Cela fera exactement un an, au 1er janvier 2020, que l'avortement est légalisé en Irlande. Dans les faits pourtant, douze mois après l'entrée en vigueur de la loi, il reste très difficile pour les Irlandaises de subir un IVG : actuellement, seul un généraliste sur dix la pratique.

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Image d'illustration © Maxppp / Christian Beutler

Bundoran, dans le comté du Donegal. Ici, le docteur Murphy (nom d'emprunt) est la seule à pratiquer l'avortement dans un rayon de plusieurs dizaines de kilomètres. "Il y a deux comtés limitrophes dans lesquels aucun médecin ne pratique l'IVG pour l'instant. C'est dur. La dernière femme que j'ai vue a fait une heure et quart de route pour venir me voir, elle doit refaire ce trajet pour rentrer, et doit revenir dans quelques jours", confie-t-elle à Émeline Vin, correspondante de France Inter en Irlande. 

Certains médecins s'opposent toujours à l'IVG

Depuis le 1er janvier 2019, toutes les Irlandaises peuvent légalement mettre un terme à leur grossesse, sans conditions, jusqu'à neuf semaines : une avancée énorme pour ce pays aux racines très croyantes, qui est longtemps resté crispé sur la question de l'avortement. Pour autant, si la loi irlandaise permet aujourd'hui l'IVG, cette intervention reste difficile d'accès pour les femmes. Et pour cause, seuls 10% des généralistes pratiquent l'avortement. Autour de Bundoran, certains médecins estiment avoir déjà trop de travail pour entamer la formation à l'IVG... D'autres s'y opposent, tout simplement, pour raisons morales. 

"La femme que j'ai vue aujourd'hui m'a dit qu'elle était allée chez son médecin traitant", raconte le docteur Murphy. "Il lui a répondu que personne dans le cabinet n’avait fait la formation, et lui a conseillé de chercher sur internet. Elle m’a raconté qu’elle se sentait mal à l’aise maintenant, elle ne sait pas si son docteur désapprouve l’avortement… "

"C'est dangereux pour les femmes !"

Pour les associations locales, ne pas avoir de médecin pratiquant l'IVG à proximité de chez soi peut mettre en danger la santé des femmes. "Oui, il y a des docteurs dans les comtés voisins qui pratiquent l'avortement. Mais c'est dangereux !", martèle Paul Murray, un militant habitant à Sligo, capitale du comté éponyme. "Mettons que vous alliez à Galway. C'est à trois heures de route d'ici. Vous rentrez chez vous, et vous réagissez mal à la pilule. Vous faites quoi ? Vous ne pouvez pas refaire la route si vous êtes malade !"

Certains médecins craignent aussi d'être ciblés par des manifestants anti-avortement, et de se couper d'une partie de leur patientèle.

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