De quoi rêve-t-on avec un carré de chocolat noir ? D’un verre de vin rouge bien sûr. Seulement voilà, avec le changement climatique, les vignobles sont en danger.

La nouvelle géographie du vin
La nouvelle géographie du vin © Getty / Buena Vista Images

Le thermomètre qui s’affole, la pluie qui se fait désirer, tout ça déboussole l’agriculture, on le sait. Mais voici un chiffre tout simplement terrorisant pour nous, Français, grands buveurs-exportateurs de rouge, de blanc et de rosé que nous sommes : selon une étude américaine de 2013, la surface de terres favorables à la vigne en Europe pourrait fondre de 68 % d’ici 2050.

Expérimenter pour s’adapter au réchauffement

Par exemple en introduisant de nouveaux cépages, des variétés à maturation plus tardive. Un raisin qui mûrit trop vite, c’est non seulement moins d’arômes, mais surtout plus de sucre, donc trop d'alcool. Résultat, dans le Languedoc, le volume d'alcool dans le vin a augmenté de 2,5° en 30 ans.

Alors que font les vignerons ? Ils redécouvrent des cépages oubliés, comme le manseng noir par exemple, jugé trop peu productif à la fin du XIXe siècle, mais qui pourrait s’avérer très adapté au climat du futur.

Dans le Bordelais aussi on travaille à s’adapter et on anticipe même 2050, quand la température locale approchera celle de Séville aujourd’hui.

Une des solutions, ce pourrait être de cultiver des variétés du sud, comme celles qu’on trouve au Portugal dans la région de Porto. La bonne nouvelle c’est qu’il existe 6 000 cépages dans le monde et qu’on n’en exploite que 200. Donc, un vrai potentiel d’adaptation.

Produire du vin plus au nord ?

Il y a quatre ans, We Demain racontait l'histoire d’un viticulteur champenois qui, déjà, avait décidé de partir planter des vignes près de Londres, dans la région du Kent, où le climat tend à se rapprocher de celui de la Champagne.

Désormais ils sont plusieurs à avoir filé comme ça à l’anglaise. La maison Taittinger par exemple, célèbre marque de champagne, qui a acquis 70 hectares dans le Kent, où elle a démarré les plantations début mai. Adieu pommiers et pruniers, on trouve maintenant là des pinots noirs ou encore des chardonnays. Il faudra quand même être patient avant de descendre les premières bouteilles de Taittinger made in England, qui sont attendues pour 2022.

Et il faudra surtout être anglais, puisque c’est le marché local qui est visé. L’objectif de Taittinger, c’est d’écouler 300 000 bouteilles par an. Pas de quoi rivaliser avec ses six millions d’unités produites en France, mais la stratégie de diversification est enclenchée.

Cultiver des cépages français au Québec ?

C’est assez méconnu, mais oui, on fait du vin chez les Québécois.

Sauf que jusqu’ici, l’essentiel de leurs vignes sont des hybrides, un mix entre des cépages européens et d’autres plus adaptés au froid. Mais voilà, la semaine dernière, près de Montréal, une expérience viticole inédite a été lancée, uniquement à partir de pinot noir et chardonnay. La pousse de ces raisins serait encore un peu difficile, mais, selon les projections, nos cépages français devraient adorer le climat québécois de 2050.

Manquera-t-on de vin dans 50 ans ?

Avant que le raisin portugais ne puisse même plus pousser au Groënland, on a un peu de marge. Mais comme je vous sens quand même un peu inquiets, sachez qu’il vous restera... le vin synthétique.

On doit ça à une start-up, californienne évidemment. Elle s’appelle Ava Winery, et elle a reproduit des grands crus grâce à une combinaison d’arômes, un peu comme on fabrique du parfum. Un journaliste américain s’est dévoué pour goûter ça. Il décrit un vin assez doux, “avec quelques notes fruitées comme de la poire ou de la pêche”. Jusqu’ici, ça va, c’est ensuite que ça se se gâte, quand il évoque un goût de savon de lavande, une légère odeur d’alcool à brûler et même... de plastique. Je ne sais pas vous, mais moi c’est décidé : je renonce à prendre à l’avion, à manger des fruits importés et je coupe le chauffage en hiver. Il faut d’urgence stopper le changement climatique.

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