Chaque jour, France Inter vous emmène à la rencontre d’une figure de la lutte contre le Covid-19 dans le monde. Aujourd’hui, Tedros Adhanom Ghebreyesus, le patron de l’OMS, chargé de la santé mondiale alors que sa gestion de la crise est critiquée par Donald Trump qui l'accuse de complaisance vis à vis de la Chine.

Tedros Adhanom Ghebreyesus est le visage de l'antenne des Nations unies chargée de coordonner la réponse internationale au Covid-19.
Tedros Adhanom Ghebreyesus est le visage de l'antenne des Nations unies chargée de coordonner la réponse internationale au Covid-19. © AFP / Fabrice Coffrini

Le Dr Tedros fait la fierté de l'Afrique : il est, depuis 2017, le premier du continent à occuper le poste de directeur général de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), l'une des agences les plus importantes des Nations unies. Son programme se résume en une phrase : "Les gens ne doivent pas mourir parce qu'ils sont pauvres."

Fiche d'identité

À 55 ans, les cheveux poivre-et-sel, Tedros Ghebreyesus a déjà une longue vie politique derrière lui. Dans son pays, l'Éthiopie, il a été plusieurs fois ministre, de la Santé puis des Affaires étrangères. Il réalise son rêve, il y a trois ans, en prenant les rênes de l'OMS après des années à la tête du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme. Formé en Angleterre, il est le premier non-médecin à accéder à cette fonction.

Le programme du premier Africain à la tête de l'OMS tient en une phrase : "Les gens ne doivent pas mourir parce qu'ils sont pauvres."
Le programme du premier Africain à la tête de l'OMS tient en une phrase : "Les gens ne doivent pas mourir parce qu'ils sont pauvres." © AFP / Fabrice Coffrini

C'est un traumatisme d'enfance qui va guider l'action de ce titulaire d'un doctorat en santé communautaire et d'un master en immunologie des maladies infectieuses obtenus dans les universités d'Asmara (où il est né, et qui est devenue la capitale de l'Érythrée après son indépendance en 1991) de Londres et de Nottingham. Il avait 7 ans lorsque son frère, de trois ans son cadet, décède d'une maladie virale faute de médicaments.

Devenu patron de l'OMS, ce père de cinq enfants s'est juré de "travailler sans relâche pour concrétiser la promesse de garantir la couverture sanitaire universelle et de veiller à ce qu'il y ait des ripostes solides dans les situations  d'urgence".

Dans la tourmente

En première ligne dans la la lutte contre le coronavirus, Tedros Adhanom Ghebreyesus est le visage de l'antenne des Nations-unies chargée de coordonner la réponse internationale. Mais son action se heurte rapidement à l'opacité des autorités chinoises ; il se retrouve sous le feu des critiques, accusé d'avoir tardé à tirer la sonnette d'alarme.

À Pékin, le 28 janvier, le patron de l'OMS est reçu par le president Xi Jinping, qui vient d'appeler les Chinois à restreindre leurs déplacements.
À Pékin, le 28 janvier, le patron de l'OMS est reçu par le president Xi Jinping, qui vient d'appeler les Chinois à restreindre leurs déplacements. © AFP / Naohiko Hatta

Pire encore, il est soupçonné de collusion avec la Chine. En cause, un tweet de l'organisation en date du 14 janvier dernier : "Les enquêtes préliminaires menées par les autorités chinoises n’ont pas trouvé de preuve claire de transmission interhumaine."

Ce n'est que le 22 janvier, soit huit jours plus tard, que l'OMS, revient sur sa position et déclare dans un communiqué : "Il existe une transmission interhumaine du virus." Huit jours d'atermoiements et un rétropédalage qui ont placé l'organisation onusienne sous le feu des critiques. 

Depuis, elle est régulièrement la cible des attaques de Donald Trump, qui cherche des boucs émissaires après avoir été lui-même critiqué pour sa gestion tardive de la pandémie. Le président américain a mis sa menace a exécution en décidant de suspendre la contribution des États-Unis à l'OMS. Selon le locataire de la Maison-Blanche, Washington verse chaque année entre 400 et 500 millions de dollars à l'OMS, contre 40 millions pour la Chine.

Mais le docteur Tedros n'est pas seul. Il est soutenu par de nombreux dirigeants de pays africains, et en Europe par Angela Merkel et Emmanuel Macron.

Il a dit

"Si vous ne voulez pas davantage de sacs mortuaires, abstenez-vous de politiser cette crise. Veuillez mettre en quarantaine la politisation du Covid-19."

L'otage d'une autre guerre 

Le meilleur avocat de Tedros Adhanom Ghebreyesus, c'est d'abord lui-même. Il répond coup pour coup, comme lors de la conférence de presse le 8 avril durant laquelle il a appelé, indirectement, Donald Trump, à l'unité, à "empêcher que le virus n'exploite les fissures des partis politiques, des groupes religieux ou entre différentes nations pour se propager encore plus largement".

Depuis plusieurs semaines, le patron de l'OMS est en fait devenu l'otage d'une guerre commerciale et géopolitique entre les États-Unis et la Chine. Il a bien tenté d'appeler Pékin et Washington à faire corps pour combattre le coronavirus, mais cet appel est resté, pour l'instant, lettre morte.

Une organisation désarmée

Car l'organisation basée à Genève, et qui se décrit comme le "gardien mondial de la santé publique", ne dispose d'aucun pouvoir de coercition ni de sanction. Elle n'a aucun moyen de contraindre les États à coopérer avec elle et à échanger, dans la plus grande transparence, toutes les informations susceptibles de permettre de lutter efficacement contre le coronavirus. L'exercice est d'autant plus compliqué quand il s'agit de traiter avec la Chine, comme Tedros Adhanom Ghebreyesus en a fait l'amère expérience.

Mais celui qui a déjà été en première ligne contre le paludisme, le sida et Ebola en Afrique ne désespère pas de fédérer, un jour, toutes les nations pour vaincre la pandémie de Covid-19.

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