Regard d’une Française vivant en Espagne depuis 6 ans, témoin et participante au « mouvement 15M ».

Plutôt que « les indignés » ils préfèrent être qualifiés de Mouvement 15 M , ou campements ; être indigné étant un état passager.

L’accumulation :

  • de prise de décisions aux conséquences néfastes pour la qualité des services publics : santé, éducation, etc.,

  • de la crise économique

a entrainé un ras-le-bol. Ras-le-bol peut-être plus important en Espagne où la crise était plus forte.

Bien que ce mouvement « spontané » soit né d’un appel par la plateforme « Democracia Real Ya » (« Réelle Démocratie maintenant »), le 15 mai 2011, il était latent.

Tous les éléments ont convergé vers ce qui devait être « le bon moment », mais il est difficile de déterminer un commencement.

La plateforme « Democracia Real Ya » fait partie de groupements qui existaient déjà depuis un moment en Espagne, comme « État de malaise » ou « Jeunes sans futur ». Elle a réalisé là un coup médiatique, mais ceux qui sont derrière ne sont pas identifiés ; ce qui est sujet à polémiques.

D’ailleurs le mouvement ne s’est pas « construit de l’intérieur », mais constitue un réseau d’associations, entre autres, qui se battent, déjà pour certaines, depuis longtemps.

La prise de décision d’organiser des campements s’est faite très vite. Une fois le mouvement bien organisé, le campement n’est plus nécessaire, même si les réunions sur les places publiques demeurent, car leur occupation est symbolique. Elles ne sont plus destinées alors à se faire voir, mais sont des lieux de rencontres et de travail.

Ce mouvement dénonce la volonté de maintenir un système à bout de souffle, sous perfusion, dans l’impasse, qui ne fonctionne pas (ou plus). Qui œuvre au détriment de la majorité.

C’est un « mouvement éthique » qui souhaite que s’ancrent dans la société des valeurs de base telles l’égalité, la coopération, la solidarité, etc.

Le principal étant que chaque citoyen se sente représenté, se rende compte qu’il a la capacité de se faire entendre et d’être pleinement acteur dans la construction du projet de société qui le concerne.

« Penser global, agir local ».

Le modèle actuel a détruit la mise en commun.

Parmi les « slogans » espagnols : « Nous ne sommes pas des marchandises dans les mains des banquiers et des politiques » ; « Donner la priorité à une vie digne, au-delà des intérêts économiques et politiques. »

C’est un mouvement homogène sur le fond, mais hétérogène sur la forme.

Mouvement pacifique, mais pas passif !

Il s’agit, selon Agathe Dessaux, d’un mouvement constructif et non destructeur (de toute façon le système est en train de mourir tout seul) ; né comme naturellement de chaque individu, pour tendre vers un regroupement collectif.

Il n’a aucun leader , et personne ne détient la vérité.

Leur facilité à communiquer, notamment en temps réel, est déconcertante : twitter, facebook, chaque campement a sa page et web et son adresse électronique.

Il concerne une forte proportion de diplômés non insérés, mais pas seulement. Ce ne sont pas que des sans emplois, toutes les catégories et tous les âges sont représentés.

Agathe Dessaux s’y est rendue sans savoir qui convoquait, mais forte de ses convictions forgées par les restrictions successives qui ont touchées notamment la vie étudiante. Déjà un mouvement étudiant existait et attendait le moment.

Il s’agit d’une organisation horizontale, par consensus . Pas de vote, mais une autre manière d’exprimer son accord ou désaccord, empruntée au vocabulaire des sourds et muets. Il est difficile, avec nos repères, de s’imaginer que telle organisation puisse fonctionner.

Il existe une déclaration de principe par campement, dans laquelle chacun se sent représenté, différentes commissions (diffusion, contenus, activités, logistique, santé, éducation, écologie, féminisme, etc.) dont le nombre varie selon la quantité de participants. Selon cette quantité, les commissions passent devant une assemblée 2 fois par semaine. Il peut y avoir des assemblées de quartiers.

