Voyage en Terre Indigène vous emmène dans ces contrées lointaines. Le français est un héritage des colons. Il a un autre rythme, une autre couleur et une saveur particulière. Il est aussi devenu une arme et un patrimoine dont se servent les peuples autochtones pour réinventer leur culture ou pour s'émanciper.

Ecoliers dans l'école du village de Bipindi
Ecoliers dans l'école du village de Bipindi © Radio France / Anne Pastor

Au Québec

Les Hurons-Wendats ont perdu leur langue au contact des Européens dès le 19 ème siècle. Mais aujourd'hui, grâce aux archives des missionnaires français, la communauté retrouve peu à peu son identité en redécouvrant sa langue perdue.

C'est l’histoire d’une langue qui renaît peu à peu. Le wendat était parlée par près de quarante mille personnes avant l'arrivée des colons et des jésuites qui vont évangéliser et "franciser" ces amérindiens du Canada. Au 19 ème siècle, la langue est perdue, les Hurons-Wendats sont assimilés, même s’ils sont dans une réserve non loin de la ville de Québec : Wendake.

Dans les années 1970, avec la renaissance de la spiritualité amérindienne au Canada, ils retournent à la maison longue, leur lieu de cérémonie, et  récitent de nouveau leurs prières, mais sans les comprendre. Ils prennent alors conscience de l'urgence de réveiller leur langue. 

Aujourd'hui, Louis-Karl Picard-Sioui, écrivain et poète, depuis sa redécouverte du Wendat redite, navigue entre les deux langues. Il a inventé une langue originale : du français à la couleur wendat. 

Un site internet d'apprentissage de la langue a même été créé. Quand la technologie se met au service d'une langue oubliée. Vingt leçons sont proposées en ligne avec ces exercices ludiques : des mots croisés, des vrai-faux ou encore, des jeux de reconnaissance. Au-delà du site internet, le soir, des cours de langue sont proposés aux jeunes et aux adultes au centre de formation de la communauté. Ils permettent aux étudiants de gagner des points supplémentaires pour leur diplôme secondaire ou universitaire.

Aujourd'hui, dans la communauté huronne-wendat, la langue est enseignée dès la maternelle, à l’école Wahta', à raison de deux heures par semaine. Dans les couloirs, tout est écrit en deux langues et, à la cantine, le chant du festin bénit le repas.

La maternelle de l’école Wahta de la communauté huronne-wendat au Québec
La maternelle de l’école Wahta de la communauté huronne-wendat au Québec © Radio France / Anne Pastor

Une belle histoire de redécouverte de sa langue grâce au français.
 

Au Cameroun

80 % de la population est francophone et ceux qui ne maîtrisent pas le français sont exclus de la société.

C'est le cas des Pygmées. Alors ils ont inventé une méthode d'apprentissage à partir de leur environnement et de leur culture. Bien plus qu'une langue, elle est pour eux un gage de respectabilité et d'émancipation. C'est une exception dont le Cameroun est fier. 

Depuis l'indépendance en 1960, le français et l'anglais sont devenus les langues officielles dans ce pays qui compte pas moins de 200 ethnies. Les Pygmées alors chassés de leur forêt se retrouvent à la solde des Bantous, l'ethnie dominante, qui les exploitent ou les arnaquent dans la langue de Molière. Alors en 1993, le frère Antoine Huysman imagine une arme d’émancipation : une méthode d'apprentissage du français à partir de leur culture et de leur environnement : c'est la méthode ORA comme Observer, Réagir et Agir.

Dans cette classe de préscolaire, au cœur de la forêt, l’institutrice utilise cette méthode sous le regard attentif de Messe Venant. C'est lui qui a formé les enseignants et conçu les manuels scolaires, ainsi que les leçons.

Enfants du Foyer Notre Dame de la Forêt (FONDAF)
Enfants du Foyer Notre Dame de la Forêt (FONDAF) © Radio France / Anne Pastor

Le Fondaf est un lieu unique au Cameroun.  Créé il y a cinquante ans par les sœurs de l'Assomption, c'est aujourd'hui un internat laïc qui accueille, dans le village de Bipindi, 120 enfants scolarisés. Ici, la méthode ORA est à l'honneur depuis vingt ans. Le foyer est situé en lisière de la forêt. Les enfants sont âgés de 4 à 17 ans et passent souvent plusieurs années dans ce foyer, sans ne jamais perdre le lien avec leur famille et leur culture.

Mais si la méthode ORA a fait ses preuves dans le préscolaire, en grandissant, les enfants ont souvent du mal à suivre au collège. Les matières enseignées sont trop nombreuses et totalement étrangères à leur culture. Alors, certains professeurs du collège viennent proposer des cours de soutien. 

Le soir, dans cet internat où les enfants vivent encore selon les règles et les coutumes pygmées, ils sont encore rares ceux qui, comme Marie-Thérèse, ont réussi à s'imposer dans la société camerounaise. Ils ne sont que quelques dizaines. Mais aujourd'hui, des pygmées osent enfin prendre la parole et c'est en français, leur langue d'émancipation, qu'ils s'expriment pour revendiquer leurs droits.

7'34

Cours de langue wendate

Par Anne Pastor

Remerciements : 

Ce programme a reçu le soutien de l'agence Nomad Aventure et de la compagnie Air France pour le Cameroun, de la compagnie Air Transat et de TUI au Québec. 

Retrouvez Voyage en terre indigène dans Libération 

Programmation musicale : 

  • Blundetto/Cornell Campbell/Little Harry : "Good ol'days"
  • Samian/Marieme : "Regarde ailleurs"
  • Barbara Carlotti : "Voir les étoiles tomber"

Générique : "Raining for ages" de Daniel Breyer

Voix Off : le rappeur R.Can 

Les invités
Programmation musicale
L'équipe
Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.