Chaque jour, nous vous présentons une figure de la lutte contre le Covid-19 dans le monde. Aujourd'hui, Yaacov Litzman, le ministre israélien de la Santé, un Juif ultra-orthodoxe tombé malade du coronavirus.

Même si pour le moment, Israël a pu contenir l'épidémie, plusieurs éditorialistes appellent à la démission de Yaakov Litzman.
Même si pour le moment, Israël a pu contenir l'épidémie, plusieurs éditorialistes appellent à la démission de Yaakov Litzman. © AFP / Jack Guez

Large chapeau noir, voire streiml massif en fourrure sur la tête, long manteau noir et grande barbe blanche de patriarche, Yaakov Litzman détonne au milieu de ses collègues en costume-cravate ou tailleur. Lors de sa nomination en 2015, il s'est fait bien voir du grand public en lançant une campagne contre la malbouffe et mal voir par les professionnels de santé en nommant comme directeur général de la Santé un haut-fonctionnaire plutôt qu'un médecin, une première en Israël.

Issu du mouvement gour, Yaakov Litzman est aujourd'hui critiqué pour son propre comportement et pour l'indiscipline de certains ultra-orthodoxes face au coronavirus.

Fiche d'identité

À 72 ans, Yaacov Litzman est ministre de la Santé depuis 2015. Sans compétence en médecine ou en gestion publique, ce rabbin, directeur d'école, est né en Allemagne dans une famille de rescapés de la Shoah puis a grandi à New York avant de s'installer en Israël. Député depuis 1999, il est entré au gouvernement en raison des équilibres politiques au sein de la coalition gouvernementale de Benyamin Netanyahou.

Dès le début du mois de février, le ministère de la Santé de Yaacov Litzman a obtenu gain de cause face au ministère de l'Économie. Pour combattre le coronavirus, une quarantaine pour les personnes venant d'Asie et d'Europe a été instituée, puis la fermeture des frontières et le confinement, et l'achats de tests pour un dépistage massif. Grâce à ces mesures très précoces et très coercitives, le taux de malades est beaucoup plus bas en Israël que dans les pays d'Europe. 

Il a dit

Mais le 19 mars lors d'une interview à la radio, Yaacov Litzman a donné une version très personnelle de la fin de la pandémie : 

"Nous espérons que le Messie arrivera avant Pâques, qui débute le 8 avril. Je suis sûr qu'il viendra pour nous sauver, comme Dieu nous a sauvés pendant l'Exode d'Égypte."

Mais Pâques est passée, le Messie n'est pas arrivé et, surtout, le nombre de malades a explosé chez les ultra-orthodoxes. Bon nombre d'entre-eux ayant tardé à appliquer le confinement et les mesures de distanciation sociale, la communauté est surinfectée par rapport au reste du pays. 

C'est un échec sanitaire et personnel pour Litzman, qui a lui-même attrapé le coronavirus en participant à un culte un jour de shabbat, alors que les synagogues sont normalement fermées. Placé à l'isolement chez lui, des techniciens du ministère ont dû lui installer internet et l'équiper d'un smartphone, proscrits dans sa communauté religieuse.

Les ultra-orthodoxes sont en effet très méfiants avec les technologies modernes et souhaitent aussi séparer strictement les hommes et les femmes dans l'espace public. Voilà pourquoi, en 2016, il avait refusé de serrer la main de son homologue française Marisol Touraine. Même si pour le moment, Israël a pu contenir l'épidémie avec seulement 140 morts sur 8,5 millions d'habitants selon le bilan tiré jeudi 16 avril à 17h00, plusieurs éditorialistes appellent à la démission de Yaakov Litzman. Selon le magazine The Marker, il a passé le plus clair des dernières années à obtenir des fonds et des logements pour sa communauté et à avaliser les coupes budgétaires de Benyamin Netanyahou dans le système public de santé israélien, aujourd'hui moins performant qu'auparavant.

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.