Le président de la République fera face ce vendredi soir à 150 citoyens tirés au sort, qui lui soumettront des propositions pour lutter contre le réchauffement climatique. Le rendez-vous sera scruté par les ONG, qui déplorent déjà un bilan mitigé.

Le chef de l’État répondra à ces citoyens tirés au sort.
Le chef de l’État répondra à ces citoyens tirés au sort. © AFP / Julien Mattia

D'un côté, Emmanuel Macron, de l'autre, les citoyens de la Convention sur le climat. Rendez-vous est donné ce vendredi soir à partir de 18h30 entre le président de la République et 150 personnes issues de la société civile, dans l'hémicycle du Conseil économique social et environnemental (CESE).

Le chef de l’État répondra à ces citoyens tirés au sort, mais n’influencera pas les discussions car il s'agit de respecter "cet exercice de démocratie participative", souligne son entourage. Pour ce grand oral, les participants ont dû envoyer leurs questions à l'avance, tout en ne sachant pas lesquelles seront retenues. Sur 150, ils ne seront que huit à pouvoir s'exprimer devant le président. Ce dernier en profitera pour évoquer ses actions en cours pour lutter contre le réchauffement climatique, scrutées par les ONG comme par le Haut conseil pour le climat.

Un bilan mitigé

Globalement, les associations se félicitent de l’abandon de trois projets d’ampleur durant le quinquennat : l’aéroport de Notre-Dame des Landes, le méga-complexe commercial Europacity dans le Val-d’Oise et le projet minier de la Montagne d’or en Guyane. Les ONG notent aussi la fin annoncée des centrales à charbon en 2022, ainsi que la réduction des émissions de CO2 (-2,5% en 2018). Voilà pour le positif.

Néanmoins, cela reste insuffisant pour Corinne Le Quéré, présidente du Haut conseil pour le climat : "Les émissions diminuent, mais diminuent presque deux fois moins vite que prévu par rapport à la stratégie que la France s’est fixée : cette baisse doit tripler d’ici à 2025", déplore la climatologue. "Et pour ce qui concerne le transport, les émissions sont stables depuis 10 ans, donc il n'y a pas de réduction. La demande de transport augmente, l’électrification est en retard et la voiture personnelle reste prédominante."

La politique du logement est aussi épinglée par les ONG. Le gouvernement avait promis de rénover 500 000 logements par an, un objectif loin d’être atteint, regrette Anne Bringault, du réseau Action Climat : "On a très peu de rénovations, on est plutôt entre 200 et 300 000", note-t-elle. "Et parmi ces rénovations, seules 20 à 30 000 sont de vraies rénovations performantes, où à la fin on a un logement bien isolé et confortable. Nous ne sommes pas du tout sur les trajectoires attendues.". Selon Anne Brignault :

"Emmanuel Macron avait dit que ces passoires énergétiques seraient rénovées en 10 ans : on attend toujours et on sait qu’en 2028 cela ne sera malheureusement pas le cas"

De grosses attentes du côté des citoyens

De son côté, William Aucant, citoyen tiré au sort, espère arriver à convaincre le président du bien-fondé des propositions de la Convention citoyenne : "Il y a des stratégies, ne serait-ce que par exemple pour limiter l’étalement urbain par le zéro artificialisation nette. Il y a aussi le fait de réduire la publicité pour les modes de vie polluants, comme les voitures ou les voyages low-cost. Et d’arriver à trouver un moyen pour simplifier l’accès à la rénovation énergétique." Il ajoute :

"Si j’ai un message à lui faire passer : faire en sorte que la France soit exemplaire sur la transition écologique"

Le citoyen poursuit : "On commence à faire des efforts, d’autres pays font déjà des efforts, d’autres suivront. C’est important de montrer l’exemple. On souhaite que le travail de la convention puisse permettre à la France de passer en transition écologique assez rapidement."

Des experts déjà auditionnés

La Convention sur le climat a déjà auditionné de nombreux experts depuis septembre. Elle devrait conclure ses travaux en avril avec des propositions pour "réduire les émissions de gaz à effet de serre d'au moins 40% d'ici à 2030 par rapport à 1990", le tout dans un esprit de "justice sociale".

Emmanuel Macron devrait préciser "ce qu'il entend faire des conclusions", annonçait mercredi Laurence Tubiana, la coprésidente du comité de gouvernance de la Convention citoyenne sur le climat. Le président de la République s'était engagé à répercuter les propositions de la Convention "sans filtre", en évoquant trois voies possibles pour les appliquer : par règlement, vote par le Parlement ou référendum.

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.