Quel regard sur l'année écoulée et le chemin parcouru depuis le début de la crise du Covid ? Béatrice, caissière dans un supermarché parisien, remonte le fil de ces mois de folie qui ont bousculé son quotidien. Un an après, elle ne voit pas le bout du tunnel et regrette que son métier ne soit plus revalorisé.

Elles ont été en première ligne tout au long de la crise du Covid, mais aujourd'hui on semble l'oublier lors de nos passages en caisse
Elles ont été en première ligne tout au long de la crise du Covid, mais aujourd'hui on semble l'oublier lors de nos passages en caisse © AFP / NurPhoto : Mehdi Taamallah

"Je ne sais pas si je tiendrai le coup. Savoir que le virus est dehors... Tous ces caddies qui débordent, et ces clients qui rentrent et qui sortent du magasin non-stop. C'est très stressant", nous avait confié Béatrice l'an dernier, alors que les courbes épidémiologiques inquiétaient le monde médical et que la France était sous cloche. Nous la retrouvons plusieurs mois plus tard. Elle nous accueille chez elle, sur un jour de congé, à son domicile de Montreuil, en Seine-Saint-Denis. 

Soldats dans le brouillard

Une année... à encaisser, dans tous les sens du terme. Lorsque cette quinquagénaire franco camerounaise repense aux premiers jours du confinement il y a un an, son regard se voile légèrement : "On était perdues. Tout était flou. On avait tellement de questions sans réponses. Certaines de mes collègues, les petites étudiantes, se sont mis en arrêt car elles avaient trop peur. Nous, les plus âgées, on a continué."

"On était... les soldats envoyés au front. C'est comme ça que je l'ai ressenti. Les gradés, eux, étaient derrière. Il faut s'imaginer qu'au début, nous n'avions même pas de plexiglas ! On était à l'attaque".

À l'attaque, mais avec le soutien des clients, crucial à ce moment-là, se remémore Béatrice : "Ils nous encourageaient, demandaient comment on allait et prenaient des nouvelles de notre famille. Il faut dire que beaucoup de caissiers et de caissières sont des ultra-marins. En fait, on se soutenaient mutuellement, ça a compté. Mais aujourd'hui tout cela est fini. Les mentalités sont bien différentes", lâche-t-elle déçue. 

Prime exceptionnelle... ou véritable revalorisation ? 

Alors au sujet de la nouvelle "prime Macron" annoncée lundi par le gouvernement, Béatrice sourit. Pourquoi pas ? Mais elle regrette tout de même que certaines de ses collègues, notamment celles malades du Covid lors de la première vague, n'aient rien touché l'an dernier. Elle préfèrerait, répète-t-elle, une véritable revalorisation salariale : "Nous on veut de vraies augmentations, pérennes. On mérite d'être reconnu.e.s. On fait vivre la société. Et ces derniers temps, on se transforme aussi en assistantes sociales, parce que les gens ont besoin de contact, de parler."

Ces derniers mois auront aussi été marqués pour Béatrice par la distance, avec des proches touchés par l'épidémie à l'étranger : 

"Ma fille vit au Cameroun. Elle a attrapé le Covid à l'automne. J'étais tellement inquiète. Les frontières étaient fermées. On ne pouvait que s'appeler au téléphone. Et je pleurais..."

Couvre-feu et climat tendu

Aujourd'hui, Béatrice, qui n'a pas contracté la maladie jusqu'ici, ressent à nouveau une montée d'angoisses : "Je continue d'avoir peur en allant au travail, même si on essaye le plus possible d'éviter de trop y penser. Et puis en ce moment, le climat est tendu avec le couvre-feu. Les caisses doivent être fermées à 18 heures. Ce n'est facile ni pour les gens, ni pour nous. Mais on se serre les coudes entre caissiers. On fait tout pour tenir, ensemble."

"En ce moment, l'ambiance n'est pas très sereine dans le magasin, parce que les gens courent en sortant du boulot pour faire leurs courses avant le couvre-feu. "

"Tenir ensemble", même si de l'aveu de Béatrice, un sentiment d'usure gagne progressivement du terrain parmi ses collègues.