Chaque jour, une figure de la lutte contre le Covid-19 dans le monde. Aujourd'hui, l’ancienne ministre de la Santé du Bénin, Dorothée Kindé Gazard. Très impliquée dans la lutte contre le paludisme dans son pays, elle met à profit son expérience pour combattre le coronavirus.

Dorothée Kinde-Gazard, médecin, chef de service du laboratoire de microbiologie au CNHU de Cotonou, ex-ministre de la Santé du Bénin.
Dorothée Kinde-Gazard, médecin, chef de service du laboratoire de microbiologie au CNHU de Cotonou, ex-ministre de la Santé du Bénin. © DR

En Afrique, tous les pays n’ont pas imposé des mesures de confinement. C’est le cas du Bénin, où, sur 11 millions d’habitants, une centaine de cas et deux morts seulement ont été recensés. Le président Patrice Talon n’a pas souhaité fermer tous les petits commerces. Au début de la pandémie, il expliquait : 

"Si nous prenons des mesures qui affament tout le monde, elles finiront très vite par être bravées et bafouées."

En revanche, un cordon sanitaire a été instauré dans douze villes du sud du Bénin, dont Cotonou, la capitale économique, où le port du masque a été rendu obligatoire. Un comité gouvernemental est chargé en parallèle de suivre la progression de l’épidémie. Comité dont fait partie l’ancienne ministre de la Santé, Dorothée Kinde Gazard.

Fiche d'identité

Dorothée Kinde-Gazard a 63 ans. Chevalier de la Légion d'Honneur de la République française, cette mère de trois enfants est médecin de formation, spécialisée en parasitologie-mycologie. Elle est actuellement cheffe de service du laboratoire de microbiologie au Centre national hospitalier et universitaire de Cotonou.

Elle a été deux fois ministre de la Santé au Bénin, sous deux présidents différents. Lors de son premier mandat, elle organise le premier "Téléthon" au profit des maladies jugées prioritaires dans son pays : le sida, le paludisme et la tuberculose. Elle a ordonné la gratuité des soins pour les personnes vivant avec le VIH.

À l'avant-garde de la santé publique

Femme énergique et tenace, Dorothée Kinde-Gazard est avant tout une scientifique. Sa politique de lutte contre le paludisme au Bénin est l'une de ses principales actions, qui l’a rendue très populaire dans son pays (elle a coordonné le Programme national de lutte contre le paludisme avec la distribution gratuite de moustiquaires imprégnées à la population). C'est d'ailleurs à ce titre qu'elle fait partie du Comité gouvernemental chargé de suivre la progression de l’épidémie de coronavirus au Bénin.

Lors d’une conférence de presse le 20 avril dernier, elle se prononce pour l’usage de la chloroquine et fait le parallèle avec le paludisme :

Elle a dit

"Nous avons connu l'épidémie de l'Ebola. Est-ce que nous avons capitalisé sur ce qui nous est arrivé dans un passé récent ? Je dirais oui, parce que c'est un point de départ pour faire face à l'épidémie du coronavirus. Nous ne disposons pas des mêmes moyens qu’en Occident, mais nous avons l'habitude, avec toutes les pathologies que nous avons, de nous inscrire dans la prévention."

Extrait de L'Arbre à palabre, le 20 mars 2020, sur la DW.

En veille permanente 

Dorothée Kinde-Gazard est convaincue que la meilleure façon de combattre le Covid-19 est la prévention sous toutes ses formes, non seulement au Bénin mais dans toute l’Afrique, pour éviter une hécatombe. La prévention passe d’abord, selon elle, par un dépistage systématique dans les laboratoires : "Les laboratoires doivent être privilégiés pour qu'on puisse rapidement circonscrire l'épidémie en faisant des diagnostics pour savoir si nous avons des cas ou si nous n'avons pas de cas et en prenant les décisions qu’il faut."

"Le Covid-19, comme les autres épidémies que nous avons connues, doit nous maintenir en veille permanente."

Dorothée Kinde-Gazard est également favorable à des mesures de protection dès l’arrivée des voyageurs au Bénin, et de façon générale de toutes celles et ceux qui arrivent en Afrique en provenance de pays à risque :  "Est-ce quand quelqu’un rentre dans notre pays par l'aéroport, nous prenons au moins la température ? Est-ce que nous avons mis en place des files d'isolement ? Tout cela, nous savons le faire. Nous devons être vigilants pour que les stratégies mises en place s'appliquent effectivement. Et si on procède de la sorte, je crois qu'on va limiter le nombre de cas qui va arriver sur le continent."

Une stratégie qui semble payante au Bénin où l’on ne comptabilise que deux morts du Covid-19 et 102 cas. C’est peu en comparaison de son voisin burkinabè, qui déplore plus de 700 cas et 48 morts, ou des neuf décès au Togo. Des pays qui ont pourtant adopté des mesures plus strictes, comme un couvre-feu.

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