C'est le temps de la reconquête culturelle. Longtemps folklorisés, les artistes autochtones s'invitent sur le devant de la scène et affirment aujourd'hui leur identité.

Village berbère sur la route de Tizi-n-Tishka.
Village berbère sur la route de Tizi-n-Tishka. © AFP / FRUMM John / hemis.fr / Hemis

Au Maroc,

Après des années de panarabisme, les traditions berbères sont devenues la fierté de ce pays. Conservées dans les villages les plus reculés, ces cultures ancestrales s'invitent dans les festivals et s'ouvrent au monde.

Les berbères ou les Amazighs sont les premiers habitants du Maroc, mais longtemps, leur identité a été bannie. Il a fallu attendre les années 2000, le Manifeste berbère et l'accession au pouvoir de Mohamed VI pour que le pays renoue avec ses racines berbères. 

En 2001, l'Institut Royal de Culture Amazighe est créé et la langue, officiellement reconnue en 2011.

Aujourd'hui, le cinéaste Kamal Hachkar et la comédienne Fatima Attif retournent sur les lieux du tournage du film. « Tassanou Tayrinou » qui veut dire « mon foi, mon amour » en amazigh est un road-movie musical sur l'amour chez les amazighs. Depuis sept ans, à Demnate, une bourgade oubliée du Haut Atlas, la culture berbère rayonne.

Salle des assises des Raïs dans la maison d'Ali Faiq
Salle des assises des Raïs dans la maison d'Ali Faiq © Radio France / Anne Pastor

C'est à soixante-dix kilomètres au sud d'Agadir, dans la commune d'Ait Milk, au cœur de cette zone rurale et délaissée du Sousse, qu'Ali Faiq a ouvert une maison de la culture où il fait revivre l'art des Raïs, ces musiciens troubadours qui chantaient l'histoire des villages. Sa dernière trouvaille est un chant de 1917 de Raïs prisonniers de guerre qu'il a déniché aux archives de la Bibliothèque de Berlin.

Au total, ce sont plus de quatre-vingts mélodies du répertoire des Archives de la Parole qui sont réinterprétées lors de ses assises. Aujourd'hui, il s’apprête à enregistrer un deuxième album et à ouvrir sa maison aux artistes et aux jeunes de la région.

7 min

Ahmed Skounti anthropologue se souvient de son enfance berbère

Par Anne Pastor

A six mille kilomètres de là, au Québec, ce ne sont pas des traditions culturelles millénaires qui sont redécouvertes mais bien de nouveaux artistes amérindiens qui prennent la parole comme un acte de résistance.

Au Québec, 

Après les révélations il y a dix ans du sort réservé aux amérindiens dans les pensionnats ou dans les communautés, une nouvelle génération d'artistes se bat pour gagner leur place et leur liberté.

Samian est un rappeur algonquin. C'est un rebelle, un révolutionnaire, mais c’est surtout un combattant, un warrior comme le montre son tatouage dans le cou. En moins de dix ans de carrière, il est devenu un porte-parole des Premières nations. Son visage se retrouve même dans les manuels scolaires et, grâce à ses mots, le Québec découvre la vie quotidienne d'une réserve amérindienne, de ces hommes meurtris par les pensionnats, mais toujours debout, et les blessures de l'histoire. Avec lui, ce peuple invisible est devenu invincible.

Samian, rappeur Algonquin
Samian, rappeur Algonquin © Radio France / Anne Pastor

Samian dans sa loge à la Maison symphonique de Montréal

Aujourd'hui, Samian porte la voix amérindienne aussi bien sur scène que dans la vie. C'est en 2004 que sa vie bascule à Pikogan, avec l'enregistrement de son premier rap dans un studio ambulant du Wapikoni mobile.

Le projet du Wapikoni est une idée un peu folle : transformer une roulotte en studio de cinéma ou de musique et se promener de réserve en réserve en invitant les jeunes des communautés à réaliser des courts-métrages ou des vidéo-clips. Aujourd'hui, plus de quatre mille jeunes ont participé à cette aventure.

Ce matin, dans la banlieue industrielle de Montréal, l'heure est aux préparatifs. Les roulottes sont sur le départ, les cinéastes-accompagnateurs vont partir en tournée pendant quatre mois et sillonner seize communautés. Manon Barbeau est la maîtresse des lieux. C'est elle qui encourage tous ces jeunes autochtones à rêver.

Le Wapikoni a reçu près de 161 prix dans des festivals prestigieux, réalisé plus de 900 courts-métrages et 600 œuvres musicales originales. 

Des images ou des mots qui dépassent les frontières, comme cette poésie que l'on découvre, ces terres perdues, cette âme et ce cœur oublié, et cette langue comme Joséphine Bacon. La nouvelle génération trouve aussi sa voix dans l’écriture quotidienne des réserves, des observations dures. Des joies violentes. Une nature rêche. Pas d'adjectif. Ni de larmes. 

4 min

Rodney Saint-Éloi, écrivain, poète et fondateur des Editions Mémoire d'encrier

Par Anne Pastor

Bibliographie : 

  • "Uiesh. Quelque part (bilingue innu-français)", de Joséphine Bacon, paru aux éditions Mémoire d’encrier, en 2018.
  • "Manikanetish", de Naomi Fontaine, paru aux éditions Mémoire d’encrier, en 2017.

Remerciements : 

Ce programme a reçu le soutien de la compagnie Air Transat et de TUI pour le Québec et de l'agence Allibert Trekking et l'Institut français d’Agadir au Maroc.

Retrouvez Voyage en terre indigène dans Libération.

Programmation musicale :

  • Gregory Porter : "Musical génocide"
  • Feu Chatterton : "Ginger"

Générique : "Raining for ages" de Daniel Breyer

Voix Off : le rappeur R.Can 

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