Chaque jour, une figure de la lutte contre le Covid-19 dans le monde. Aujourd'hui, Serguei Sobianine, premier édile de Moscou depuis dix ans, qui a été propulsé par Vladimir Poutine à la tête de la lutte contre la pandémie en Russie.

Tête de pont dans la lutte contre le Covid-19, Serguei Sobianine pointe régulièrement le manque de personnels hospitaliers, et en appelle à la mobilisation des gouverneurs régionaux.
Tête de pont dans la lutte contre le Covid-19, Serguei Sobianine pointe régulièrement le manque de personnels hospitaliers, et en appelle à la mobilisation des gouverneurs régionaux. © AFP / Iliya Pitalev / Sputnik

Parmi les 12 millions de moscovites se concentre la moitié des cas de malades du virus à l'échelle du pays et de ses 145 millions d'habitants.

De la réquisition d'hôpitaux, aux contrôles des populations, Serguei Sobianine est chargé par le Kremlin d'endiguer la pandémie, en commençant par Moscou. Il lui faut aussi tenter de modéliser tout ce qui peut l'être vers les 84 autres régions de Russie. Un pari risqué compte tenu des grandes différences de moyens entre la capitale et le reste du pays.

Fiche d'identité

Serguei Sobianine est né en 1958 dans la région autonome de Xhanti Mansis, en Sibérie Occidentale. L'homme, qui a grandi à plus de 3 000 kilomètres à l'est de Moscou, a su se faire habilement une place dans le premier cercle de Vladimir Poutine, alors même qu'il n'appartient ni à la filière de Saint-Petersbourg, ni à celle de l'ancien KGB. Après avoir dirigé l'administration du Kremlin, Serguei Sobianine a  été nommé en 2010 maire de la capitale.

Serguei Sobianine, ici (à droite) avec Vladimir Poutine lors dans un centre d'appels moscovite dédié au coronavirus, fait partie des potentiels successeurs du président russe.
Serguei Sobianine, ici (à droite) avec Vladimir Poutine lors dans un centre d'appels moscovite dédié au coronavirus, fait partie des potentiels successeurs du président russe. © AFP / Grigory Sysoev / Sputnik

Le premier à tirer la sonnette d'alarme

Sans jamais contredire le premier discours officiel qui, début mars encore, assurait que l'épidémie était sous contrôle, Serguei Sobianine a commencé très vite à mobiliser des moyens dans la capitale. Un premier hôpital, à Kommunarka, un quartier au sud de Moscou, est dédié à l'accueil des premiers malades du Covid-19.

Il parvient à convaincre Vladimir Poutine de mener une visite sur place. La rencontre entre le président russe et le médecin-chef local, Dennis Protsenko, sera décisive. Le praticien, qui sera par la suite atteint par le virus, annonce ce jour-là au maître du Kremlin que la Russie, si elle ne se mobilise pas très vite, risque un scénario à l'italienne.

Sur le même front, Sobianine présente la construction éclair d'un hôpital spécial, sur le même modèle que celui de Wuhan, en Chine, situé à 60 kilomètres à l'ouest de Moscou. D'une capacité de 900 lits, il est opérationnel depuis la mi-avril.

Il a dit

"Le contrôle de la circulation des moscovites] est un dysfonctionnement critique dans la situation actuelle."

Après deux premières semaines de confinement, le mercredi 15 avril, les moscovites sont contrôlés par les forces de police dans toutes les stations de métro de la capitale. Ils ont eu 72 heures pour télécharger, à partir du site de la mairie de Moscou, des laisser-passer électroniques sur leurs téléphones portables. Mais les contrôles virent au fiasco.

Faute d'un nombre suffisant de policiers, c'est la cohue dans tous les accès du métro, habitué en temps normal, à accueillir plus de 3 millions de passagers quotidiens. Face à l'urgence de la situation, Sobianine ordonne de stopper au plus vite les contrôles et de laisser circuler tous les usagers normalement.

Après avoir reconnu "un dysfonctionnement critique", le maire de Moscou a obtenu en quelques jours tous les moyens nécessaires afin que les contrôles s'effectuent désormais de façon automatique, sans que les policiers n'aient à vérifier les autorisations une par une.

Une avant-scène providentielle

Depuis qu'il a été promu par Vladimir Poutine responsable du comité national de lutte contre le Covid-19, Serguei Sobianine – qui faisait déjà partie des potentiels successeurs du président russe – n'a de cesse d'élargir son champ d'intervention, au risque, en cas d'échec, de faire figure de fusible idéal. Mais le maire de Moscou semble pourtant bien décidé à pousser l'opportunité que lui offre cette avant-scène providentielle.

Il prédit ainsi sur la chaîne gouvernementale d'information en continu Rossyia-24, qu'avant la mi-mai, on risque de constater un déficit de lits dans beaucoup de régions de Russie :

"Il va y avoir de plus en plus de patients dans les régions, et il n'y aura pas assez de places !"

Au passage, Sobianine pointe également le manque de personnels hospitaliers, et en appelle à la mobilisation des gouverneurs régionaux.

Leader dans la lutte contre la pandémie en Russie, le maire de Moscou n'hésite pas à solliciter directement les ministères concernés quand il commande que tous les étudiants en médecine, à partir de la quatrième année, doivent être mis à la disposition des hôpitaux.

Serguei Sobianine suggère surtout à chaque gouverneur de région de mettre en place, sur le modèle moscovite, le système de laisser-passer pour les personnes : "Nous devons savoir partout, combien de personnes bougent, et qui se déplace", ajoute l'intéressé, devançant certainement en cela les volontés du Kremlin, et soucieux sans doute également, d'assurer ses arrières.

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