Chaque jour, une figure de la lutte contre le Covid-19 dans le monde. Aujourd'hui, Jung Eun-kyeong, la médecin qui, à la tête du Centre de contrôle et de prévention des maladies, a permis à la Corée du Sud de dompter le virus en un temps record.

Pour de nombreux Sud-Coréens, la discrète mais efficace Jung Eun-kyeong est une héroïne nationale.
Pour de nombreux Sud-Coréens, la discrète mais efficace Jung Eun-kyeong est une héroïne nationale. © Arirang News

En Corée du Sud, une austère fonctionnaire, aux lunette rondes et à la voix fatiguée, est devenue une véritable héroïne nationale face au Covid-19. Jung Eun-kyeong, qui dirige le Centre de contrôle et de prévention des maladies (KCDC), incarne désormais le remarquable succès de son pays face à la pandémie. Le fruit d'une expérience unique et de ressources abondantes. 

Fiche d'identité

Jung Eun-kyeong, 55 ans, n'avait pas vocation à devenir un personnage public. Mais en 2015, les Sud-Coréens ont pu la découvrir à l'écran lors de l'épidémie de Mers (Syndrome respiratoire du Moyen-Orient). Tous se souviennent de ses efforts de transparence et de son refus de faire de fausses promesses, les marques de fabrique de cette diplômée de l'Université nationale de Séoul qui a dédié l'essentiel de sa vie professionnelle à la santé publique.

Veste jaune, lunette rondes et voix fatiguée, Jung Eun-kyeong fait chaque matin face à la presse, pour donner les derniers chiffres de contaminations, répondre aux journalistes et donner ses recommandations.
Veste jaune, lunette rondes et voix fatiguée, Jung Eun-kyeong fait chaque matin face à la presse, pour donner les derniers chiffres de contaminations, répondre aux journalistes et donner ses recommandations. / Arirang News

Après avoir travaillé comme médecin de famille à la périphérie de Séoul, elle rejoint le ministère de la Santé et son Centre de contrôle et de prévention des maladies en 1995. Elle ne le quittera pas. C'est là que, dès 2009, elle sera confrontée à une redoutable pandémie, le H1N1. C'est là, encore, qu'elle affrontera le Mers. 

En juillet 2017, elle est nommée par le président Moon Jae-in à la tête du Centre de contrôle et de prévention des maladies, devenant la première femme à diriger l'institution.

Elle a mené une contre-attaque massive

Le mois de février aura marqué un tournant en Corée du Sud. En une dizaine de jours à peine, le nombre de cas d'infection au Covid-19 a été multiplié par trente. Pour le Centre de contrôle et de prévention des maladies, rompu au risque épidémique depuis des années, il faut réagir.

En obtenant du groupe évangélique où les premiers cas sont apparus, la Shincheonji Church of Jesus, la liste de ses 212 000 membres, Jung Eun-kyeong marque un point décisif. Dès le 25 février, elle lance une vaste campagne de diagnostics, permettant d'isoler les cas infectieux et de retracer leurs parcours. À peine apparue, la pandémie est circonscrite, le système de santé publique, très bien préparé, peut y répondre. 

Elle a dit

Jung Eun-kyeong fait chaque matin face à la presse, pour donner les derniers chiffres de contaminations, répondre aux journalistes et offrir ses recommandations. Comme ce conseil aux candidats en pleine campagne électorale :

"Même si les candidats remplacent les poignées de main par un "fist bump" [poing à poing], il y a toujours une possibilité de contamination. Je leur demande donc de saluer simplement avec les yeux, et de respecter les règles de distanciation sociale."

Balayées les critiques

En 2015, l'autorité de contrôle des maladies avait été éreintée pour sa gestion ratée de la crise du Syndrome respiratoire du Moyen-Orient (Mers). Mais Jung Eun-kyeong, qui venait alors d'en rejoindre la direction, n'en fit pas les frais. Au contraire, elle fut en 2016 chargée de préparer les prochaines crises. Et c'est bien ce qu'elle fit, jusqu'à sa nomination à la tête du centre en 2017.

Les tests viraux, le matériel de protection, les autorités en ont confié la fabrication à des entreprises coréennes. Sous la conduite de Jung Eun-kyeong notamment, tout a été fait pour que puisse être contenue toute nouvelle crise.

Mais surtout, c'est une communication efficace que Jung a mise en place. Avec un principe  invariable dans ses adresses (deux fois par jour au plus fort de la crise) :

"Quand nous prenons la parole, nous partons du principe que nous devons donner aux gens les informations qu'ils doivent connaître."

Une héroïne pleine d'avenir

Pour de nombreux Sud-Coréens, Jung Eun-kyeong est une sauveuse. Certains s’inquiètent pour sa santé et se demandent si elle dort assez. Une proche, citée par Bloomberg, rapporte qu'on ne la voit quitter son travail que "pour se rendre à un food truck garé dehors ou pour faire une courte sieste".

Aujourd’hui, des fans publient des sites web à la gloire de Jung. Certains la verraient même Premier ministre. Une attention qui ne semble pas atteindre la directrice, qui continue, imperturbable, sa lutte face à l’épidémie.

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