La semaine de l'Arctique débute ce lundi 9 décembre à Paris. Les habitants du Grand Nord vont témoigner de leur quotidien, déjà affecté par le réchauffement climatique. Dans la région de Rovaniemi, en Laponie, les rennes ne peuvent plus se nourrir seuls l'hiver. L'activité est menacée.

Miia, éleveuse de rennes, doit désormais nourrir ses bêtes
Miia, éleveuse de rennes, doit désormais nourrir ses bêtes © Radio France / Julie Pietri

Son père, son grand-père, son arrière-grand-père étaient déjà éleveurs de rennes. Les rudes hivers lapons, les forêts sombres et enneigées, Miia, 38 ans, d'origine sami, a grandi avec. Emmitouflée dans un châle à carreaux rouges, elle s'avance vers les enclos de ses rennes, près de Rovaniemi, la capitale de la Laponie. "Lui, c'est Artza ! Il veut dire bonjour ! On peut lui donner un peu de lichen... C'est comme du chocolat pour les rennes. N'ayez pas peur, ce sont des animaux très doux." 

Ce qu'elle est en train de faire, nourrir ses rennes, c'est du jamais vu dans sa famille. "Normalement, les hivers doivent être froids. En janvier, on peut avoir ici moins 30 ou moins 40 degrés : c'est normal, et les animaux sont faits pour ça ! Mais ces dernières années, nous avons eu de la chaleur au milieu de l'hiver… Des couches de neige ont fondu… Et l'eau a ensuite gelé pour créer des couches de glace". Or, les rennes ne peuvent pas gratter sous cette glace pour trouver leur nourriture. "Depuis toujours, ce sont des animaux sauvages", ajoute-t-elle. "Je suis la première génération, dans cette zone, qui est obligée de regrouper les rennes dans des enclos pour les nourrir. Et bien sûr ça coûte beaucoup d'argent." Elle craint aujourd'hui pour l'avenir de son activité. 

"Les rennes, des animaux sauvages, ne peuvent plus se nourrir seuls..."

la famille de Miia élève des rennes depuis des générations
la famille de Miia élève des rennes depuis des générations © Radio France / Julie Pietri

Sur un archipel norvégien, bien plus au nord, 200 bêtes ont été retrouvées mortes de faim cette année. Pourtant, certains éleveurs de Laponie restent sceptiques sur le réchauffement climatique. À la nuit tombée, une camionnette s'arrête sur un parking de Rovaniemi, capitale de la Laponie. À bord, Ari, 33 ans, lui aussi éleveur, rentre d'une journée en forêt, à la recherche de ses bêtes : "Hier, un chasseur du coin m’a appelé pour me dire qu’il avait vu un loup dans les parages. Évidemment on doit réagir tout de suite : le loup, c’est une machine à tuer. J’ai encore 500 à 600 rennes dehors : on doit aller les surveiller." Finalement, les prédateurs l'inquiètent plus que la hausse des températures. Il n'y croit pas vraiment d'ailleurs. "On est sur le cercle arctique. On est en Laponie ! Chaque hiver, les conditions climatiques peuvent beaucoup changer. Certaines années sont bonnes, d'autres mauvaises."

L'élevage de rennes, une activité économique ancestrale en Laponie
L'élevage de rennes, une activité économique ancestrale en Laponie © Radio France / Julie Pietri

"Dans l'Arctique, nous sommes déjà à plus 4 degrés par endroits"

Pourtant, les scientifiques sont formels. Bruce Forbes, géographe à la barbe grise et aux cheveux longs, dirige le groupe d'études sur le changement climatique, à l'Université de Rovaniemi, en Laponie. "Bien sûr, nous avons eu des mauvais hivers avant, mais maintenant c'est une tendance. L'Arctique se réchauffe plus vite que le reste du monde... Nous sommes déjà au-delà de l'accord de Paris et la tentative de limiter la hausse des températures à 1.5 degrés. Dans le Grand Nord, nous sommes déjà à plus 2 degrés même à plus 4 degrés par endroits... Cela arrive trop vite."

Aili Keskitalo, présidente du parlement sami de Norvège
Aili Keskitalo, présidente du parlement sami de Norvège © Radio France / Julie Pietri

Ce jour là, les peuples de l'Arctique, organisaient leur sommet, à Rovaniemi.  Inuits, Aléoutes et Samis donc, qui vivent en Laponie. Tous craignent pour l'avenir de leurs modes de vie traditionnels : l'élevage de rennes et la pêche aussi. Aili Keskitalo, présidente du parlement Sami de Norvège, répond en tenue traditionnelle, foulard à franges coloré, robe à volants et chaussures de cuir à pompon rouges et blancs : "J'aime qu'il fasse froid et sombre en hiver. J'aime l'air froid et gelé et aussi l'odeur de l'hiver."

"Nous savons que les changements seront plus dramatiques ici. Cela affecte déjà nos modes de vie, basés sur la nature. Bien sûr, si la végétation évolue par exemple, nous aurons peut-être de nouvelles espèces, des animaux, des insectes, plus de biodiversité aussi... Mais quand le changement va si vite, nous n'avons pas le temps de nous adapter". Elle espère que l'accord de Paris sur le climat en 2015 sera respecté. Parce que si ce n'est pas le cas, dit elle, "nous, les peuples autochtones seront parmi les plus impactés... et les plus démunis".

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