Antoine Lannuzel nous dresse aujourd'hui le portrait d’un monde sans argent liquide. Un scénario crédible ?

Demain, votre portefeuille sera votre smarphone...
Demain, votre portefeuille sera votre smarphone... © Getty / Daniel Grizelj

Un monde sans argent liquide, c'est crédible ? Oui mais pas avant quelques décennies.

En France, un peu plus d’un paiement sur deux se fait encore en cash, mais la monnaie dans nos poches se tarit et c’est parti pour durer : d’ici 2020 son usage devrait encore chuter de 20 %. En janvier, l’Europe a même étudié le scénario d’une disparition pure et simple du liquide dès 2018. C’était juste une étude d’impact, l’UE a même conclu que ce scénario n’était pas souhaitable.

Mais l’idée de vivre cashless est dans l’air, et même au delà : dans un pays comme la Suède, où seuls 20 % des achats se font encore en liquide, on y est presque.

Un smartphone toujours plus "smart"

Résultat notre portefeuille se virtualise, et on parle de « moyens de paiement dématérialisés ». En tête, on retrouve la carte bancaire, qu’elle soit utilisée en magasin, ou sur internet. Mais la technologie qui grimpe, c’est le paiement sans contact qui équipe déjà 2/3 des cartes, et de plus en plus… de smartphones. Car votre futur portefeuille, c’est votre mobile, et devinez qui on retrouve derrière tout ça ? La Silicon Valley évidemment.

Lancé en 2014 aux États-Unis, le système Apple Pay est arrivé en 2016 en France, où l’on attend maintenant son équivalent chez Google.

Les banques françaises sont pour certaines partenaires de ces systèmes, ce qui ne les a pas empêché de riposter avec leur propre appli, Paylib. Autre secteur d’avenir, le paiement entre particuliers, qui se retrouve de plus en plus intégré au quotidien. Sur la messagerie de Facebook par exemple, où désormais on peut s’envoyer de l’argent en un clic.

La fin des espèces sonnantes et trébuchantes : quel intérêt ?

La fin du liquide, ça pourrait simplifier la vie, mais les intérêts vont bien au delà... Ça arrangerait d’abord les banques, à qui les espèces coûtent très cher en matière logistique. On parle de 3 milliards d’euros par an rien qu’en France.

Mais l’argument n°1 reste la sécurité. Car si le liquide est parfait pour l’évasion fiscale, le crime et le terrorisme, le paiement digital, lui, est traçable. C’est ce qu’a invoqué l’État en 2015 quand il a interdit le paiement en cash au delà de 1 000 euros. Seulement voilà, le trafic et le blanchiment n’ont pas attendu pour s’adapter.

Grâce à une cryptomonnaie comme Bitcoin, qui échappe à toute autorité centrale, le commerce d’armes et de drogue se porte très bien dans cette partie cachée du web qu’on appelle le Darknet.

Et pour l’honnête citoyen, ça changerait quoi ?

Plein de petites choses.

2 700 ans d’utilisation de l’argent, forcément ça crée quelques habitudes. Le bon vieux bas de laine, planqué sous le matelas, il va devenir quoi par exemple ? Est-ce qu’il faudra se rabattre sur des lingots ? Et la petite souris, quand elle vient chercher une dent de lait, elle paiera sans contact ? On pense aussi aux pompiers et aux facteurs, à qui on ne saurait trop conseiller d’investir dans un terminal mobile pour écouler leurs calendriers. Et pour ceux qui craignent de ne plus pouvoir boulotter leur Mars au distributeur, rassurez-vous : la société Sélecta qui gère ces machines en France a investi plusieurs millions pour migrer vers le sans contact.

Enfin – et plus sérieusement – pour ceux qui n’ont pas accès à un compte bancaire, des solutions heureusement se développent. Exemple : le compte Nickel, qui s’ouvre en quelques minutes dans un bureau de tabac. À l’origine on parlait de « banque sans banque ». Ce qui est un peu moins vrai depuis que Nickel a été racheté par la BNP.

Plus d'achats sans être traçable : et la vie privée ?

De ce côté c’est plutôt mal parti quand on regarde vers chez Google, qui en mai a annoncé vouloir récolter l’historique des terminaux de paiement aux États-Unis histoire d’améliorer son ciblage publicitaire.

Mais avant de glisser nos dernières pièces dans le bocal de Demain la Veille, il faudra que la technologie devienne vraiment plus pratique en toute circonstance. Et ce n’est pas encore gagné.

Le week-end dernier j’étais dans un festival de musique, à Paris, qui avait eu la bonne idée de distribuer des cartes et des bracelets à puce pour payer au bar. Chacun avait un compte, qu’on pouvait recharger sur le web ou sur une borne. Mais évidemment le réseau 4G était saturé, les bornes, prises d’assaut, et au comptoir il fallait convaincre le serveur que si si, on avait bien rechargé son compte, alors que la machine annonçait « crédit insuffisant ».

C’est là, en crevant de soif sous 30 degrés, que je me suis demandé si le cash n’avait pas finalement encore un peu d’avenir.

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