachez que cet objet est en vente, qu’il est biocompatible, waterproof et qu’il vous coûtera 417 euros. Restera à trouver un professionnel de confiance pour réaliser le piercing, car pour l’instant ces manipulations se font hors de tout cadre médical.

Encore plus loin sur l’échelle de la bizarrerie, le musicien catalan Neil Harbisson.

Cet artiste a la particularité d’être atteint d’une maladie congénitale qui l’empêche de voir les couleurs. Alors il s’est greffé sur la tête une sorte d’antenne qui lui donne un peu la silhouette d’un poisson des abysses. L’antenne est implantée à l’arrière de son crâne et s’étire en arc de cercle jusqu’au dessus de son front, où elle capte les rayons lumineux. Les couleurs sont alors converties en ondes sonores et transmises au cerveau de Neil Harbisson, qui peut en quelque sorte les « écouter ». Là où nous voyons des nuances, lui entend des symphonies.

Avant de nous proposer d’acquérir de nouveaux sens, les body hackers veulent nous simplifier la vie.

Oui, par exemple avec des implants RFID, ces puces communicantes qui font aujourd’hui la taille d’un grain de riz et se glissent sous la peau, entre le pouce et l’index. Elles permettent de déverrouiller son téléphone, d’ouvrir des portes ou encore de payer sans fil, et à ce jour on estime à 30 000 le nombre d’humains qui en portent. En Suède, plusieurs employés d’une boîte de high-tech ont décidé de s’y mettre. En Allemagne et en France, on organise même des implant parties, où des particuliers viennent se faire pucer. Un pas de plus vers une vie sans clés, sans cartes, sans portefeuille... Et un pas en arrière pour la liberté : être équipé d’une puce, c’est aussi s’exposer à l’espionnage et au piratage.

Et qu’en disent les cyborgs, de ces risques de dérives ?

Pas grand chose. Pour eux, la fusion avec la machine est inéluctable et la principale liberté qu’ils revendiquent, c’est celle de disposer de son corps. « Seul le post-humanisme peut sauver l’humanité », nous a expliqué un Américain qui développe un implant pour adapter la température de sa maison à celle de son corps. Même argumentaire chez Kevin Warwick, un prof anglais de cybernétique qui prédit que d’ici 10 ans, il sera courant de porter une puce ou un implant cérébral. Dès 2002, Warwick s’est fait implanter des électrodes pour commander à distance un bras robotisé et communiquer avec sa femme par impulsion nerveuse. Une manière d’anticiper un futur où les cyborgs, selon lui, communiqueront par la pensée, auront une meilleure connaissance du monde et pourront externaliser leur mémoire. Je vous laisse imaginer les débats éthiques que ces expériences vont provoquer, si elles se multiplient. À moins… que tout ça s’installe en douceur. Eh oui, à une époque où 1 être humain sur 3 est équipé d’un boîtier connecté, qu’il consulte 200 fois par jour et qui le trace H-24 – vous savez on appelle ça un smartphone –, la frontière de notre épiderme semble de plus en plus mince.

Article sur les premiers cyborgs à retrouver dans le dernier numéro de We Demain.

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