Il fut un temps où la conquête de l’espace, c’était très simple. Il y avait les Américains et les Russes. Aujourd’hui, à l’aube de la conquête de Mars, ça se complique !

Vallée de Marineris sur la planète Mars
Vallée de Marineris sur la planète Mars © Getty / Detlev van Ravenswaay

Il y a quatre ans, c’est à l’humanité toute entière que les fondateurs du projet Mars One ont posé cette question : “Qui veut aller coloniser la planète rouge en 2032 ?

Deux-cent-mille terriennes et terriens originaires de 140 pays se sont portés candidats. Aujourd’hui, une centaine est encore en lice et, à la fin, ils ne seront plus que… 24.

Si tout ça rappelle un peu la téléréalité, c’est normal, puisque ce projet – lancé par un ingénieur néerlandais, racheté par des Suisses et déjà coté à la bourse de Francfort – a vocation à être filmé, et diffusé dans le monde entier.

Mais Mars One est loin d’être le seul acteur privé à regarder vers la planète rouge.

Parmi la constellation de start-ups à ambitions martiennes, il y a par exemple Deep Space Ecology, qui développe des dômes autosuffisants capables de produire de l’eau, de la nourriture, de l’énergie, et de l’oxygène. Autre exemple, Bigelow Aerospace, fondée par un magnat américain de l'hôtellerie, qui imagine des modules habitables qui protégeraient des radiations spatiales. Ou bien encore la société Made in Space qui, elle, planche sur des imprimantes 3D capables de fabriquer tout type d’objets en l’absence de gravité. Et sans oublier l’incontournable Elon Musk...

Avec son entreprise SpaceX, le milliardaire compte faire décoller, dès 2024, le premier vol habité vers Mars. Son plan, c’est de vendre des billets aller-retour à cent mille dollars – retour rendu possible par la fabrication de carburant à partir du méthane de Mars. Bref un projet pharaonique, mais dont la faisabilité technologique et financière interroge beaucoup les scientifiques.

Une mission habitée américaine vers 2030 ?

Du côté des États-Unis, ça s’agite aussi en direction de Mars. Il y a bien sûr les Américains qui veulent lancer une mission habitée au cours de la décennie 2030 – ce qui, au passage, est une des seules ambitions d’Obama qui se trouve reprise par Trump. Derrière, vous avez l’Europe et la Russie, mais aussi des pays moins connus pour leurs ambitions martiennes, comme la Chine, qui parle d’établir une colonie en 2040. Ou encore l’Inde, qui collabore beaucoup avec la France, tout en se distinguant par sa tradition du système D : en 2014 elle a envoyé dans l’orbite de Mars une sonde low cost à 73 millions de dollars. Soixante-treize millions, pour vous donner une idée, c’est moins que le budget du film Gravity. Enfin, un acteur carrément inattendu dans le domaine... ce sont les Émirats Arabes Unis. Leur projet s’appelle Mars 2177 et il consiste à construire la première ville habitable sur la planète rouge. Je vous conseille d’aller regarder les images sur le net, c’est assez impressionnant, avec de hauts immeubles recouverts d’un immense dôme de verre. Aujourd’hui, tout cela reste de la science-fiction, les Émirats n’ont encore lancé que quelques satellites, mais ils collaborent déjà avec la France pour envoyer autour de Mars le premier engin interplanétaire portant le drapeau d’un pays arabe.

Pour l’instant, seule la NASA est parvenue à poser des engins sur Mars…

Oui mais aucun État – pas même les États-Unis – ne parviendra à envoyer une mission habitée tout seul dans son coin. Les budgets des agences spatiales ne sont plus ceux d’il y a 30 ans, alors il faut coopérer. Coopérer avec le privé : c’est déjà le cas de la Nasa avec Boeing, Airbus et même SpaceX. Et coopérer entre États : à ce sujet, notons que l’astronaute Français Thomas Pesquet est en train, tiens tiens... d’apprendre le chinois. Et qu’en 2015, quand l’agence spatiale américaine a décidé d’enfermer six êtres humains dans un simulateur de vie martienne pendant un an, elle a notamment choisi une Allemande et… un Français. Il s’appelle Cyprien Verseux, c’est un jeune biologiste et il est membre de la Mars Society, une association internationale qui milite depuis 20 ans pour faire coopérer la société civile, des étudiants et des ingénieurs du monde entier sur le sujet. En ces temps de relations internationales pour le moins agitées, on peut se demander si Mars, finalement, n’est pas le meilleur moyen d’unir nos intérêts. Quand un vaisseau partira avec à son bord un Américain, un Russe, un Chinois, un Indien, un Emirati et un Français, avec six à neuf mois de trajet en perspective, on aura plutôt intérêt à bien s’entendre !

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