​Alors que se met en place un nouveau protocole sanitaire dans les établissements scolaires des 19 départements, les personnels de l'Éducation nationale sont à nouveau sous pression. Il y a une profession dont on parle peu mais qui pourtant joue un rôle essentiel : ce sont les assistants d'éducation (AED).

Ils sont en première ligne dans la gestion de la crise sanitaire et pourtant sont les grands oubliés : ce sont les assistants d'éducation (AED)
Ils sont en première ligne dans la gestion de la crise sanitaire et pourtant sont les grands oubliés : ce sont les assistants d'éducation (AED) © Maxppp / Claude BOYER

On les appelait autrefois les surveillants ou les pions. Ils ont des conditions d'emploi très précaires et sont en première ligne dans la gestion de la crise sanitaire. Les assistants d'éducation (AED), sont les grands oubliés, alors que l'augmentation des cas de Covid rend plus difficile l'organisation dans les établissements scolaires. 

Dans les collèges et les lycées, les assistants d'éducation accueillent les élèves, les surveillent dans les couloirs, dans la cour, ou à la cantine, s'occupent d'eux quand un professeur est absent. Depuis le début de la crise sanitaire, leur charge de travail n'a fait qu'augmenter comme le raconte Pierre, AED dans un lycée en Ardèche : "On est en première ligne effectivement parce que le service de la vie scolaire est le point central du lycée, les élèves viennent nous voir, les professeurs viennent nous voir, tout le monde vient nous parler. Avec la crise sanitaire, on se retrouve à faire respecter des protocoles sanitaires qui sont parfois compliqués. Entre l'intérieur et l'extérieur de l'établissement ce n'est pas la même chose et les adolescents ne comprennent pas toujours."

"Personnels de seconde zone"

Malgré cette charge de travail supplémentaire, aucune compensation n'est prévue pour ces personnels payés au SMIC et déjà très précaires. Ils ont des contrats d'un an, renouvelables au maximum pendant six ans. Pierre en est à sa sixième année, il sait que l'année prochaine, il devra chercher un autre emploi car aucune passerelle n'existe au sein de l'Éducation nationale. Aujourd'hui, 20% seulement des AED sont des étudiants et exercent ce job en attendant de finir leurs études. Les autres sont des personnels âgés de 30 ans en moyenne qui souhaiteraient pour la plupart pouvoir évoluer dans leur carrière. 

Face à la colère qui monte, une coordination nationale s'est créée et a lancé la première grève des AED le 1er décembre dernier. Yann est membre de cette coordination nationale des AED, il travaille dans un collège, en périphérie de Montpellier. Selon lui, "il n'y a qu'à voir, à la moindre grève des assistants d'éducation, c'est tellement la panique dans les établissements que cela montre bien qu'on est indispensable au fonctionnement de ces collèges et de ces lycées." 

Pourtant, tout, dans nos contrats, nous renvoie à un statut de personnels de seconde zone, de personnels jetables.

"Policiers du port du masque"

La première revendication de la coordination nationale porte sur cette précarité. Les AED réclament de pouvoir bénéficier des primes qui sont octroyées aux personnels des établissements d'éducation prioritaire. Ils attendent aussi une hausse de leurs rémunérations et une augmentation en fonction de leur ancienneté. Or actuellement, leur salaire au Smic n'évolue pas. Ils demandent également des embauches massives car ils sont en sous-effectifs et sont rarement remplacés lorsqu'ils sont absents. 

"Ce n'est pas d'aujourd'hui que c'est la galère pour nous, explique Yann, mais par contre c'est vrai que la crise sanitaire a complètement mis en lumière ces conditions de travail difficiles et a fait exploser notre colère et notre mal-être. On tire sur la corde au quotidien. Nous ne sommes quasiment jamais remplacés et  la mise en place des protocoles sanitaires nous a rajouté une charge de travail. Ça a aussi complètement transformé nos missions. On est devenus des sortes d'agents sanitaires, des sortes de policiers du port du masque." 

Mais ces personnels ont du mal à se faire entendre, ils sont très peu syndiqués, la coordination nationale qui vient de se créer est présente dans une trentaine de départements.