Chaque jour, nous vous présentons une figure de la lutte contre le Covid-19 dans le monde. Aujourd’hui, la présidente de l’Ordre des médecins du Chili qui, face à un gouvernement ayant perdu toute crédibilité, est devenue la voix de référence dans le pays, parfois plus forte que celle du ministre de la Santé.

Izkia Siches envoie des messages de prévention clairs et efficaces
Izkia Siches envoie des messages de prévention clairs et efficaces © Maxppp / Newscom/Jose EFE

Izkia Siches est une surdouée de la médecine. Et de la communication. La jeune femme a su utiliser les réseaux sociaux pour faire entendre sa voix au tout début de la crise. Elle a été la première à alerter le gouvernement sur les dangers de la pandémie. 

Fiche d’identité

Izkia Siches, à l’allure simple et sérieuse, se fait connaître en 2017, lorsqu’elle devient à 31 ans la première femme présidente de l’Ordre des médecins du Chili. Cette médecin, fervent défenseur du service public, travaille dans un hôpital d’un quartier populaire de Santiago. Mais elle n’est pas originaire de la capitale chilienne : elle vient d’Arica, à l’extrême-nord du pays. 

Très tôt, la jeune femme développe un sens du leadership. Lors de ses études à l’Université du Chili, elle est présidente du principal syndicat étudiant. Elle est encartée dans les jeunesses communistes mais elle n'incarne pas les leaders nationaux de ce mouvement.

Izkia Siches apparaît sur toutes les télés, les radios et les réseaux sociaux
Izkia Siches apparaît sur toutes les télés, les radios et les réseaux sociaux © Maxppp / Jose/EFE/Newscom

Sa voix plus forte que celle du gouvernement

En tant que présidente de l’Ordre des médecins, Izkia Siches incarne une institution respectée au Chili. Lorsque le coronavirus menace le monde, elle alerte le gouvernement à la télé, à la radio, sur Facebook ou Twitter. Elle est omniprésente. 

Izkia Siches s’est "placée au centre du jeu grâce à des messages clés, simples et très forts", explique Gaspard Estrada directeur exécutif de l'Observatoire politique de l'Amérique latine et des Caraïbes à Sciences-Po. Elle s’oppose au gouvernement chilien qui, lui, relativise les actions du confinement. "En interpellant les pouvoirs publics, Izkia Siches est devenue la caisse de résonance d’un secteur de la société qui voyait le gouvernement pratiquer une sorte de déni."

Si le gouvernement est si peu écouté, c’est qu’avant de subir une crise sanitaire, le Chili était en train de traverser une grave crise institutionnelle. Pendant des semaines, les Chiliens sont descendus dans la rue pour protester, notamment contre le coût de la vie. Le président Pinera et son gouvernement ont perdu toute crédibilité. Un référendum pour modifier la Constitution doit se tenir le 26 avril, Izkia Siches milite pour son report car la situation sanitaire est trop risquée.

"Ce travail est plus grand que moi"

Si le visage ferme et rassurant d’Izkia Siches s’affiche sur tous les écrans chiliens, la chef de l’Ordre des médecins n’aime pas pour autant parler d’elle :

"Je suis la voix d’un travail plus grand. Seule, je ne suis pas si forte. Nous sommes une grande équipe, nous travaillons tous les jours et ce travail est plus grand que moi"

Humble, Izkia Siches espère que cette crise sanitaire ne va donner une excuse au gouvernement pour oublier la crise sociale qui bouscule le pays depuis le mois d’octobre :

"Le mouvement social est gelé à cause du coronavirus. La pandémie va fragiliser encore plus la société. J’espère qu’on ne va pas se servir de l’argument économique pour dire que le Chili ne peut pas faire les changements structurels dont il a besoin et que ce n’est pas le moment pour les droits sociaux"

Destin politique ?

Même si elle est connue pour son franc-parler, Izkia Siches a l’intelligence de la situation. Elle ne fait pas qu’alerter, elle construit aussi des ponts. Dès le début de la crise, elle entame un dialogue avec les pouvoirs publics, gouvernement, élus locaux. C’est ce qui lui permet d’être repérée par l’opinion publique, de devenir une des figures de la crise sanitaire et de faire bouger les choses. "D’un côté elle a interpellé le pouvoir, de l’autre elle lui a fait comprendre qu’il était en deçà et qu’il n’arrivait pas à voir l’ampleur de la crise à venir", selon Gaspard Estrada.

La jeune médecin aurait-elle finalement la nuance nécessaire pour un tout autre destin ? Certains au Chili, lui prédisent un avenir gouvernemental. Sans aller jusque-là, elle avoue que le "défi sanitaire" est une problématique qui l’intéresse "beaucoup". 

Mais, souligne Izkia Siches, ce n’est pas le moment. "Je ne vais pas me lancer dans une carrière parlementaire mais c’est clair que dans le futur, j’aimerais pouvoir contribuer à renforcer le système de santé chilien. Nous avons un système qui ne fait qu’augmenter les discriminations. Nos patients n’ont pas tous accès aux soins, dans le secteur public, ils attendent parfois longtemps pour être opérés. Je pense que cette pandémie peut permettre de repenser le système de santé différemment." Une crise après l'autre.

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