Il y a dix ans, l'ONU adoptait une charte censée protéger les droits des autochtones. Aujourd'hui, quelle est la réalité sur le terrain ? Réponse dans Voyage en Terre Indigène.

Habitants du village d’Assoumindélé
Habitants du village d’Assoumindélé © Radio France / Anne Pastor

Grâce à une résistance du quotidien et au soutien des ONG, ces peuples obtiennent leur premiers résultats, même si le chemin est encore long vers la reconnaissance totale de leurs droits. 

En Algérie

Les Kabyles, au prix d'une lutte acharnée, ont obtenu en 2016 que leur langue soit reconnue comme langue officielle et que Yennayer, le nouvel an berbère, soit un jour férié. Des victoires symboliques qui cachent une réalité plus sombre. Leur terre n'est toujours pas reconnue. Certains militants de la cause berbère sont surveillés et victimes de discrimination. Les Kabyles, ces premiers habitants d'Afrique du Nord, se battent pour défendre leur identité en Algérie. Ils sont quatre millions.

Au sortir de l'indépendance, le pays choisit l'arabe comme langue nationale et officielle. Des professeurs venus d'Égypte ou d'Arabie saoudite ont remplacé les instituteurs français, laissant peu de place à la culture amazighe.   

Depuis les années 80, la revendication berbère se manifeste dans la rue, la vie politique et la culture, mais dans un climat tendu où les militants sont sous haute surveillance.

Ils sont quatre millions de Kabyles en Algérie mais la commune de Tizi Ouzou, surnommée la rebelle, est le foyer de résistance. L'université est un lieu symbolique. C'est bien l'interdiction d'une conférence sur la poésie ancienne de Mouloud Mammeri en 1980 qui déclencha la grève des étudiants, puis la grève générale et le ralliement de toute la Kabylie. C'était le premier grand mouvement de contestation sociale et politique depuis l'indépendance de l'Algérie. Depuis, l'université est la seule à organiser des événements et conférences sans demander l'autorisation de l'administration.

Des centaines de personnes manifestent à Tizi Ouzou, le premier jour des élections présidentielles, le 18 mars 2004, avant le vote du 8 avril. Les dirigeants kabyles locaux ont appelé les gens à rejeter le vote;
Des centaines de personnes manifestent à Tizi Ouzou, le premier jour des élections présidentielles, le 18 mars 2004, avant le vote du 8 avril. Les dirigeants kabyles locaux ont appelé les gens à rejeter le vote; © AFP / HOCINE ZAOURAR

Aujourd'hui, le département Langue et Culture Amazighes accueille 2.400 élèves, de la licence au doctorat, encadré par soixante professeurs. Mais les locaux sont vétustes ; les portes grincent, les prises sont arrachées et la surveillance est permanente. L’université de Tizi Ouzou est toujours un lieu de contestation et d'expression libre. Mais la revendication culturelle et identitaire des années 80 a laissé place à la contestation politique publique (en dénonçant la corruption du pouvoir d’État et les inégalités sociales, l'absence de libertés syndicales) et régulièrement, des manifestations sont organisées et des militants arrêtés. C'est une longue marche vers la reconnaissance des droits.

Au Cameroun

Les Pygmées tentent aujourd'hui  de résister contre des géants de l'industrie agro-alimentaire. Leur forêt est décimée et les plantations de palmiers à huile s'étendent déjà à perte de vue. Mais, aujourd'hui, après des années de silence, leurs voix s’élèvent et la résistance s’organise. Ils sont la main d'œuvre, sous-payés et exploités pour détruire leur propre forêt. Ils pointent à six heures du matin, six jours par semaine.

C'est un cercle infernal. Depuis des décennies, sur douze mille kilomètres carrés à l'ouest du Cameroun, on exploite et on détruit la forêt avant de planter des palmiers à huile ou d'hévéa, pour le compte de la Société Camerounaise de Palmeraies (Socapalm) et de grandes multinationales.

Aujourd'hui, la menace pèse sur le village pygmée de Bella. Même les oiseaux de la forêt sacrée toute proche ne piaillent plus, comme s'ils avaient deviné que le moment est grave. Des milliers d’hectares (200.000)  devraient disparaître, mais le village a décidé de résister. Une ONG est venue entendre leurs réclamations, la radio Koulimakeli émet tous les jours. Elle informe et défend les droits des Pygmées. Ce matin, Marie-Thérèse est sur le terrain en reportage dans un village au cœur d'une immense plantation de palmiers à huile de la Socapalm.

Entrée de la plantation Socapalm à Kribi
Entrée de la plantation Socapalm à Kribi © Radio France / Anne Pastor

En témoignant, les habitants du village de Kilombo résistent. Ils savent qu'ils sont un exemple à ne pas suivre. Leur village ressemble à un îlot sans âme au cœur d'un océan de 60.000 hectares de palmiers à huile. En cinquante ans, c'est devenu un désastre humain et écologique. Les jeunes ont déserté le village. Seuls les femmes, les enfants et quelques hommes âgés survivent dans ce village englouti. Sa Majesté est le chef du village. Il est né après la création de la plantation. Il ne lui reste plus que son costume, son bâton et ses grigris. Son royaume se réduit à deux hectares.

Au total, six mille personnes ont été privées de leurs terres par la Socfin, au Cameroun. En 2013, des représentants des riverains se sont invités à l'Assemblée générale de Bolloré pour dénoncer leur situation misérable. Depuis, la France vient de signer une loi sur le devoir d'ingérence qui oblige les entreprises françaises et leurs filiales à l'étranger à respecter les droits humains. Une loi est aussi en préparation à l’ONU. Un espoir et le début d'une reconnaissance.

8'31

La radio qui défend les pygmées du Cameroun: radio Koulimakeli

Par Anne Pastor

Remerciements : 

Ce programme a reçu le soutien de Nomad Aventure et d'Air France pour le Cameroun, de la compagnie ASL et du Congrès Mondial Amazigh en Algérie.

Retrouvez Voyage en terre indigène dans Libération 

Programmation musicale : 

  • François Atlas : "A une passante"
  • Blick Bassy : "Ndjé yèm"
  • Arthur H : "Assassine de la nuit"

Générique : "Raining for ages" de Daniel Breyer

Voix Off : le rappeur R.Can 

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