Malgré des problèmes ponctuels, plutôt rares et isolés, le respect les uns des autres s’est rapidement installé, de façon surprenante, contrairement aux habitudes. Chacun s’est vite rendu compte que c’était la meilleure façon d’avancer.

Dans le but d’informer les citoyens sur le fonctionnement du système en place, les données économiques, etc., des activités, des conférences ont été mises en place.

La « Contagion » , en France et ailleurs : en Allemagne, Italie, Grèce, Belgique, Israël (avec 300 000 manifestants, impressionnant !), États-Unis, Londres, etc.

On ne s’en est pas forcément rendu compte, mais tout est lié : mouvement en Islande, révolutions arabes …

En France, cela s’amorce difficilement, peut-être aussi car trop enfermée dans les individualités, car la perte du « sentiment collectif » est trop avancée ? Et on ne fait pas une révolution seul ; ça, le pouvoir l’a bien compris et entretient cet éloignement, les illusions, dont celle de libertés.

Les conséquences : si cela demande de modifier ses habitudes, une fois le premier pas réalisé, ce ne sont pas des efforts insurmontables : le 1er pas est difficile, moins lorsqu’il est fait par tous en même temps. « L’élan » de vie gagné en vaut la peine : Agathe Dessaux témoigne que beaucoup après le boulot rentraient chez eux et s’installaient devant leur ordinateur ; à présent, les liens sociaux se sont renforcés , les échanges avec des personnes qui ne se seraient jamais côtoyées sont fréquents.

De la confrontation des opinions est née leur évolution, pour l’enrichissement de chacun.

Le rapport aux autorités : pour ces militants, l’Homme politique actuel ne représente plus le peuple.

« Lorsque la police charge et que tout le monde s’assied et montre ses mains comme seules armes, c’est fort ! Comme lorsque 1500 personnes respectent 1 minute de silence. On se sent faire partie d’un tout. »

Le mouvement est davantage réprimé en France qu’en Espagne. En France, des manifestants ont été gazés à la Bastille. Peut-être le regard extérieur de la France lui donne conscience de l’ampleur du mouvement et lui fait craindre que cela n’atteigne les proportions de l’Espagne ?

Le parti conservateur est sorti renforcé des élections municipales du 22 mai. La répression s’est alors faite plus dure par endroits. À noter que la mobilisation des contributeurs au mouvement 15M n’a pas été massive pour cette élection.

État des lieux à ce jour : « Cela fait 3 mois, on a tout fait, et à la fois rien ! »

Tout : se regrouper, s’organiser, pacifiquement, prendre conscience de la capacité de créer, que l’action collective est une force, possède un pouvoir de changement.

Vers une « démocratie participative » ?

En Espagne, les médias se sont emparés du sujet, mais certains ont manipulés l’opinion.

En France, pourquoi un tel silence ?

Les suites ? « Difficile encore d’avoir du recul ; on vit encore l’instant présent. »

Le mercredi 17 août, les marcheurs partis le samedi 25 juin de Barcelone (http://www.lemonde.fr/europe/article/2011/06/25/les-indignes-espagnols-organisent-un-grand-debat-citoyen_1541145_3214.html) sont arrivés à Bayonne. Ils passeront par Paris, et arriveront à Bruxelles, au Parlement, pour le 15 octobre. Au fur et à mesure, leur nombre croît ; parfois juste le temps d’une étape (30-35 kms par jour). Ils réalisent là un acte symbolique, destiné à faciliter l’écoute, les échanges, etc. Au programme, 16 000 kms à pieds, sans pied-à-terre.

Ce 24/08/11 :

  • La « marche méditerranéenne » sera à Montpellier.

  • La « marche Meseta » à Sillac (40)

  • La « marche Toulouse » à Reuilly (Centre Loire).

Au total, 300 marcheurs.

Le 17/09/11 : « les marches » se retrouvent à Paris pour un forum social de 3 jours.

Une grève internationale est prévue le 15 octobre.

Les liens

Le site des marches du Mouvement 15M

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