Texte lu par Elisabeth de Fontenay (Paul Claudel, Connaissance de l’Est ) :

Je peindrai ici l’image du Porc. C’est une bête solide et tout d’une pièce ; sans jointure et sans cou, cela fonce en avant comme un soc. Cahotant sur ses quatres jambons trapus, c’est une trompe en marche qui quête, et toute odeur qu’il sent, y appliquant son corps de pompe, il l’ingurgite. Que s’il a trouvé le trou qu’il faut, il s’y vautre avec énormité. Ce n’est pas le frétillement du canard qui entre à l’eau, ce n’est pas l’allégresse sociable du chien ; c’est une jouissance profonde, solitaire, consciente, intégrale. Il renifle, il sirote, il déguste, et l’on ne sait s’il boit ou s’il mange ; tout rond, avec un petit tressaillement, il s’avance et s’enfonce au gras sein de la boue fraîche ; il grogne, il jouit jusque dans le recès de sa triperie, il cligne de l’œil. Amateur profond, bien que l’appareil toujours en action de son odorat ne laisse rien perdre, ses goûts ne vont point aux parfums passagers des fleurs ou de fruits frivoles ; en tout, il cherche la nourriture : il l’aime riche, puissante, mûrie et son instinct l’attache à ces deux choses, fondamentales : la terre, l’ordure.

Autre référence : Chateaubriand, Mémoires d’Outre-tombe, livre 37, chapitre 11.

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