Cette multitude de baleines disparaîtra cependant dans l'hémisphère austral de même que dans le boréal. La plus grande des espèces s'éteindra comme tant d'autres. Découverte dans ses retraites les plus cachées, atteinte dans ses asiles les plus reculés, vaincue par la force irrésistible de l'intelligence humaine, elle disparaîtra de dessus le globe; il ne restera pas même l'espérance de la retrouver dans quelque partie de la terrre non encore visitée par des voyageurs civilisés, comme on peut avoir celle de découvrir, dans les immenses solitudes du nouveau continent, l'éléphant de l'Ohio et le mégathérium.

Quelle portion de l'océan n'aura pas en effet été traversée dans tous les sens? Quel rivage n'aura pas été reconnu? (...) On ne verra plus que quelques restes de cette espèce gigantesque; ses débris deviendront une poussière que les vents diperseront, et elle ne subsistera que dans le souvenir des hommes et dans le tableau du génie. Tout diminue et dépérit donc sur le globe? Quelle révolution en remontera les ressorts? La nature n'est immortelle que dans son ensemble, et si l'art de l'homme embellit et ranime quelques uns de ses ouvrages, combien d'autres qu'il dégrade, mutile et anéantit."

Comte de Lacépède, La baleine franche , GLM, 1953.

"S'il était dans le monde un être qu'on dût ménager, c'était la baleine franche, admirable trésor où la nature a entassé tant de richesses. Etre, de plus, inoffensif, qui ne fait la guerre à personne et ne se nourrit point des espèces qui nous alimentent. (...) Deux êtres, aveugles et féroces, s'attaquent à l'avenir, font lâchement la guerre aux femelles pleines, c'est le cachalot et c'est l'homme. (...) On ne peut se représenter ce que fut cette guerre, il y a cent ans ou deux cents ans, lorsque les baleines abondaient, naviguaient par familles, lorsque des peuples d'amphibies couvraient tous les rivages. On faisait des massacres immenses, des effusions de sang, telles qu'on n'en vit jamais dans les plus grandes batailles. On tuait en un jour des quinze ou vingt baleines et quinze cents éléphants marins! C'est-à-dire qu'on tuait pour tuer. Car comment profiter de cet abatis de colosses dont un seul a tant d'huile et tant de sang? Que voulait-on dans ce sanglant déluge? Rougir la terre? Souiller la mer? On voulait le plaisir des bourreaux, des tyrans, frapper, servir, jouir de sa force et de sa fureur, savourer la douleur, la mort. Souvent on s'amusait à martyriser, désespérer, faire mourir lentement, des animaux trop lourds, ou trop doux, pour se revancher (...)

Ces carnages sont une école détestable de férocité qui déprave indignement l'homme. Les plus hideux instincts éclatent dans cette ivresse de bouchers. Honte de la nature."

Les vieux règlements de la mer ne suffisent donc plus, "il faut un code commun des nations, applicable à toutes les mers, code qui régularise non seulement les rapports de l'homme à l'homme mais ceux de l'homme aux animaux. Ce qu'il se doit, ce qu'il leur doit, c'est de ne plus faire de la pêche une chasse aveugle, barbare où l'on tue plus qu'on ne peut prendre.(...) " Assez de ces harengs "macérés de douleur", assez de ces "longues heures d'effort et d'agonie désespérée", assez de ces massacres "de petits et de femelles pleines". (…) "Nous sommes forcés de tuer: nos dents, notre estomac démontrent que c'est notre fatalité d'avoir besoin de donner la mort." (…) "Mais il faut la paix absolue pour un demi siècle.(...) La paix pour la baleine franche, la paix pour le dugong, le morse, le lamantin .(...) pour tous, amphibies et poissons, il faut une saison de repos, il faut une trève de Dieu."

Jules Michelet, La Mer, L’âge d’homme , 1980, pp178-184

Rediffusion de l'émisssion du 21 novembre 2010

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La Ferme aux crocodiles La plus grande ferme de crocodiles d'Europe avec plus de 350 bêtes pour 9 espèces. Une visite en une demie journée pour découvrir ce parc animalier constitué d’une serre paysagée de 8000 m².

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