Il y a 24 ans, Yitzhak Rabin, Premier ministre israélien de l'époque, était assassiné par un extrémiste juif opposé au processus de paix entre Israéliens et Palestiniens. En Israël, le film consacré à son assassin Ygal Amir sorti en septembre connaît une belle fréquentation qui n'a pas éteint les polémiques.

Le film consacré à l'assassin de Yitzhak Rabin, tué il y a 24 ans par un extrémiste juif opposé au processus de paix Israël-Palestine, connaît un vrai succès comme ici, à Netanya.
Le film consacré à l'assassin de Yitzhak Rabin, tué il y a 24 ans par un extrémiste juif opposé au processus de paix Israël-Palestine, connaît un vrai succès comme ici, à Netanya. © AFP / Jack GUEZ

Dans la religion juive, les "jours redoutables" ("Yamim Noraim" en hébreu) précèdent les fêtes les plus importantes de la nouvelle année et du grand pardon, sont censés être propices au repentir sous le regard de Dieu. Mais "Jours redoutables", c'est aussi le titre du film de Yaron Zilberman, sorti le 26 septembre consacré à Ygal Amir, titré "Incitement" pour "Incitation" en anglais, qui a tiré sur le Premier ministre israélien le 4 novembre 1995, car il était opposé aux accords d'Oslo.

Pas de financement public

Au mois de septembre, avant même sa sortie en salle, les projections presse de ce film, qui n'a pas bénéficié de financement public, ont déclenché une belle polémique en Israël : un juif assassin d'un autre juif pouvait-il être le personnage central d'un film ? Faut-il raconter ses frustrations et ses motivations au risque de basculer dans l'excuse ? Faut-il montrer au grand jour les fractures de la société israélienne entre laïcs et religieux, droite et gauche, artisans et adversaires du processus de paix, Juifs originaires d'Europe de l'est et ceux d'Afrique du nord et du Moyen-Orient ? Car 24 ans après, "Les jours redoutables" confirment qu'Israël demeure traumatisé ; le quotidien de gauche Haaretz estimant que la démocratie libérale israélienne est morte avec Rabin.

Polémique politique

La vie et la mort d'Yitzhak Rabin ont déjà fait l'objet de films ou de documentaires mais jamais à travers les yeux de son assassin. Ce biopic qui mêle fiction et archives nous présente donc Ygal, regard doux et sourire timide, né dans une famille modeste d'origine yéménite, rejeté par la famille de sa fiancée ashénaze beaucoup plus bourgeoise, chauffé à blanc par une mère autoritaire et par des religieux extrémistes. Le mimétisme entre Yehuda Nahari Halevi et le meurtrier est saisissant au point que l'acteur a dû suivre une thérapie après le tournage où il s'est complètement identifié à son personnage.

Le film a reçu l'équivalent israélien du César, le prix Ophir 2019 du meilleur film et va concourir aux prochains Oscars dans la catégorie du meilleur film étranger, ce qui a scandalisé la ministre de la Culture Mira Regev. Cette figure de la droite israélienne, proche du Premier ministre israélien, n'a pas vu le film. Mais en pleine période de campagne électorale pour les législatives du 17 septembre, elle n'avait pas supporté qu'il rappelle la présence de Benyamin Netanyahou lors de certaines manifestations de haine anti-Rabin avant son assassinat. 

Samedi dernier, lors d'un grand hommage à Rabin sur les lieux du drame à Tel Aviv, le candidat centriste au poste de Premier ministre Benny Gantz, a dénoncé cette "incitation qui pointe à nouveau sa tête hideuse, une arme dangereuse dans les mains de politiciens sans limite". Sans le nommer, le message à Netanyahou était clair au point que ce dernier a répondu sur Facebook (sans jamais citer non plus son adversaire) : "Je n'ai jamais dit que Rabin était un traître, j'ai dit qu'il avait tort".

Des spectacteurs nombreux

Avec plus de 160 000 entrées après un mois et demi d'exploitation en Israël, "Les jours redoutables" sont en tout cas un succès dans ce petit pays de 8,5 millions d'habitants où, généralement, les films locaux ne font que quelques dizaines de milliers de spectateurs. Ygal Amir, condamné à la prison à perpétuité, demeure l'une des personnalités les plus détestées d'Israël, explique i24 News, et défraie régulièrement la chronique. Mais dans certains milieux d'extrême-droite, il est au contraire une idole vénérée comme un sauveur, comme l'atteste ce reportage de la chaîne France 24.

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