Pour rafraichir les villes l'été et ramener de la biodiversité dans les zones urbaines très denses, les projets visant à déterrer d'anciennes rivières enfouies se multiplient. Reportage en région parisienne, à Arcueil, où va renaître la Bièvre.

La Briève a été recouverte en 1953, mais avant ce cours d’eau de 36 km partait de Guyancourt (dans les Yvelines) pour se jeter dans la Seine à Paris.
La Briève a été recouverte en 1953, mais avant ce cours d’eau de 36 km partait de Guyancourt (dans les Yvelines) pour se jeter dans la Seine à Paris. © Archive du département du Val de Marne

Les habitants les plus âgés d'Arcueil se souviennent peut-être que dans leur jeunesse on pouvait se baigner dans la Bièvre. Dans cette commune située à 2 km au sud de Paris, la rivière a été recouverte en 1953, enfouie dans une canalisation et presque oubliée. 

En 1953, le chantier de couverture de la Bièvre à Arcueil
En 1953, le chantier de couverture de la Bièvre à Arcueil / Archives du département du Val-de-Marne

Au fond d’un coteau, sous le viaduc de l’autoroute A6, des engins de chantier s’affairent en ce moment à casser des parties de sarcophage de béton pour mettre au jour cet ancien affluent de la Seine.

À Arcueil, des portions du sarcophage qui renfermait la Bièvre sont détruits
À Arcueil, des portions du sarcophage qui renfermait la Bièvre sont détruits © Radio France / Sandy Dauphin

La Bièvre : une rivière enfouie et presque oubliée

"Pendant des années, certains riverains ont marché sur une promenade en béton sans savoir que la Bièvre était dessous", explique Benoit Kayzer chef du projet renaissance de la Bièvre à Arcueil pour le Conseil départemental du Val-de-Marne, "la Bièvre était dans ce sarcophage et coulait de manière enterrée. C’était une rivière oubliée"

Si la Bièvre a été recouverte dans les années 50, c’est parce qu’elle était devenue un cloaque à ciel ouvert, par endroit, dans cette ancienne ville industrielle. "À l’époque on considérait que recouvrir la Bièvre était un progrès sanitaire" détaille Benoit Kayser. "La rivière était très polluée il y avait beaucoup de tanneurs, de blanchisseries à Arcueil. Ils utilisaient l’eau de source et rejetaient toutes leurs eaux usées dans la Bièvre". 

La blanchisserie à Gentilly. Les blanchisseries déversaient directement leurs eaux usées dans la Bièvre
La blanchisserie à Gentilly. Les blanchisseries déversaient directement leurs eaux usées dans la Bièvre / Archive du département du Val de Marne

Des projets pour rouvrir des tronçons 

Depuis des années des passionnés comme Alain Cadiou, ingénieur hydrologue a la tête de l’association Renaissance de la Bièvre, se battent pour remettre au jour ce cours d’eau historique de 36 kilomètre de long qui partait de Guyancourt (dans les Yvelines) pour se jeter dans la Seine à Paris. 

Des projets de réouverture de la Bièvre ont déjà vu le jour à Fresnes et l’Haÿ-les-Roses (dans le Val-de-Marne). Un peu plus en aval, la "rivière oubliée" devrait de nouveau couler à ciel ouvert au début de l’année 2022 sur un tronçon de 600 mètres entre Gentilly et Arcueil. Le chantier est déjà bien avancé. Sur certaines portions, à la place de la canalisation, le lit de la rivière a été creusé, les berges aménagées et végétalisées.  

Un îlot de fraicheur en ville 

À Arcueil, le projet de renaissance de la Bièvre a pour but d’amener de la nature en ville mais aussi de la fraicheur dans ce fond de coteau urbanisé. "On sait qu’avec le changement climatique il faut trouver des moyens de rafraichir la ville très bétonnée, faire couler de l’eau peut faire baisser la température" explique Benoit Kayser.

Si la réouverture de la Bièvre a de fervents supporters, certains riverains s’inquiètent néanmoins des risques de crue de la Bièvre et d’inondations en cas d’orage. Les porteurs de projet se veulent rassurants : avant même les travaux de réouverture du cours d’eau, des bassins d’orage géants de 25.000 mètres cube et 85.000 mètres cubes ont été aménagés dans ce fond de coteau. 

La Bièvre devrait couler de nouveau début 2022 à Arcueil. Jusqu'en 1897, la Bièvre se jetait aussi dans la Seine à Paris, à côté du pont d'Austerlitz : un projet pour faire renaître l'ancienne rivière dans la capitale, sur une petite partie de son tracé, est à l'étude.